Le 16 juin 2026
Trop brouillon, trop confus, pas assez travaillé. Nightborn échoue à provoquer le frisson.
- Acteurs : Rupert Grint, Pamela Tola, Seidi Haarla
- Genre : Épouvante-horreur
- Nationalité : Britannique, Français, Finlandais, Lituanien
- Distributeur : Wild Bunch Distribution
- Durée : 1h32mn
- Titre original : Yön Lapsi
- Âge : Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement
- Date de sortie : 22 juillet 2026
- Festival : Festival de Berlin 2026
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Résumé : Rêvant de construire une vie de famille paisible, Saga et son mari Jon s’installent dans la maison où elle a passé une grande partie de son enfance, au cœur de la forêt finlandaise. Mais dès la naissance de leur enfant, et malgré un entourage qui se veut rassurant, Saga perçoit chez son bébé quelque chose d’inexplicable et d’inquiétant…
Critique : Perdu au milieu des bois, le nouveau film de Hanna Bergholm nous amène sur le sentier sinueux de la maternité avec son personnage : Saga. La jeune femme finlandaise mariée à un Anglais rêve de s’installer dans la maison de sa grand-mère, seule au milieu de nulle part, pour y fonder une famille. Quand Saga accouche enfin d’un petit garçon, le bonheur est très vite remplacé par la terreur alors que le comportement de l’enfant devient de plus en plus étrange.

- © 2026 Wild Bunch Distribution. Tous droits réservés.
La réalisatrice montre avec honnêteté les déboires des jeunes mères, coincées entre leurs désirs et leurs obligations, l’amour de leur enfant et la fatigue causée par lui. Le film exploite le tabou du rejet d’un enfant perçu comme un parasite, le dégoût de la femme d’avoir donné naissance à un fils, le tout avec une dose de gore réaliste sur l’accouchement et les pertes de sang qui l’accompagnent. Cette façon de montrer frontalement joue ainsi parfois à l’avantage du film mais est souvent à l’origine d’une impasse esthétique. À trop nous dévoiler les rouages de son horreur, le film devient beaucoup plus commun voire ridicule. Les agissement dérangeants du bébé sont toujours trop bien éclairés, bien cadrés, et l’on n’a jamais l’occasion de ressentir un véritable frisson devant une scène où tout est déjà à notre portée. Le surnaturel du film est trop proche de nous, n’est pas une anomalie et ne contient aucun mystère. Cela n’est pas arrangé par une réalisation qui ne crée jamais vraiment d’atmosphère particulière et atténue l’impact de certaines scènes, rendant le tout très inégal. On sent, par exemple, la volonté de Bergholm de personnaliser la maison de Saga et la forêt qui l’entoure sans jamais réellement y parvenir. Le monde de Nightborn est trop restreint, pas assez travaillé en profondeur, et l’on n’y retrouve jamais la folie, le chaos, la sauvagerie dont le film s‘affuble. De plus, cette monstration bien trop appuyée participe à décrédibiliser l’intrigue même du film. Alors que nous sommes constamment témoins de phénomènes étranges enveloppant le petit garçon, il devient de plus en plus difficile de croire que la faute soit toujours rejetée sur Saga. On ne doute pas d’elle, il n’y pas d’ambiguïté sur sa santé mentale et même pas non plus sur les motivations de ses proches que l’on devine assez facilement négligeables pour permettre l’intrigue. Plusieurs scènes du film sont ainsi très artificielles et l’isolement du personnage de Saga ne semble pas être une conséquence logique des évènements mais plutôt un besoin de scénariste. Nightborn souffre également de trop grands écarts de ton, surtout en ce qui concerne l’enfant. Il est dépeint, pendant une majeure partie du récit, comme terrifiant, dégoûtant, menaçant, mais, d’une scène à l’autre, il devient un lien étrange mais salutaire entre la mère et la nature que le père ne peut comprendre. Nitghborn décale alors son propos, d’un questionnement autour de la notion d’amour maternel à une réflexion sur l’animalité qui persiste en chacun de nous malgré la profusion des codes sociaux. La grossesse de Saga, sa maternité la ramènent à une sorte d’« état de nature » incarné par son enfant, et que son mari cherche à contrôler car cela ne correspond pas à son idée fantasmée et normative de la vie de famille. On décèle ici un propos un peu simpliste de la part du film, un certain essentialisme qui associe la femme à la terre et à l’animalité, tandis que le père est un bâtisseur rationnel ; on voit ici à quel point le film jongle difficilement avec ses thématiques et ses scènes.

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Pourtant, Nightborn sait développer des idées intéressantes. Cette confrontation entre le paganisme finnois et le christianisme protestant, entre les mythes et la rationalité, mais aussi entre les cultures finnoise et britannique, apparaît comme une piste intéressante que le film ne suit malheureusement qu’assez peu. Bergholm développe notamment une symbolique simple mais efficace sur les prénoms de ses personnages. Saga porte littéralement le nom du genre littéraire nordique médiéval qui a porté jusqu’à nous les mythes anciens ; son mari s’appelle Jon, le prénom anglais le plus courant ; le père de Jon est prêtre et s’appelle Christian. Ce jeu onomastique devient un enjeu pour les personnages au sein du récit quand Saga décide de nommer son fils Kuura, prénom typiquement finnois, alors que Jon avait prévu que son fils porterait le nom de son père. Via le nom de son enfant, Saga s’affirme évidemment en tant que mère mais aussi en tant que Finlandaise face à un mari qui ne s’intègre jamais vraiment à sa culture, ne faisant pas l’effort d’apprendre sa langue. On y voit ainsi l’ébauche d’un parcours effectué par Saga à la recherche de savoirs, de rites et d’entités mystérieuses, rendues invisibles par la christianisation, mais qui perdurent dans les arbres, le vent et le sang. Il en va de se demander comment cette notion n’est pas plus approfondie et même placée au centre de l’œuvre.
Entre dépression post-partum, filiation, rapport à la maternité, éducation mais aussi tension entre le folklore finnois et la modernité, Nightborn est une œuvre dense qui se débat dans tout les fils qu’elle cherche à tisser. Elle se concentre tantôt sur un sujet tantôt sur l’autre sans qu’une réelle homogénéité ne ressorte. On passe trop vite d’une chose à l’autre sans avoir le temps de vraiment les intégrer et rien n’est filmé de manière à rendre compte de l’importance des scènes. Ce portrait de la maternité et l’opposition entre folklore et modernité sont intéressants mais se combinent mal au milieu d’une intrigue cousue par des fils bien trop blancs. Le film semble alors assez brouillon, manquant d’une structure claire malgré toute la sincérité et la bonne volonté de la réalisatrice.
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