Le 4 mai 2026
Nuit et brouillard n’a cessé, depuis sa sortie en 1956, de mettre en tension mémoire officielle et regard critique.
- Réalisateur : Alain Resnais
- Genre : Historique, Court métrage
- Editeur vidéo : Potemkine
- Date de sortie : 17 avril 2026
- Plus d'informations : Le catalogue DVD-BluRay de Potemkine éditions
- Festival : Festival de Cannes 1956
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– Sortie DVD : 17 avril 2026
– Année de production : 1956
Résumé : 1955. Alain Resnais, à la demande du Comité d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, se rend sur les lieux où des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants ont perdu la vie. Il s’agit d’Orianenbourg, Auschwitz, Dachau, Ravensbrück, Belsen, Neuengamme, Struthof. Avec Jean Cayrol et l’aide de documents d’archives, il retrace le lent calvaire des déportés.
Critique : Film institutionnel devenu scandale politique, Nuit et brouillard d’Alain Resnais n’a cessé, depuis sa sortie en 1956, de mettre en tension mémoire officielle et regard critique. Placé sous le patronage du Comité d’Histoire de la Deuxième Guerre mondiale et soutenu par de nombreuses institutions publiques, le film fut pourtant écarté de la compétition du Festival de Cannes, jugé trop sensible sur le plan diplomatique.
Le carton liminaire de « Nuit et brouillard » insiste sur l’ampleur de ses soutiens institutionnels : le film a bénéficié de l’appui du ministère des Anciens combattants, du Musée pédagogique, du Conseil municipal de Paris, du Conseil général de la Seine, du Centre national de la cinématographie, de la Télévision française, du Centre de la cinématographie polonaise à Varsovie, du Réseau du souvenir et de toutes les fédérations et amicales de déportés. Cette accumulation n’est pas anodine : elle vise à garantir l’assise morale, politique et documentaire du film, dix ans après la libération des camps.
Or, c’est précisément ce statut officiel qui rend l’affaire cannoise de 1956 particulièrement révélatrice.
Sélectionné initialement en compétition officielle du Festival de Cannes 1956 dans la catégorie court métrage, Nuit et brouillard est retiré de la compétition à la suite de pressions diplomatiques, notamment de la part de la République fédérale d’Allemagne, qui estime que le film risque de nuire au processus de réconciliation franco‑allemande. Les organisateurs obtiennent de Resnais la modification d’un plan — celui montrant un gendarme français à Pithiviers — et, malgré cela, le film est écarté de la sélection officielle. Il sera finalement projeté hors compétition le 29 avril 1956, à l’occasion de la Journée nationale du souvenir de la déportation.
La contradiction est frappante : un film soutenu par l’État, financé et encadré par les principales institutions mémorielles françaises, devient soudain trop dérangeant pour représenter officiellement la nation dans une enceinte internationale. Comme l’a montré Sylvie Lindeperg, l’« affaire Nuit et brouillard » révèle ainsi les limites de la mémoire autorisée dans les années 1950 : si la déportation peut être commémorée, elle ne doit ni troubler les équilibres diplomatiques, ni interroger trop frontalement les responsabilités nationales et européennes.
Le paradoxe est que ce film, conçu dans un cadre institutionnel étroitement balisé, échappe à sa fonction initiale par la rigueur de sa forme. Le montage, le commentaire de Jean Cayrol et la mise à distance opérée par Resnais transforment la commande en objet critique, suscitant une onde de choc qui dépasse très largement les intentions de ses commanditaires.
L’affaire cannoise de Nuit et brouillard rappelle ainsi que, même adossée aux plus hautes instances de la mémoire officielle, une œuvre peut devenir politiquement incontrôlable dès lors qu’elle interroge, par sa forme même, ce que les sociétés préfèrent ne pas voir.
Le test DVD
L’édition DVD proposée par Potemkine, issue d’une restauration image par Éclair Group et d’une restauration sonore par Le Diapason, restitue avec rigueur cette œuvre capitale, tout en lui offrant un appareil critique à la hauteur de sa complexité.
