Le 5 juillet 2026
Un faux jeu de mise en abyme qui séduit par sa beauté visuelle et musicale, mais s’enlise dans un dispositif répétitif et un propos confus.
- Réalisateur : Giuseppe Patroni Griffi
- Acteurs : Jean-Louis Trintignant, Lino Capolicchio, Tony Musante, Annie Girardot, Florinda Bolkan, Milly, Adriana Asti, Silvia Monti
- Genre : Drame
- Nationalité : Italien
- Distributeur : Les Films du Camélia , Les Films Corona
- Durée : 2h05mn
- Reprise: 1er juillet 2026
- Titre original : Metti, una sera a cena
- Date de sortie : 9 juillet 1970
- Festival : Festival de Cannes 1969, Festival de Cannes 2026
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– Reprise en version restaurée : 1er juillet 2026
Résumé : Michele, un riche dramaturge mondain, soupçonne son épouse Nina d’entretenir une liaison avec Max, son meilleur ami. En réalité, Nina et Max sont amants depuis longtemps, mais Max nourrit lui-même une fascination amoureuse pour Michele. Nina décide de quitter Michele pour suivre Max, mais celui-ci se lasse rapidement. Tandis que les relations sentimentales et sexuelles s’entrecroisent, Michele commence à fréquenter Giovanna, une femme riche et solitaire. Peu à peu, les quatre personnages se retrouvent régulièrement autour de dîners mondains où les conversations deviennent des jeux de manipulation, de désir et de cruauté émotionnelle.
Critique : Coécrit avec Dario Argento (qui n’était pas encore le maître du giallo) et Carlo Carunchio, Disons, un soir à dîner est l’adaptation, par Giuseppe Patroni Griffi, de l’une de ses pièces. Dramaturge important de l’après-guerre italien, attachée aux passions et aux corps, ce dernier a réalisé six longs métrages mêlant mélancolie, érotisme et décadence. Disons, un soir à dîner est le plus connu, bien que peu diffusé après sa première exploitation en salles. Le film n’est pas dépourvu de qualités mais peine à convaincre, malgré un synopsis prometteur. Michele (Jean-Louis Trintignant) est un écrivain (double de Patroni Griffi ?) qui tourne occasionnellement pour le cinéma, sa motivation étant, selon ses propos à une conférence de presse, essentiellement commerciale. Michele hésite à confier le rôle de son prochain film à Max (Tony Musante), son meilleur ami, car il envisage un récit sur un adultère avec des personnages inspirés de son entourage, donc Max. Celui-ci ne pourrait-il pas en effet être un jour l’amant de Nina (Florinda Bolkan), l’épouse de Michele ? Michele ignore (ou feint d’ignorer) que Max et Nina entretiennent une relation depuis des années. Deux autres personnages gravitent autour des trois protagonistes. Ric (Lino Capolicchio) est un ancien amant de Max, payé pour pimenter ses rapports sexuels avec Nina. Giovanna (Annie Girardot), la meilleure amie de Nina, semble éprouver une attirance pour Michele…

- © 2026 Les Films du Camélia. Tous droits réservés.
Un dîner précise les intentions, sincères ou mensongères, de tous. On pourrait penser, dans le premier quart d’heure de la narration, qu’un récit parallèle est mis en avant, le « film dans le film » semblant suggéré par les dialogues. Mais il s’agit d’une fausse mise en abyme. Tout au plus une ou deux séquences oniriques créent-elles un effet de distance. Le récit échappe cependant à la linéarité, la dimension temporelle étant bousculée par des flash-back ainsi que la répétition, sous un autre angle, de plusieurs scènes (dont le fameux dîner, leitmotiv du récit). Ce jeu de pistes et cette mise en avant de fausses apparences décèlent certes le sens de la nuance et de la suggestion chez les auteurs, tout en donnant le sentiment qu’ils hésitent à adopter une ligne claire. Le spectateur se sent manipulé par un scénario qui se veut malin et en même temps obscur, tout comme les personnages semblent se manipuler entre eux. Ce qui ne fait pas problème et s’avère bien au contraire stimulant dans d’autres longs métrages à la structure complexe, de Providence à Lost Highway, est ici plus gênant, car on a l’impression de regarder un film qui cherche sa voie et s’enlise dans un dispositif hasardeux. À trop vouloir complexifier des personnages déjà contradictoires, brouiller des pistes après les avoir éclairées, les auteurs s’enferment dans un dispositif vain et lassant, tentant en outre l’improbable jonction entre le cinéma de l’incommunicabilité d’Antonioni et l’érotisme chic d’un Vadim. Alors que l’ambiguïté même du scénario aurait pu faire sa force, le résultat final conduit plutôt à une œuvre bancale.

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Le film utilise en outre une symbolique datée et kitsch, tel ce drapeau nazi couvrant des ébats d’amants, dont l’usage renvoie à une imagerie provocatrice que Liliana Cavani investira, dans Portier de nuit, avec davantage de recul. « Une dissection sans complaisance de la bourgeoisie italienne », avait écrit Moravia à propos d’un film qui nous semble davantage moralisateur que moral, et puritain tout autant que polisson. Pourtant, Disons un soir, à dîner brille par plusieurs éléments visuels et sonores qui empêchent un décrochage total. La photo de Franco Di Giacamo est d’une éclatante beauté, et le montage, virtuose, montre quel grand film il aurait pu être. Le casting est impeccable, malgré le doublage inhérent aux coproductions. Mais c’est surtout la musique d’Ennio Morricone que l’on retient, avec cette bande originale élaborée à partir d’une simple séquence ascendante de trois notes répétées de manière obsessionnelle. Il est dommage que la somme de ces talents ait conduit à une œuvre n’ayant pas été à la hauteur de ses ambitions. Le film avait été sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes 1969. Il a été l’objet d’une belle restauration en 4K, à l’initiative de SND (Groupe M6), avec la participation de Cineteca Nazionale et L’Image retrouvée. Cette version restaurée a été présentée à Cannes Classics en 2026.
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