Le 19 avril 2026
Le premier long métrage en tant que réalisatrice de Nicole Garcia est un bijou de sensibilité et de poésie, porté par le jeu exquis de Nathalie Baye qui trouve ici l’un de ses plus beaux rôles.
- Réalisateur : Nicole Garcia
- Acteurs : Nathalie Baye, Miki Manojlović, Henri Garcin, Marie Daëms, Jacques Boudet, Sacha Briquet
- Genre : Drame, Road movie, Film pour ou sur la famille
- Nationalité : Français
- Distributeur : MK2 Distribution
- Durée : 1h40mn
- Date de sortie : 29 août 1990
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Résumé : Camille vit séparée de son mari et de ses enfants, dont il a la garde. Elle ne les voit que quelques week-ends et les emmène justement à Vichy, ou elle doit animer un gala. Son mari lui reproche durement ses "guignolades". Alors, elle part avec eux en Espagne, les enlève. Mais elle doit tenter d’apprivoiser son fils qui n’aime qu’une seule chose, les météorites.
Critique : Coécrit par Jacques Fieschi, Un week-end sur deux est le premier long métrage en tant que réalisatrice de Nicole Garcia. Depuis le tournage de Mon oncle d’Amérique, l’actrice avait toujours été fascinée par l’idée de mise en scène, mais mit dix ans avant de concrétiser son projet. On peut lire les propos suivants de la réalisatrice sur le site de la Cinémathèque : « J’ai le sentiment d’être sortie bâillonnée de mon enfance. Devenir comédienne m’a permis de m’exprimer. Une actrice dit beaucoup d’elle-même, mais elle avance sous le masque du texte et de l’imaginaire de son metteur en scène. Ce fut donc pour moi une vraie joie de me découvrir un talent pour la mise en scène à quarante ans, de rencontrer des gens intéressés par mes histoires. »
Le récit qu’elle a choisi est le beau portrait d’une femme à la dérive, dont la vie familiale et professionnelle est marquée par la précarité. Camille (Nathalie Baye) est une comédienne dont la carrière s’est essoufflée et se retrouve endettée. Divorcée, elle a la garde de ses enfants un week-end sur deux, ayant volontairement quitté le domicile conjugal quelques années auparavant. Dès le générique, où l’on entend la voix des enfants, on a conscience que Camille a perdu quelque chose d’elle-même, que son identité même est incertaine auprès de son entourage. « Qu’est-ce qu’on va faire avec elle ? », demande Gaëlle, la petite fille. « Elle » sera souvent le nom attribué à Camille par les autres personnages quand ils l’évoquent : ses enfants, son ex-mari (Miki Manojlović), les techniciens pendant la répétition d’un gala. Car Camille a été incitée par son agent (Henri Garcin) à se rendre à Vichy pour présenter une soirée caritative organisée par le Rotary Club : une situation perçue comme un déclassement par la comédienne dont on comprend qu’elle a eu son heure de gloire, avant de cachetonner à la télévision et dans des animations. Camille n’a pas d’autre choix que d’emmener ses enfants avec elle, ce qui n’est pas une mince affaire, d’autant plus que Vincent, l’aîné, semble éprouver de la rancœur envers sa mère…
Le long métrage n’est pas du tout un mélo lacrymal et sociétal à la Kramer contre Kramer mais une œuvre suggestive, parfois elliptique et contemplative, où les explications du contexte psychologique ne se déroulent qu’à l’occasion de quelques courtes séquences. Le récit se concentre sur les tentatives de Camille qui cherche à retrouver la confiance et l’amour de ses enfants, et les maladresses dont elle fait part, malgré toute sa bonne volonté. Le film ne force jamais la noirceur ou la dramatisation à outrance, et quand des dangers fragilisent encore plus la situation de Camille (une petite fille prenant des risques sur un quai de gare, un sac à main perdu, une urgence médicale), le retour à la normale est vite rétabli, ce qui ne répare que peu les fêlures du personnage central.
Un week-end sur deux brille en outre par une mise en scène à la fois sobre et élégante ; certaines séquences frôlant l’improvisation (le fou rire pendant le gala, les jeux sur la plage) dévoilent l’influence, consciente ou inconsciente, d’un certain cinéma en liberté (la Nouvelle Vague, Cassavetes) sur la réalisatrice. Et lorsque la narration montre Camille essayer de satisfaire le goût de son fils pour l’astronomie, le film prend une tournure poétique et métaphorique, magnifiée par la sublime musique d’Oswald d’Andrea et la photo de William Lubtchansky.
Le long métrage doit beaucoup à Nathalie Baye qui trouve ici l’un des plus beaux rôles de sa carrière. Loin d’avoir le statut professionnel de son personnage, elle était toutefois dans une période creuse de sa carrière, après avoir cartonné au box-office pendant une partie des années 80. Ce film était pour elle l’occasion de rebondir. Sobre, sans apparat de glamour ni sourire rassurant (à l’exception des scènes de fêtes familiales en flash-back et du début de gala), l’actrice exprime une réelle émotion contenue, tout en utilisant son expérience de danseuse pour des scènes où elle joue admirablement de l’utilisation de son corps. Malgré le succès d’estime du film, Nathalie Baye devra attendre encore une dizaine d’années avant de voir sa carrière retrouver une impulsion durable.
Le film fut nommé aux César de la meilleure actrice et de la meilleure première œuvre. Nicole Garcia, quant à elle, se tournera vers un cinéma plus classique, bien que toujours ancré sur la fragilité de personnages blessés, d’Un fils préféré à Mal de Pierres, en passant par Place Vendôme.
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