Le 6 juillet 2026
Ce film de fiction ayant pour cadre le Tour de France est une rareté qui se distingue par ses qualités techniques tout autant que par son ton de comédie charmante et incisive.
- Réalisateur : Jean Stelli
- Acteurs : Albert Préjean, Max Dalban, René Génin, Robert Arnoux, Paul Demange, Paul Barge, Marcel Delaître, Paul Temps, Meg Lemonnier
- Genre : Comédie dramatique, Romance, Noir et blanc, Film de sport
- Nationalité : Français
- Distributeur : Compagnie Parisienne de Location de Films (CPLF)
- Durée : 1h31mn
- Date de sortie : 23 octobre 1940
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Résumé : Été 1939. Le Tour de France reprend la route. Albert Brégeon, un grand champion trop sûr de vaincre, se laisse bêtement distancer par ses rivaux dans les étapes de plaine. Colette Monnier, une jeune journaliste néophyte qui suit son premier Tour, se moque du coureur qu’elle estime, un peu rapidement peut-être, déchu. Piqué au vif, Brégeon surmonte un moment de découragement et profite de quelques ascensions pour damer le pion à ses adversaires et s’emparer du maillot jaune. Cette belle victoire personnelle colore les rapports tendus qu’il entretient avec Colette d’une note d’affection qui ne demande qu’à s’épanouir...
Critique : Produit par la Société de Production du Film Pour le Maillot Jaune, ce film longtemps invisible a été tourné lors du Tour de France 1939. En raison de la guerre, la manifestation sportive sera ensuite interrompue et ne reprendra qu’en 1947. L’originalité du long métrage est d’avoir mêlé une fiction à des images authentiques du Tour. Les véritables coureurs sont ainsi filmés, même s’ils ne tiennent pas la place centrale au niveau dramatique. Le scénario, simple mais habile, a été coécrit par Jean Antoine, Jean Leulliot et Maurice Goddet. Leulliot était un journaliste fortement impliqué dans le Tour, quand Goddet administrait le quotidien L’Auto. Ce dernier était aussi l’époux de l’actrice Meg Lemonnier, covedette du film. Derrière la caméra, l’artisan inégal Jean Stelli révèle un savoir-faire technique incontestable, qu’il devait retrouver avec le mélodrame Le voile bleu, triomphe commercial du cinéma sous l’Occupation. Sans être aussi impressionnantes et novatrices que les plans tournés par Leni Riefenstahl dans Les Dieux du stade et Jeunesse olympique, les prises de vue de la compétition sont d’une réelle qualité, des routes de montagne aux étapes en milieu urbain, et sont incrustées avec habileté aux passages tournés en studio, essentiellement axés sur la fiction interprétée par les comédiens professionnels.
Et c’est bien évidemment l’histoire personnelle d’un coureur qui est mise en avant. Albert Brégeon est un champion cycliste en fin de carrière. Il n’est guère motivé par son dernier Tour et le début de la compétition s’avère difficile. Il est d’autant plus tenté d’abandonner qu’il subit les railleries des journalistes, et en particulier de la dynamique Colette Monnier. Cette dernière va pourtant l’aider à reprendre confiance en lui et l’ex-favori de la course va remonter la pente… Malgré des dialogues brillants (le marivaudage amoureux, les vannes entre coureurs), le scénario n’abuse pas des ficelles d’écriture et opte pour une louable limpidité narrative. L’enjeu sportif est ainsi mêlé aux conventions d’une délicieuse comédie romantique, dans l’esprit de celles, réalisées à l’époque, par Henri Decoin, avec Danielle Darrieux. La ressemblance est d’autant plus frappante que le personnage de Colette est celui d’une jeune femme émancipée, effectuant un métier (journaliste sportive) réservé aux hommes, et parvenant à s’imposer malgré les quelques remarques ironiques dont elle est l’objet. Cet audacieux féminisme, dans un récit où le champion se montre défaillant et en proie au doute, n’est pas la moindre surprise pour un film où les hommes sont prédominants, tant au générique (la norme à l’époque) que dans une histoire axée sur performances sportives masculines.
Pour le maillot jaune étonne aussi par son côté précurseur lorsqu’il aborde des thèmes comme le dopage, alors que cette question demeurait largement absente du cinéma sportif. Jean Stelli et les coscénaristes sont bien épaulés par une équipe technique de premier ordre, dont le directeur photo Léonce-Henri Burel, ex-collaborateur de Gance. Il n’est pas jusqu’à l’entraînante musique de Georges Van Parys, associée à une chanson écrite par Jean Boyer, qui contribue au charme de l’ensemble. Un charme sans doute désuet mais authentique. Le casting est impeccable, dominé par Albert Préjean, qui retrouve la verve et le dynamisme qu’il avait déployées pour René Clair ; et l’injustement oubliée Meg Lemonnier, au délicieux et discret accent anglais. Ils sont entourés d’une galerie de savoureux « excentriques » typiques du cinéma français en noir et blanc, de René Génin en fidèle assistant à Robert Arnoux en meilleur copain, en passant par Marcel Delaître en autoritaire directeur du Tour ou Paul Temps en journaliste dégourdi. Même si certains aspects ont vieilli (les entrées et sorties de personnages, comme au théâtre), il faut (re)découvrir cette œuvre certes mineure, mais d’un réel intérêt patrimonial et dotée d’atouts solides. Le film a été restauré en 2023 par Lobster Films, avec le soutien du CNC, à partir d’un marron 35 mm nitrate.
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