Le 12 mai 2026
Un joli conte sentimental, bien ficelé, où le mensonge et l’imposture font figure de poésie.
- Réalisateur : Pierre Salvadori
- Acteurs : Gilles Lellouche, Gustave Kervern, Anaïs Demoustier, Vimala Pons, Pio Marmaï, Jean-Paul Muel, Madeleine Baudot, Isa Mercure
- Genre : Comédie dramatique, Historique
- Nationalité : Français, Belge
- Distributeur : Diaphana Distribution
- Durée : 2h02mn
- Date de sortie : 12 mai 2026
- Festival : Festival de Cannes 2026
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– Festival de Cannes 2026 : Sélection officielle, Hors compétition, Ouverture
Résumé : Paris, 1928. Antoine Balestro, jeune peintre en vogue, n’arrive plus à travailler depuis la mort de son épouse et désespère Armand, son galeriste. Un soir d’ivresse, Antoine tente d’entrer en contact avec sa femme par l’intermédiaire d’une voyante. Sans le savoir, il parle en réalité avec Suzanne, une modeste foraine qui s’est glissée dans la roulotte pour y voler de la nourriture. Suzanne se révèle douée pour l’imposture et, rapidement secondée par Armand, elle enchaîne les fausses séances. Peu à peu, Antoine retrouve l’inspiration mais, pour Suzanne, les choses se compliquent alors qu’elle tombe doucement amoureuse de l’homme qu’elle manipule…

- © 2026 Festival de Cannes
Critique : Pierre Salvadori sait raconter des histoires, surtout parisiennes, qui ont l’art de transfigurer le réel dans un imaginaire bourré de charme. La Vénus électrique n’échappe pas à la règle, d’autant plus que l’histoire emporte les spectateurs dans un univers de début de XXe siècle, où la peinture fournie et les foires battent le plein, après le traumatisme de guerre qui continue de hanter les rescapés. Les habitants ont besoin d’échapper au quotidien et se laissent entourlouper dans des numéros de foire où rien n’est vrai, sauf le rêve qu’ils génèrent.
C’est ainsi que l’héroïne, Suzanne, dont le métier est d’embrasser des hommes sur scène en se faisant électrifier sauvagement par celui qui l’emploie, se retrouve, malgré elle, dans la peau d’une médium, avec en face d’elle un veuf esseulé qui ne se remet pas du décès de son épouse. Cet homme, c’est Antoine, il est peintre : du moins il a été peintre car, au grand dam de son galeriste, l’homme n’a plus tenu un pinceau depuis que son épouse est décédée. Et c’est ainsi que Suzanne, encouragée par le vendeur d’œuvres, continue les séances de transe dans le but de redonner à l’artiste désespéré une raison de reprendre la peinture.

- Pio Marmaï
- © Guy Ferrandis
La Vénus électrique ne se prend surtout pas au sérieux. Pierre Salvadori construit un univers quasi enchanteur où le réel se confond avec les vertiges de la prestidigitation. Même Antoine ne vit pas vraiment : il survit dans une sorte d’existence factice que son épouse disparue, qui réapparaît sous les traits de Suzanne, rapproche un peu de la réalité. Les décors sont d’ailleurs assez stupéfiants, restituant un Paris de la Belle Époque, moins historique qu’inspiré par les peintures de l’époque. On pense aux débuts de Picasso, aux émois poétiques d’Apollinaire et à toute cette ambiance d’après-guerre restituée par les historiens. Pierre Salvadori s’amuse à travestir les sentiments, au point de renoncer à la vraisemblance. Les personnages feignent de croire en une réalité qui semble plus agréable à traverser que celle produite par les regrets ou sanglots.
Une nouvelle fois, Pierre Salvadori s’entoure de Pio Marmaï et Gustave Kervern qui rentrent dans l’univers avec délicatesse et naïveté. Leur jeu est pétri d’enfance et même Gilles Lellouche s’adonne avec beaucoup de candeur à incarner le galeriste peiné que son ami ne peingne plus. Et il y a Anaïs Demoustier, présente quasiment en permanence sur l’écran, qui apporte à cette fiction une grâce incontestable. Seule Vimala Pons, dans un rôle plus mineur, semble un peu en deçà de son talent d’actrice.

- Anaïs Demoustier
- © Guy Ferrandis
Une mention spéciale revient aux costumes et décors. Dès le générique de début, on est stupéfait par la reconstitution de cet univers de foire. Les appartements, les roulottes sont remplis d’accessoires, qui, au lieu d’alourdir l’ensemble, apportent au récit une touche fantaisiste incontestable. Les acteurs surjouent un peu leur personnage, comme s’ils étaient encouragés par la surcharge des décors et couleurs pour assumer véritablement la dimension fantasque des protagonistes.
Après la bien décevante entrée en matière du festival de Cannes en 2025, 2026 s’ouvre sur un crû de très bonne qualité. Pierre Salvadori se serait presque inspiré des frasques mémorables d’Au revoir là-haut pour restituer cet univers artistique où l’on prend le temps de l’amour et de l’illusion. La Vénus électrique est un film joyeux, réjouissant, qui donne la part belle à l’imagination et à la créativité.
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