Le 3 janvier 2026
L’œuvre la plus sombre de Mike Leigh met en scène un jeune David Thewlis errant dans une société en proie à l’Apocalypse. Un film troublant qui nous plonge dans les pires facettes de l’homme.
- Réalisateur : Mike Leigh
- Acteurs : Peter Wight, David Thewlis, Ewen Bremner, Katrin Cartlidge, Lesley Sharp
- Genre : Drame, Drame social
- Nationalité : Britannique
- Distributeur : Pyramide Distribution, Potemkine Distribution
- Durée : 2h11mn
- Reprise: 28 janvier 2026
- Âge : Interdit aux moins de 12 ans
- Date de sortie : 10 novembre 1993
- Festival : Festival de Cannes 1993
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– Reprise en version restaurée : 28 janvier 2026
Résumé : Johnny, vit dans un total rejet de la société. Après avoir volé une voiture, il rejoint Londres pour habiter quelque temps chez son ex-petite amie Louise. Vagabond flamboyant et cynique, charmant et violent, il va déambuler plusieurs nuits dans les rues de la capitale.
Critique : Johnny est le genre de personnage que seul Mike Leigh sait créer. Johnny a une voix vernaculaire singulière, avec une utilisation articulée d’un anglais sophistiqué. Un langage qui permet de faire oublier son accoutrement délabré ainsi que sa situation sociale. Figures de styles, tournures de phrases, bizarreries idiomatiques… C’est lorsqu’il est seul, sans personne à insulter que, paradoxalement, nous sommes invités à découvrir l’homme véritable, vulnérable, partageant sa solitude et son sentiment d’insignifiance métaphysique. Cela, il ne l’assume pas malgré la façon dont cela le tourmente tout le long de son odyssée nocturne dans la Grande-Bretagne post-Thatcher, un affreux pays.
Johnny rentre dans le trop britannique du damaged man, populaire dans les années 1990. Son origine remonte à l’après-guerre, quand les vétérans traumatisés étaient physiquement et mentalement abîmés (La mort apprivoisée, 1949). Il n’y avait pas que les vétérans qui pouvaient être considérés comme abîmés. Des hommes brutaux comme le protagoniste dans Le gang des tueurs (John Boulting, 1948), qui annonce les hommes brisés qui ont proliféré plus tard. Johnny en est un héritier.

- © 2026 Potemkine Films. Tous droits réservés.
Naked présente une violence domestique et sexuelle comme symptomatique de la frustration de la classe ouvrière face à un manque de pouvoir culturel, économique et familial. Johnny est perpétuellement sur le point de perdre le contrôle, ses émotions latentes étant constamment sur le point d’exploser. Le moindre défi perçu par son autorité se traduit par des réprimandes verbales ou physiques. Le film soulève la question de savoir dans quelle mesure cette mise en scène de la misogynie au sein de l’espace cinématographique cautionne, voire tolère, la violence, les abus et les humiliations que subissent les différents personnages féminins au cours du récit. Naked n’offre pas une rédemption narrative à ses personnages masculins. Johnny n’est pas tenu comme responsable de ses actes, au même titre que Jeremy, sa version bourgeoise. Cela se conclut pourtant sur un refus d’identification ou de sympathie envers Johnny. La scène finale le montre boitant, seul, détaché, incapable de nouer des relations plus que passagères.
Naked représente avec une minutie graphique les effets destructeurs de la masculinité abîmée, sans pour autant avoir une approche complaisante ou acritique. Au contraire, en laissant place à l’expression de l’aliénation masculine pour la violence physique, implanté dans des détails inconfortables, le film n’est pas l’expression d’une misogynie sadique. Il met en avant de graves problèmes sociaux en les situant dans un contexte culturel large qui positionne les hommes à la fois causes et symptômes des cycles destructeurs dans lesquels ils sont piégés. Le fait que l’œuvre n’offre pas de conclusion rédemptrice, dédaigneuse ou tenable, semble davantage constituer une critique des problèmes sociaux et culturels, parmi lesquels figure la nature inéluctable des cycles vicieux et destructeurs engendrés par la précarité économique et les circonstances familiales. Cela n’excuse en rien Johnny et ses actes répréhensibles. Mike Leigh défend la représentation de Johnny comme étant délibérément controversée ; son intention était de créer à la fois la pitié et la répulsion afin de produire des réactions complexes et contradictoires (https://www.bfi.org.uk/interviews/mike-leigh-interview).

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L’une des scènes les plus controversées du film est la séquence d’ouverture. Notre premier aperçu de Johnny le montre plaquant une femme contre un mur. La question de savoir si cette scène constitue réellement un viol reste ambiguë, mais la possibilité qu’elle puisse être interprétée comme tel ou comme une relation sexuelle brutale, mais consentie, démontre une fois de plus la problématique politique de la représentation des damaged men. Ce n’est pas seulement cette scène initiale qui présente Johnny comme un prédateur sexuel manipulateur et cruel ; sa rencontre sexuelle avec Sophie est également brutale, et son traitement de la « femme à la fenêtre » d’âge mûr est également insensible et cruel. Après avoir feint un intérêt sexuel pour elle, Johnny se retourne contre elle, l’humilie et lui vole ses livres. Cela démontre le paradoxe au cœur de cette représentation problématique : alors que cet homme semble marginalisé, frustré et blessé, il est en même temps violent et nuisible aux autres. Les autres, c’est-à-dire les femmes, êtres sociales bien plus marginalisées que lui.
Être à la fois nihiliste et adepte des prophéties, c’est incarner une contradiction rarissime. Au milieu du film, Johnny, interloqué par l’affirmation selon laquelle il ne croit pas en Dieu, rétorque avec indignation : « Bien sûr que je crois en Dieu ». Cette réplique vient de celui qui viole et vole son prochain.
Naked avait obtenu le prix de la mise en scène et le prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes 1993. Il est repris en salle à l’initiative du distributeur Potemkine.
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