Le 24 mai 2026
Ce film à la mise en scène très dépouillée propose une saisissante approche quasi ethnographique d’une région bulgare frontalière caractérisée par le patriarcat et les trafics en tous genres.
- Réalisateur : Valeska Grisebach
- Acteurs : Syuleyman Alilov Letifov, Yana Radeva, Velko Frandev
- Genre : Drame
- Nationalité : Français, Allemand, Autrichien, Bulgare
- Distributeur : Haut et Court
- Durée : 2h41mn
- Titre original : Das geträumte abenteuer
- Date de sortie : 15 juillet 2026
- Festival : Festival de Cannes 2026
L'a vu
Veut le voir
– Festival de Cannes 2026 : Sélection officielle, En compétition
– Cannes 2026 : Prix du Jury
Résumé : Une femme vivant dans la région frontalière entre la Bulgarie, la Grèce et la Turquie accepte de prendre part à un marché spécial afin d’aider un ami.

- © 2026 Festival de Cannes
Critique : Les questions de passages de migrants entre la Turquie et les frontières de l’Europe sont des sujets régulièrement traversés par les médias ou le cinéma. La réalisatrice allemande Valeska Grisebach pose sa caméra dans un petit village de Bulgarie où justement, les flux de migrants s’organisent mais non pas de manière légale, rationnelle, mais à l’initiative de réseaux mafieux. Les activités délinquantes ne s’arrêtent pas à la question de ces passagers clandestins mais touchent à celles de la contrebande, notamment d’essence, et de la prostitution.
L’aventure rêvée n’est donc pas un film gai ou onirique en dépit du titre. Le récit prend un parti très austère pour restituer l’ambiance pesant qui règne dans cette ville, dominée par quelques organisations mafieuses qui imposent leur pouvoir et leurs règles. L’héroïne est une femme, elle est archéologue et revient sur son village natal à l’occasion d’une fouille historique dans les montages, hélas mal desservies par les routes. Elle a du mal à trouver des ouvriers, et se retrouve très vite rattrapée par la pression des groupes locaux mafieux, dont le chef est un ami d’enfance. Malgré elle, elle se trouve entraînée dans un trafic qui va lui permettre de se réconcilier avec son histoire.

- © 2026 Komplizen Films. Tous droits réservés.
L’aventure rêvée ne vend absolument pas du rêve, bien au contraire. La mise en scène très dépouillée se veut une insertion dans un monde froid, où les paysages, les rues, les maisons dénotent une atmosphère renfermée où chacun tente de trouver sa place. L’enjeu pour les habitants est de résister à la pression des groupes mafieux, notamment pour les femmes, qui font face à un système dirigé par des hommes sur un modèle assumé de patriarcat. La présence d’une femme lettrée, absente un certain temps de son village d’enfance, avec un fort caractère, constitue pour les femmes du village une occasion de renverser ces rapports de force et de domination.
On n’avait pas revu sur les écrans Valeska Grisebach depuis 2017, année où elle présentait à la sélection d’Un Certain Regard son film Western. Elle proposait déjà une perspective très naturaliste d’une partie de l’Europe de l’Est où elle interrogeait la question des identités culturelles, sociales et de surcroît masculines. Dans L’aventure rêvée, elle balaie des thématiques assez similaires, mais n’aborde pas directement la condition ouvrière en Bulgarie ; l’enjeu scénaristique rapproche ainsi le film du western, mais dans une approche épurée et austère. La violence n’est jamais frontale, mais sous-tendue par un climat poisseux où les rapports de force s’impriment dans l’usage de la brutalité que les habitants ont approprié comme une composante de leur existence. Chacun semble en sursis dans un contexte où sa survie et sa tranquillité dépendent de l’acceptation passive des règles de jeu imposées par les groupes mafieux et les hommes.

- © 2026 Komplizen Films. Tous droits réservés.
La connotation politique de L’aventure rêvée est évidente, comme elle l’était pour Western. L’actrice bulgare, Yana Radeva, porte avec force son personnage féminin central, Veska. Son jeu lui apporte une force, une consistance et un charisme qui tentent de défier l’ordre établi par la gente patriarcale. Elle est aux côtés du comédien Syuleyman Alilov Letifov, déjà présent dans Western, qui incarne une figure masculine douce et bienveillante. Mais parfois l’arbre peut cacher la forêt.
L’aventure rêvée a obtenu un Prix du jury mérité à Cannes. Le film au format plutôt long semble une approche quasi ethnographique d’une partie de la Bulgarie très ignorée du grand public. Certes, cela ne donnera pas envie aux spectateurs d’y passer leurs vacances, mais au moins, à l’issue de la projection, ils ne pourront pas dire qu’ils ne connaissaient pas la manière dont s’organisent les trafics en tous genres à la frontière turque et européenne. Une œuvre qui ne laissera personne indifférent.
Galerie Photos
Votre avis
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.
aVoir-aLire.com, dont le contenu est produit bénévolement par une association culturelle à but non lucratif, respecte les droits d’auteur et s’est toujours engagé à être rigoureux sur ce point, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos sont utilisées à des fins illustratives et non dans un but d’exploitation commerciale. Après plusieurs décennies d’existence, des dizaines de milliers d’articles, et une évolution de notre équipe de rédacteurs, mais aussi des droits sur certains clichés repris sur notre plateforme, nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur - anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe. Ayez la gentillesse de contacter Frédéric Michel, rédacteur en chef, si certaines photographies ne sont pas ou ne sont plus utilisables, si les crédits doivent être modifiés ou ajoutés. Nous nous engageons à retirer toutes photos litigieuses. Merci pour votre compréhension.


























