Le 4 mai 2026
Ce voyage forcé de deux enfants Rohingyas vers les promesses de la Malaisie, hommage à l’humilité et au courage, force l’admiration devant la prouesse de la mise en scène.
- Réalisateur : Akio Fujimoto
- Acteurs : Muhammad Shofik Rias Uddin, Shomira Rias Uddin
- Genre : Drame
- Nationalité : Français, Japonais, Allemand, Malaisien
- Distributeur : Arizona Distribution
- Durée : 1h39mn
- Titre original : Harà Watan
- Date de sortie : 22 avril 2026
- Festival : Festival de Venise 2025
L'a vu
Veut le voir
Résumé : Dans l’espoir de retrouver leur famille dispersée, Shafi, quatre ans, et sa sœur Somira, neuf ans, quittent un camp Rohingyas du Bangladesh pour rejoindre la Malaisie. Guidés par leur regard d’enfant, ils entreprennent une traversée périlleuse.
Critique : Rappelons que la Birmanie a récemment changé de nom pour le Myanmar. On connaît les persécutions que le pays inflige à la minorité Rohingyas qui, quand elle n’est pas directement victime de génocides de masse, se retrouve dans des conditions d’existence des plus effroyables. Un procès a d’ailleurs démarré en janvier 2026 pour crime contre l’humanité. En ce sens, Les fleurs du manguier vient à point nommé sur les écrans français, rappelant avec force la tragédie subie par ce peuple, et que les médias abordent peu. Et c’est un cinéaste japonais inconnu en France, Akio Fujimoto, qui rend compte du massacre général subi par cette minorité. Le résultat est saisissant.
Les fleurs du manguier puise son titre dans la référence à un arbre centenaire qui serait le seul point de repère dans la capitale malaisienne du domicile d’un oncle qui vivrait en paix. C’est ainsi que deux enfants, un frère et une sœur, se retrouvent contraints à l’exil vers la Malaisie, accompagnés de deux adultes. Ils passent pour ainsi dire de la naïveté d’un jeu de cache-cache au sein du bidonville où ils vivent, à une épreuve mêlée de peur, solitude, mort, faim et soif. Le cinéaste restitue sur une mer imaginaire, dans des rues ou des forêts inconnues ce à quoi tous les parcours d’exil pourraient ressembler. Sauf qu’il s’agit en avant tout d’un regard sur deux enfants, qui continuent à s’autoriser quelques moments de joie vive, mais sombrent peu à peu dans le mutisme et la mélancolie.

- Copyright Arizona Distribution
Les fleurs du manguier est un film alliant fortement dignité et puissance émotionnelle. La mise en scène très sobre refuse l’écueil du misérabilisme et du mélodrame. Tout passe par ces deux enfants qui à eux seuls occupent tout l’écran. Le récit emprunte le formalisme du documentaire, et pourtant, derrière l’enfance qu’il décline, se joue une fiction universelle qui pourrait être adaptée à toutes les minorités du monde contraintes à l’exil. Le film parle aussi d’espoir, de solidarité, quand au milieu de la faim ou de la soif s’ouvrent des mains pour accompagner sur un petit bout de chemin ces deux gamins.
Le petit garçon illumine l’écran. Sa joie, par moment brisée par les épreuves, rayonne d’un bout à l’autre de l’histoire jusqu’à cette fin magnifique, où, drapé d’une couverture, il erre dans les rues à la recherche du manguier mythique. Sa sœur ainée, débrouillarde et aimante, prend à bras le corps le destin de son petit frère. Aucun doute que ces deux jeunes acteurs ont ouvert une carrière qui sera immense. À aucun moment ils ne craignent que la caméra les épie quand leurs personnages endossent les épreuves avec une grande dignité.

- Copyright Arizona Distribution
Les fleurs du manguier a reçu un prix spécial à la Mostra de Venise de 2025. Manière sans doute pour le jury de récompenser une œuvre originale, d’une portée lyrique évidente, mais aussi de pointer du doigt le silence assourdissant de nos politiques sur le scandale des Rohingyas qui se joue en Asie. Manière aussi de nous renvoyer dans nos propres contradictions ou lâchetés quand il s’agit de regarder le sort réservé aux Roms en France et en Europe. Nous voilà face à un film d’une format assez raisonnable mais qui semble d’une densité absolument remarquable.
Il ne reste plus qu’à espérer que ce voyage dangereux se termine bien pour tous les enfants, toutes les femmes, tous les hommes qui entreprennent de quitter la guerre dans leur pays pour la paix et la protection. On mesure là qu’avant d’être des masses informes, tous les candidats à l’exil sont des êtres humains magnifiques, autant marqués par leurs blessures que leurs sourires.
Galerie Photos
Votre avis
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.
aVoir-aLire.com, dont le contenu est produit bénévolement par une association culturelle à but non lucratif, respecte les droits d’auteur et s’est toujours engagé à être rigoureux sur ce point, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos sont utilisées à des fins illustratives et non dans un but d’exploitation commerciale. Après plusieurs décennies d’existence, des dizaines de milliers d’articles, et une évolution de notre équipe de rédacteurs, mais aussi des droits sur certains clichés repris sur notre plateforme, nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur - anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe. Ayez la gentillesse de contacter Frédéric Michel, rédacteur en chef, si certaines photographies ne sont pas ou ne sont plus utilisables, si les crédits doivent être modifiés ou ajoutés. Nous nous engageons à retirer toutes photos litigieuses. Merci pour votre compréhension.



















