Le 18 octobre 2026
Ce troisième volet d’une trilogie de l’incommunicabilité confirmait l’ancrage d’Antonioni dans le meilleur du cinéma moderne. Une œuvre fascinante, magnifiée par la présence de Monica Vitti et d’Alain Delon.
- Réalisateur : Michelangelo Antonioni
- Acteurs : Alain Delon, Monica Vitti, Francisco Rabal, Louis Seigner, Lilla Brignone, Rossana Rory
- Genre : Drame, Noir et blanc
- Nationalité : Français, Italien
- Distributeur : Solaris Distribution, Compagnie Française de Distribution Cinématographique (CFDC)
- Editeur vidéo : Studiocanal
- Durée : 1h58mn
- Reprise: 7 octobre 2026
- Titre original : L'eclisse
- Date de sortie : 2 mai 1962
- Festival : Festival de Cannes 1962
– Reprise en version restaurée : 7 octobre 2026
Résumé : À Rome, Vittoria quitte un compagnon avec lequel elle ne partage plus rien. Lorsqu’elle rencontre Piero, un jeune agent de change ambitieux, une nouvelle relation semble possible. Mais dans un monde dominé par la vitesse, l’argent et les apparences, les sentiments peinent à trouver leur place.
Critique : Produit par les frères Raymond et Robert Hakim, L’éclipse est le dernier volet d’une trilogie de l’incommunicabilité, précédé par L’avventura et La nuit. C’est peu dire qu’Antonioni poursuivait avec L’éclipse une démarche radicale, typique d’un certain cinéma de la modernité qui se diffusait dans les années 1960, en rupture avec le classicisme jusqu’alors prédominant. Pourtant, le récit, coécrit par trois scénaristes dont Tonino Guerra, opte pour une linéarité apparente : la rupture de Vittoria et Riccardo, les déambulations de la jeune femme, l’agitation de la salle boursière, la rencontre avec Piero. Bien que non crédité pour l’écriture du film, Antonioni est bien l’inspirateur de cette histoire basée sur les incompréhensions et les désillusions au sein des couples, qui jouent le jeu des apparences tout en n’étant pas dupes de l’inanité de leurs unions. Vittoria s’ennuie auprès d’un compagnon qui ne semble tenir à elle que par habitude, tandis que Piero est le symbole d’un univers trop éloigné des aspirations de Vittoria. On quitte un homme que l’on n’aime plus, et l’on hésite à entamer une relation avec un autre que l’on croit pourtant aimer.

- © Solaris Distribution
Bien avant l’arrivée du capitalisme financier, Antonioni, souvent perçu comme un auteur cérébral déconnecté du contexte socioéconomique, est incisif dans sa description du marché des capitaux, avec ses agents qui ne pensent qu’à spéculer et à obtenir des profits immédiats. La séquence qui voit une minute de silence demandée en hommage à un professionnel décédé d’un infarctus est, à ce titre, saisissante. Piero chuchote que des millions de lires sont perdues au cours de cette minute, tandis que le recueillement est suivi d’une effervescence déplacée… En même temps, le récit est habile à montrer des contrastes sociaux liés à des différences de valeurs. Vittoria et Piero sont tous deux membres de la bourgeoisie, mais au détachement intellectuel de Vittoria répond l’arrivisme matérialiste du jeune homme. La mise en scène d’Antonioni privilégie, comme souvent chez lui, l’étirement du temps et l’épure : en attestent la longue conversation entre Vittoria et Riccardo au début de la narration, ou l’errance de l’héroïne traquée par une caméra lors d’un sublime plan-séquence.

- Alain Delon
- © Solaris Distribution
Mais on pourrait citer d’autres passages, comme celui qui voit les deux protagonistes allongés sur une colline et regardant le ciel, Vittoria déclarant, entre deux silences : « J’aimerais ne pas t’aimer ou t’aimer beaucoup plus. » Monica Vitti, à la beauté diaphane et à la frêle silhouette, est la sublime muse de cet univers déplorant le vide existentiel, tandis qu’Alain Delon est savoureux en jeune loup de la Bourse de Rome, même si la version originale, dans laquelle il est doublé, ne permet pas d’apprécier son timbre de voix — problème concernant aussi Louis Seigner en supérieur hiérarchique roublard ou, à un moindre degré, l’Espagnol Francisco Rabal. Cet aléa inhérent aux coproductions est somme toute très mineur au regard de la perfection d’une œuvre qui trouve aussi de troublantes résonances avec l’actualité. L’éclipse obtint le Prix spécial du jury au Festival de Cannes en 1962. Il ressort en salles en 2026, dans une superbe version restaurée, à l’initiative de Solaris Distribution.
Galerie Photos
Votre avis
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.
aVoir-aLire.com, dont le contenu est produit bénévolement par une association culturelle à but non lucratif, respecte les droits d’auteur et s’est toujours engagé à être rigoureux sur ce point, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos sont utilisées à des fins illustratives et non dans un but d’exploitation commerciale. Après plusieurs décennies d’existence, des dizaines de milliers d’articles, et une évolution de notre équipe de rédacteurs, mais aussi des droits sur certains clichés repris sur notre plateforme, nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur - anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe. Ayez la gentillesse de contacter Frédéric Michel, rédacteur en chef, si certaines photographies ne sont pas ou ne sont plus utilisables, si les crédits doivent être modifiés ou ajoutés. Nous nous engageons à retirer toutes photos litigieuses. Merci pour votre compréhension.

























Norman06 16 juillet 2009
L’éclipse - Michelangelo Antonioni - critique
L’un des films les plus arides d’Antonioni, qui marque les retrouvailles avec Monica Vitti et l’aisance d’Alain Delon dans le cinéma d’auteur italien.
Zoé 5 juin 2019
L’éclipse - Michelangelo Antonioni - critique
JE VEUX VOIR CE FILM