Le 12 août 2024
Peut-être le plus beau film d’Eric Rohmer. Lumineux, simple et poignant, le long métrage offre l’un de ses meilleurs rôles à Melvil Poupaud.


- Réalisateur : Éric Rohmer
- Acteurs : Melvil Poupaud, Amanda Langlet, Gwenaëlle Simon , Aurelia Nolin, Yves Guérin
- Genre : Comédie, Romance
- Durée : 1h53mn
- Date de sortie : 5 juin 1996
Résumé : Un jeune homme qui attend son amie pendant des vacances d’été à Dinard rencontre deux autres jeunes filles. Entre les trois, son cœur balance-t-il vraiment ?
Critique : Troisième opus du cycle rohmérien, Les contes des quatre saisons, entamé en 1990. C’est un jeune homme de soixante-quinze ans qui donne au cinéma le formidable portrait d’une génération. Melvil Poupaud lui prête ses traits et son jeu emprunté. Depuis ses débuts, à la fois avec et en marge de la Nouvelle Vague, Eric Rohmer est le cinéaste des atermoiements du cœur qu’il sonde et martyrise de manière jubilatoire. Par une sorte de fatalité, le héros rohmérien se complaît dans l’analyse de ces intermittences ou de ces indécisions, et sa parole se déploie d’autant plus que la situation lui échappe. A ce titre, le début de Conte d’été surprend. Il désarçonnera tous les contempteurs du cinéma rohmérien, en ce qu’il délaisse la parole. Des plans-séquences accompagnent la marche d’un ténébreux jeune homme qui semble attendre qu’un événement se produise, indifférent à la rumeur de la foule estivale. Gaspard paraît livré à lui-même dans un environnement où l’on découvrira un peu plus tard qu’il cherche l’aventure au sens étymologique du terme : ce qui peut advenir ou ce qui peut ne pas advenir. Le déclencheur des événements a nom Margot, dont le patronyme évoque immanquablement une célèbre chanson. Et de chanson il sera largement question, puisque non content d’égrener des accords dans le silence de sa chambre, Gaspard ébauche un morceau qu’il destine d’abord à sa petite amie. Mais comme cette dernière joue l’Arlésienne, il offre son présent à celle qu’il jugera la plus apte à le recevoir.
La vacance de Gaspard le rend libre de séduire, selon des stratégies variées : avec Margot, il oscille entre triomphalisme et désarroi ; à Solène, il n’offre que son indécision (qu’un prétendu voyage à Ouessant cristallise de manière flagrante) ; enfin avec Léna la vaniteuse, il privilégie le mode d’une rivalité personnelle et culturelle. Piégé par ses non-choix, Gaspard se retrouve au centre d’un triangle amoureux et d’un dilemme qu’il ne sait débrouiller par lui-même. L’occasion qu’il saisit enfin s’apparente à une véritable fuite. Sur l’embarcadère où il quitte Margot, Gaspard peut regretter sa pusillanimité et la formidable occasion qu’il vient de gâcher. Car celle qui recueillait ses confidences était aussi la plus apte à l’aimer. Et l’on quitte ces deux-là avec le cœur aussi gros qu’un chagrin qui ne s’en va pas.
Beauté des plans, subtilité des dialogues et du jeu des comédiens : Conte d’été constitue la quintessence du cinéma rohmérien.
Jérémy Gallet 6 avril 2017
Conte d’été - Éric Rohmer - critique
Un pur chef-d’oeuvre, éternel.