Le 28 janvier 2025
Pierre Creton et Vincent Barré réalisent, mine de rien, un petit miracle de poésie arboricole.


- Réalisateurs : Pierre Creton - Vincent Barré
- Genre : Documentaire
- Nationalité : Français
- Distributeur : JHR Films
- Durée : 1h44mn
- Date de sortie : 15 janvier 2025

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Résumé : À la recherche de plantes indigènes, nous suivons le botaniste Mark Brown, depuis Aizier jusqu’à Sainte-Marguerite-sur-Mer, chez lui. De la vallée de la Seine, suivant le littoral cauchois en sept promenades, nous filmons les plantes jusqu’à son projet botanique fou : reconstituer une forêt primaire à L’Aube des Fleurs.
Critique : Il faut s’appeler Pierre Creton pour prendre le risque de réaliser un documentaire sur un sujet aussi pointilleux qu’une balade à travers les campagnes normandes d’un botaniste, Mark Brown, qui s’est donné pour objectif de recréer dans son propre jardin une forêt primaire. Car, non sans surprise, nos contrées sauvages contiennent sur leurs sols aqueux ou secs des plantes merveilleuses qui ont derrière elles des millions d’années d’existence. Bien sûr, dans leur renouvellement, elles ont évolué, se sont adaptées, et certaines sont en prise avec une disparition annoncée, un peu finalement comme le cinéma de Pierre Creton qui chemine depuis longtemps avec exigence entre son amour de l’agriculture, le septième art et la création plastique.
- Copyright JHR Films
Le documentaire de Vincent Barré et Pierre Creton est construit sur deux axes complémentaires : le tournage en lui-même des sept promenades du botaniste, et le résultat de ce tournage dans un herbier où derrière ce que nous, profanes, ne voyons par exemple qu’une vulgaire ronce, apparaît un univers de fleurs et de chlorophylle absolument miraculeux. La première partie, qui est dans tous les cas la plus intéressante, met en scène le biologiste certes, accompagné parfois d’un ou d’un(e) expert(e) en la matière, mais aussi toute l’équipe du film, dont les réalisateurs et le cadreur. Il se joue entre les protagonistes présents, et notamment avec le cadreur, quelque chose de très sensuel, sans que jamais l’attirance sexuelle ne soit explicite. D’ailleurs, le botaniste lui-même se laisse aller à des confidences personnelles, où il évoque son goût de l’amour dans un champ fleuri ou une séparation qui l’a meurtri.
Sept promenades avec Mark Brown s’apparente donc à un essai de poésie verte. La connaissance de l’herboriste est bluffante, et surtout enrichissante dans un monde où l’on abîme la terre, en ignorant que les plantes sauvages sont porteuses de son histoire et donc la nôtre. La photographie est très belle, très précise, attestée par la patience du cadreur qui essaye d’attraper chaque détail et chaque couleur d’une fleur, pourtant quasi invisibles aux yeux d’un promeneur vulgaire.
- Copyright JHR Films
S’agit-il d’un film de cinéma ? La question est posée par le sujet. En fait, Pierre Creton et Vincent Barré invitent, à travers ces balades solitaires à la Rousseau, à penser le septième art, comme une augmentation de la réalité sur un écran. Les personnages qui filment l’herbier sont eux-mêmes des personnages de fiction qui s’interposent entre la caméra et la nature. En ce sens, seul un grand écran a les capacités de rendre visible, cette matière à la fois humaine et biologique. Il s’agit ainsi d’un vrai film de cinéma, au sens strict du terme, comme une opportunité à revisiter le réel qui nous échappe.
Voilà donc un petit miracle de poésie et de philosophie, trop rare sur nos écrans, qui mérite que les spectateurs en mal de paix et d’introspection s’y arrêtent. Le long-métrage fonctionne à la manière d’une séance d’hypnose, invitant chacun de nous à regarder, à travers ces plantes et paysages, un petit bout de nous-mêmes, au risque parfois de succomber à la rêverie.