Le 23 avril 2026
Grâce à des images somptueuses du Tchad, Mahamat-Saleh Haroun parvient à dépasser l’aspect un peu désuet ou naïf de la narration. Un film africain rare sur les écrans français.
- Réalisateur : Mahamat-Saleh Haroun
- Acteurs : Ériq Ebouaney, Achouackh Abakar Souleymane, Maïmouna Miawama, Brigitte Tchanégué, Sambo Saleh Adam, Christ Assidjim Mbaihornom
- Genre : Drame
- Nationalité : Français, Tchadien
- Distributeur : KMBO
- Durée : 1h41mn
- Date de sortie : 22 avril 2026
- Festival : Festival de Berlin 2026
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Résumé : Dans un village isolé du Tchad, Kellou est traversée par des visions qu’elle ne comprend pas. Grâce à sa rencontre avec Aya, une exilée aux secrets douloureux, elle va découvrir une autre façon de regarder son passé, ses rêves et son village. Mais en prenant la défense d’Aya, que le chef du village tente de chasser, elle se heurte à la peur et la colère des habitants, et devra se battre pour garder sa liberté.
Critique : Elle s’appelle Kellou, un prénom mystérieux laissé par sa mère décédée dans des conditions étranges. Tout est mystère d’ailleurs dans ce village perdu du Tchad où les personnes venues de contrées voisines sont perçues comme des immigrés, et les légendes animistes organisent les conditions de vie des habitants. C’est d’ailleurs tout le drame pour Kellou qui, habitée par des visions prédictives, fait la rencontre d’Aya que les hommes accusent d’être à l’origine de tous les maux du village, et en particulier le décès récent de nourrissons ainsi qu’une pluie battante qui a duré près de vingt-quatre heures.
Soumsoum, la nuit des astres oppose donc dans une même fiction plusieurs rationalités. On trouve d’abord la place importante laissée aux légendes et croyances locales ; elles animent la vie du village et nourrissent ou expliquent la manière dont les hommes hiérarchisent les places de chacun. Il y a aussi la puissance masculine qui règne sur l’existence des individus, à la façon d’un patriarcat d’un autre temps, les femmes étant reléguées aux commodités du quotidien. Et enfin, et surtout, la narration suit Kellou qui tente d’échapper à l’emprise de la gente masculine sur sa vie, et cherche à s’émanciper du déterminisme social et culturel qui pèse sur sa famille. Le conte s’invite alors dans un récit qui joue avec le fantastique, opposant d’un côté la rudesse de la vie rurale en Afrique et de l’autre l’imaginaire des légendes qui peuplent la nature.

- Copyright Pili Films Goï Goï Productions
Il faut d’abord saluer la qualité irréprochable de la photographie. Mahamat-Saleh Haroun filme le Tchad dans une langue cinématographique d’une grande qualité. On découvre des paysages autant désertiques qu’habités par des territoires d’eau, où des façades de pierres immenses abritent des anciennes grottes préhistoriques. Les images dégagent une magie indéniable qui s’ajoute au sujet déjà à lui tout seul totalement féérique. Le spectateur pressent la chaleur qui se dégage du ciel, avec ces étoiles brillantes qui semblent des constellations divines.
Soumsoum, la nuit des astres n’a donc vocation qu’à se regarder sur un écran de cinéma. La musique très timide du piano s’efface au bénéfice de plans panoramiques absolument magnifiques, qui trahissent chez le réalisateur une appétence à défendre un pays situé entre modernité, tradition et beauté. À la manière de Lingui, les liens sacrés, le cinéaste exalte la puissance émotionnelle des personnages féminins, tout entiers baignés dans l’incandescence africaine. Le prix FIPRESCI reçu à Berlin est de fait amplement mérité, ne serait-ce que si l’on s’arrête sur la dimension esthétique du long-métrage.

- Copyright Pili Films Goï Goï Productions
Maintenant, le film souffre de quelques défauts, à commencer la manière dont la fiction verse dans le conte aux accents naïfs. La comédienne principale qui incarne Kello s’égare dans un jeu enfantin qui fait parfois perdre au récit sa dimension dramatique, et profondément actuelle en matière de discrimination féminine. L’esthétique de l’image ne fait pas tout au cinéma. Le dispositif se heurte sans doute au jeu maladroit d’acteurs apparemment peu aguerris à l’exercice. Les questions du mariage forcé, des pierres jetées sur les femmes jugées comme des sorcières sont trop sérieuses et auraient mérité un traitement moins féérique que réaliste.
Maintenant, on ne va pas se plaindre d’avoir sur nos écrans, en sortie nationale, un film africain. KMBO offre aux spectateurs une balade solaire au cœur des légendes tchadiennes dénonçant un régime patriarcal redoutable dont la jeune héroïne cherche à se départir. Soumsoum, la nuit des astres reste un objet de cinéma original, d’une grande beauté visuelle, et qui ravira assurément les amoureux de l’Afrique centrale.
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