Le 22 juin 2026
Un classique du cinéma d’animation français, adaptation magistrale d’un récit de science-fiction dont le scénario apparaît d’une étonnante portée prophétique au regard des enjeux actuels touchant aux rapports entre les peuples et à l’intelligence artificielle.
- Réalisateur : René Laloux
- Genre : Drame, Science-fiction, Animation
- Nationalité : Français, Tchèque
- Distributeur : Tamasa Distribution
- Editeur vidéo : Arte Vidéo
- Durée : 1h12mn
- Reprise: 1er mai 2024
- Date de sortie : 11 mai 1973
- Festival : Festival de Cannes 1973
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Résumé : Sur la planète Ygam, vivent des androïdes génats appelés les Draags. Ils élèvent de minuscules êtres humains qu’ils surnomment Oms. Mais un jour, l’Om de la jeune Tiwa se révèle plus intelligent et va déclencher une révolte...
Critique : Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 1973, La planète sauvage obtint le Prix spécial du Jury. C’est peu dire qu’il s’agit d’une pépite du cinéma d’animation français, au même titre que Le roi et l’oiseau de Paul Grimault, Kirikou et la sorcière de Michel Ocelot ou le récent Arco d’Ugo Bienvenu. Coproduit avec la Tchécoslovaquie via les studios d’animation Jiří Trnka, le long métrage est aussi le fruit de l’osmose de trois personnalités artistiques. En premier lieu, l’écrivain Stefan Wul est l’auteur du roman de science-fiction (Oms en série, 1957) qui a inspiré le scénario. Les grands axes thématiques lui incombent, même si l’adaptation a pris du recul, notamment avec un dénouement optimiste. En second lieu, Roland Topor a conçu les dessins, avec chaque plan travaillé au crayon, pour une animation envisagée en papier découpé. En troisième lieu, René Laloux, coauteur du scénario, est bien le maître d’œuvre de l’ensemble du projet.

- © 2024 Tamasa Distribution. Tous droits réservés.
La planète sauvage est un enchantement, qui démarre fort dès son ouverture, une mère tentant de protéger son bébé contre les gestes d’une main immense, a priori monstrueuse. En fait, il s’agit d’enfants géants, extraterrestres et humanoïdes, en apparence posés et bienveillants, qui jouent avec des êtres humains et provoquent sans le vouloir la mort de la maman. Le film met ainsi en scène l’opposition entre les Draags, qui dominent l’univers, et les Oms, Terriens que leur planète a récupérés. Certains Oms sont dits à l’état sauvage et vivent en communautés, d’autres sont « domestiqués » par les Draags, à l’instar du bébé qui sera recueilli par l’enfant Draag. Mais tous les ex-Terriens sont considérés comme des animaux… Le récit offre une métaphore poétique sur les rapports de domination entre communautés, l’avenir de l’espèce humaine ou les enjeux écologiques. Les années 1970 étaient certes très politiques, avec des débats intenses (la guerre du Vietnam, la remise en cause de la croissance au nom de l’écologie).

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Cette période connaissait en outre le traumatisme de drames humains ayant bouleversé le XXe siècle, à commencer par la Seconde Guerre mondiale et la Shoah. Pourtant, la trame de La planète sauvage apparaît rétrospectivement prophétique, avec son discours sur ce que l’on ne nommait pas encore l’intelligence artificielle (par le biais des innovations apportées par les Draags) — même s’il est davantage question de transhumanisme — ou la suggestion du péril environnemental. En ce sens, La planète sauvage annonce des films majeurs du XXIe siècle, tels que ceux de la franchise Avatar de Cameron. On a donc affaire à une œuvre qui, loin de risquer le vieillissement, se bonifie avec les années. D’autant plus que les collaborateurs artistiques et techniques sont remarquables, d’Alain Goraguer pour la musique à Jean Topart pour la diction théâtrale de maître Sinh. La planète sauvage a été restaurée en 4K par Argos Films, avec une reprise en salle à l’initiative du distributeur Tamasa, en 2024.
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