Le 15 septembre 2026
- Acteur : Delphine Seyrig
- Scénariste : Nina Almberg
- Dessinateur : Arianna Melone
- Editeur : Steinkis
Un entretien réalisé en partenariat avec Perspectives - Festival du Film de Montluçon.
Autrices de la bande dessinée Sois femme et tais-toi - Dans l’œil de Delphine Seyrig (Éditions Steinkis), la scénariste Nina Almberg et la dessinatrice Arianna Melone reviennent sur la genèse et la fabrication de leur album. Travail d’archives rigoureux, dialogue fécond entre les années 1920 et 1970, réalisme du trait : elles décortiquent leur méthode pour transposer le réel en BD sans l’affadir.
Quelle est la genèse de ce projet ? S’agissait-il d’un projet personnel ou d’une commande de votre éditeur ?
Nina Almberg : L’idée originale vient de moi. Je suis passionnée depuis mes vingt ans par les récits de voyage d’Ella Maillart, et une question me hantait : elle évoquait souvent son amie Miette, alias Hermine de Saussure, qui avait dû interrompre la voile à cause d’une « terrible maladie ». J’ai découvert ensuite qu’Hermine était la mère de l’actrice Delphine Seyrig et qu’elle avait en fait arrêté la navigation parce qu’elle était tombée enceinte de son amant.
Plutôt que d’écrire une simple biographie héroïque de navigatrices, j’ai trouvé plus intéressant de mettre en regard l’émancipation de ces femmes dans les années 1920 avec la trajectoire féministe de Delphine Seyrig dans les années 1970.
J’ai d’abord proposé ce livre à Laure Guillebon, une illustratrice avec qui j’avais déjà travaillé, qui a décliné... en raison du trop grand nombre de bateaux à dessiner ! Avec mon éditrice, Anne-Charlotte Velge, nous avons alors cherché une dessinatrice, Arianna a répondu positivement et nous avons travaillé ensemble pendant un an et demi sur ce projet.
Arianna Melone : Pour ma part, je ne connaissais pas bien ces personnages au départ. Ce qui m’a le plus fascinée en découvrant le projet, c’est la complexité des relations entre ces femmes : le lien mère-fille entre Hermine et Delphine, et le rapport d’amitié entre Ella et Hermine.
Lorsqu’on adapte la vie de personnes ayant réellement existé, se pose aussi la question de ce qu’on raconte et de ce qu’on laisse de côté. Comment avez-vous procédé pour savoir ce qu’on vous garderiez dans le livre ?
NA : Comme ces figures appartenaient à des milieux privilégiés et à l’aristocratie, elles ont laissé énormément de traces, d’écrits, d’entretiens. Surtout Delphine Seyrig. Il n’y avait donc rien à inventer, pas de vide à combler ; la matière brute était déjà très riche.
Je n’ai pas procédé par élimination, plutôt en assemblant des « blocs » de réel pour construire l’histoire autour de ce fil conducteur qu’est la maternité et le libre choix des femmes. Presque toutes les scènes sont tirées de récits réels ou d’entretiens. La seule scène inventée, ou réinventée, est le cocktail du début, imaginée pour présenter tous les personnages au même endroit. Je suis partie d’un vaste travail documentaire, étant historienne de formation.
Ma précédente BD était consacrée à Mario Marret, qui avait traversé le XXe siècle, mais dans registre plus politique. L’histoire du droit à l’avortement sous-tend toujours qu’à partir de trajectoires singulières, on écrit des histoires universelles.
Quelles sont les spécificités de l’écriture de la bande dessinée, par rapport aux autres formes artistiques ?
NA : J’ai fait des études en histoire et en cinéma ; les deux bandes dessinées que j’ai scénarisées parlent d’ailleurs de cinéma. J’ai commencé par faire beaucoup de radio : ma BD sur Mario Marret était d’abord un documentaire sonore, que j’ai adapté ensuite tant l’iconographie était riche. Laure Guillebon, la dessinatrice, avait d’ailleurs elle-même illustré des podcasts.
Selon moi, il existe un pont évident entre le montage sonore et le scénario de bande dessinée : la radio superpose des couches de son, tandis que la BD additionne des cadres. Des nombreux auteurs passent d’ailleurs d’un médium à l’autre : il est assez similaire de penser un scénario ou un montage sonore, et les deux médias travaillent constamment sur l’ellipse et le hors-champ...
Pour notre collaboration, j’ai d’abord écrit un séquencier, qu’Arianna a lu. J’ai ensuite rédigé un scénario très détaillé (valeurs de plans, descriptions, actions) accompagné d’une riche iconographie. Pendant ce temps-là, Arianna a effectué des essais graphiques.
AM : Même si ce sont des médias différents, le but reste toujours de raconter une histoire. Le scénario de Nina était si précis que les images me sont venues immédiatement à l’esprit. Ce cadre clair m’a laissé toute la liberté nécessaire pour faire « réciter » et jouer les personnages.
Justement, lorsqu’il s’agit de représenter des personnes réelles, préférez-vous rester au plus près de leurs caractéristiques physiques, ou gardez-vous votre liberté ?
AM : Mon approche varie selon la documentation qui est disponible. Avec Delphine Seyrig, grâce aux nombreuses archives vidéo, il était facile d’étudier sa démarche, sa façon de bouger et de parler pour construire le personnage. Avec les personnages peu documentés, comme le père de Delphine ou certains membres d’équipage, j’ai dû inventer leur physique en me basant sur leur caractère.
Je préfère disposer de beaucoup d’iconographie car cela permet de mieux s’imprégner de la personne. Je conserve cependant une liberté stylistique : je capture des traits caractéristiques précis tout en les adaptant à mon dessin, sans chercher un réalisme absolu.
Propos recueillis par Robin Berthelot
Galerie photos
aVoir-aLire.com, dont le contenu est produit bénévolement par une association culturelle à but non lucratif, respecte les droits d’auteur et s’est toujours engagé à être rigoureux sur ce point, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos sont utilisées à des fins illustratives et non dans un but d’exploitation commerciale. Après plusieurs décennies d’existence, des dizaines de milliers d’articles, et une évolution de notre équipe de rédacteurs, mais aussi des droits sur certains clichés repris sur notre plateforme, nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur - anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe. Ayez la gentillesse de contacter Frédéric Michel, rédacteur en chef, si certaines photographies ne sont pas ou ne sont plus utilisables, si les crédits doivent être modifiés ou ajoutés. Nous nous engageons à retirer toutes photos litigieuses. Merci pour votre compréhension.
































