Le 20 avril 2026
Une fois de plus, Herzog démontre qu’il est un documentariste singulier spécialisé dans le dévoilement du mystique.
- Réalisateur : Werner Herzog
- Genre : Documentaire, Moyen métrage
- Nationalité : Allemand
- Distributeur : Potemkine Distribution
- Durée : 0h58mn
- Titre original : Glocken aus der Tiefe - Glaube und Aberglaube in Rußland
- Date de sortie : 22 avril 2026
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– Année de production : 1993
Résumé : Une étude visuelle des croyants et des charlatans religieux en Sibérie après la dissolution de l’Union soviétique.
Critique : Documentaire sur la Russie post-soviétique ou expérience sensorielle et métaphysique sur la foi ? Un peu les deux. Werner Herzog a toujours refusé les conventions du cinéma ethnographique et du reportage, alors ici il poursuit ce qu’il a théorisé précédemment comme une vérité mystique. C’est une vérité qui ne repose ni sur l’exactitude factuelle ni sur l’objectivité, main sur la puissance de révélation dans les images.
Dès la première séquence, c’est l’incertitude. Les figures qui défilent - pèlerins, marginaux, exorcistes - semblent appartenir à un monde suspendu entre réalité et hallucination (collective). Une ambiguïté qui n’est pas accidentelle. Elle est au cœur du dispositif d’Herzog. Le documentaire est une fluctuation de véracité où le spectateur ne peut jamais stabiliser son interprétation. Certaines scènes, possiblement rejouées ou mises en scène, ne cherchent pas à tromper mais à produire un effet de vérité plus profond, au sens poétique plutôt que documentaire.
C’est un geste de rupture avec le paradigme du cinéma-vérité. Herzog veut montrer que la captation brute échoue à saisir l’essence des phénomènes humains. La foi ne peut être réduite à des pratiques observables : elle relève d’un registre invisible, irrationnel, parfois même délirant. Le film s’attache moins à expliquer les croyances qu’à en restituer l’intensité vécue. Les corps qui rampent sur la glace, les transes, les regards perdus ne sont pas analysés ; ils sont exposés comme autant de manifestations d’un rapport au monde qui échappe à la rationalité accidentelle.

- © Potemkine
C’est comme si Werner Herzog faisait de l’anthropologie poétique. Contrairement à l’ethnographie classique, qui vise à contextualiser et interpréter les pratiques culturelles, lui privilégie une approche fragmentation et sensorielle. La Russie qu’il filme n’est pas un sujet d’étude au sens scientifique, mais une entité presque mythique, un paysage intérieur collectif. L’absence de narration structurée et de personnages centraux contribue à cette abstraction. Le film ne raconte pas une histoire, il compose une mosaïque d’expériences qui tendent vers une vision globale, presque ontologique de la foi.
Les cloches des profondeurs ne cherche pas à résoudre les contradictions entre vérité et fiction, entre respect et appropriation, entre observation et mise en scène. Il les expose et les travaille. Il occupe une place singulière dans le monde documentaire puisqu’il n’est pas pleinement inscrit dans les catégories définies par la théorie classique mais il n’en n’est pas non plus totalement extérieur. Il agit comme un objet limite qui oblige à repenser les fondements du genre.
Herzog propose une expérience de regard et confronte le spectateur à une altérité radicale - celle des croyances, des corps , des paysages - sans lui fournir des outils pour la maîtriser. Il ouvre un espace où l’image ne prouve pas, ne démontre pas, mais révèle, au sens mystique du terme.
C’est un documentaire qui apparaît comme un film de foi, dans le sens d’un pari sur la capacité du cinéma à atteindre une vérité qui dépasse le réel observable. En cela, il s’inscrit pleinement dans le projet herzogien : faire du cinéma une expérience de dévoilement.

- © Potemkine
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