Les suppléments
Face aux fantômes de Jean‑Louis Comolli (2009, 109 mn)
Documentaire essentiel, Face aux fantômes revient en profondeur sur la fabrication, la réception et les controverses entourant Nuit et brouillard. À travers le regard du cinéaste Jean‑Louis Comolli et les analyses de l’historienne Sylvie Lindeperg, le film interroge la nature des images disponibles, celles qui manquent, et le montage comme geste politique. Il éclaire notamment l’affaire cannoise, la question de la censure et les ambiguïtés d’un film à la fois institutionnel et subversif. Un bonus majeur, qui constitue à lui seul une prolongation critique indispensable.
Enquête radiophonique – France Culture (CD audio)
Le coffret inclut un CD rassemblant une enquête radiophonique avec Alain Resnais, Michel Bouquet et Claude Lanzmann. Ces échanges mettent en perspective les choix esthétiques et éthiques du film, tout en rappelant les débats qu’il a suscités dès sa sortie. Le recours au médium sonore résonne particulièrement avec un film où la parole est moins explicative que réflexive.
Livret illustré (40 pages)
Un livret richement documenté complète l’édition. Textes analytiques, documents d’archives et iconographie permettent de replacer le film dans son contexte historique et institutionnel, sans jamais en figer l’interprétation. Un outil précieux pour accompagner la transmission de l’œuvre.
L’image
La restauration opérée par Éclair Group respecte pleinement la diversité des sources d’archives utilisées par Resnais, issues notamment du Comité d’Histoire de la Deuxième Guerre mondiale, des fédérations de déportés, du Centre de documentation juive, d’organismes belges, néerlandais et polonais, ainsi que des musées du Ghetto, d’Auschwitz et de Maïdaneck. Les images en couleur tournées en 1955 sur les sites des camps gagnent en stabilité et lisibilité, tout en conservant une palette froide et volontairement distante. Les archives en noir et blanc préservent leur grain et leurs aspérités, rappelant que la discontinuité visuelle constitue le cœur même du dispositif de Resnais.
Le son
La restauration sonore assurée par Le Diapason redonne toute sa clarté au commentaire de Jean Cayrol, dit par Michel Bouquet, dont la neutralité glaçante demeure intacte. La musique de Hanns Eisler retrouve un équilibre subtil, jamais illustrative, pensée comme une structure rythmique accompagnant le montage. Le DVD propose une piste française restaurée de grande qualité, sans défaut notable, complétée par les dispositifs d’accessibilité attendus.
En 1955, suite à une commande du Comité d’Histoire de la Deuxième Guerre mondiale, Anatole Dauman choisit Alain Resnais pour réaliser un film sur les camps de concentration.
En collaboration avec Jean Cayrol, le jeune réalisateur cherche une forme cinématographique qui saura non seulement toucher le cœur du public, mais aussi, et peut-être surtout, s’inscrire durablement dans un processus de réflexion collective.
Le commentaire incisif de la voix off, le montage mêlant images d’archives et prises de vues des camps dix ans après, la musique de Hanns Eisler font de Nuit et Brouillard » une œuvre unique, habitée par les fantômes du passé, inquiète du présent et mettant en garde sur un futur toujours fragile.
Potemkine Films 19 Mai 2026
Combo Blu-ray + DVD
Audio : Français PCM 2.0 Dual Mono
Sous-titrage : Français
Suppléments :
– Face aux fantômes : Documentaire réalisé par Jean-Louis Comolli et Sylvie Lindeperg (inédit - 2009 - 109’)
– Les yeux grands ouverts : Éclairage sur Nuit et Brouillard réalisé par Margot Grenier (inédit - 2026 - 14’- à partir de 13 ans)
– Entretien avec Jean-Michel Frodon : Contextualisation et analyse esthétique (inédit - 2026 - 47’)
– Livret avec documents d’archives - 80 pages
Galerie photos
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