Le 12 avril 2026
Dans une langue cinématographique proche du sublime dont seule Claire Denis a le secret, la réalisatrice restitue le désir, la poussière, l’Afrique et la mort. Une adaptation remarquable de Bernard-Marie Koltès.
- Réalisateur : Claire Denis
- Acteurs : Matt Dillon, Isaach de Bankolé, Mia McKenna-Bruce, Tom Blyth, Brian Begnan, Moussa Thiam
- Genre : Drame
- Nationalité : Français, Sénégalais
- Distributeur : Les Films du Losange
- Durée : 1h49mn
- Date de sortie : 8 avril 2026
- Festival : Festival de San Sebastián 2025, Festival international film Marrakech 2025
L'a vu
Veut le voir
Résumé : Un vaste chantier de travaux publics en Afrique de l’Ouest. Horn, le patron, et Cal, un jeune ingénieur, partagent une habitation provisoire derrière les doubles grilles de l’enceinte réservée aux Blancs. Leone, future épouse de Horn, arrive d’Europe le soir même où un homme qui s’est introduit par effraction surgit derrière les grilles. Il s’appelle Alboury. Il ne quittera pas les lieux tant qu’on ne lui aura pas rendu le corps de son frère, mort sur le chantier.
Critique : On se souvient encore de la vibrante sensualité de ces corps poussiéreux et suants dans Beau travail. Claire Denis récidive dans une adaptation pour le cinéma de la célèbre pièce de théâtre de Bernard-Marie Koltès Combat de nègre et de chien. Elle choisit une ambiance nocturne, dans un pays, le Sénégal, où le sable rouge est brûlé par le soleil et les corps fatigués s’égarent dans une pesanteur totalement sensuelle. Et elle met en scène deux hommes, d’une immense beauté animale que le dramaturge aurait célébré s’il avait été encore vivant, au milieu desquels s’invitent un mystérieux mort et une jeune infirmière. Il y a aussi cet homme noir, en cravate, qui a réussi à rentrer dans le chantier, communique dans sa langue avec les gardes, dans l’espoir qu’on lui restitue le corps de son frère défunt.
En un seul film, Claire Denis fait la synthèse de quarante ans de cinéma où, mieux que quiconque, elle a su entre autres parler de l’Afrique et des discriminations qui pèsent sur son peuple. C’est elle aussi qui met la chair en scène avec une poésie qui ne verse jamais dans la facilité de l’érotisme béat mais emprunte la mécanique des corps à celle des âmes. Le cri des gardes trouve son titre dans le dialogue feutré que l’homme qui attend derrière les grillages entretient avec ceux qui surveillent le chantier du haut de leur mirador. Ils savent que la tragédie est inévitable, et que le crime qui a été perpétué contre un des leurs est impardonnable.

- Copyright Les Films du Losange
Le beauté est entière dans ce long-métrage envoûtant jusqu’à la musique de Tindersticks, groupe musical avec lequel Claire Denis collabore depuis de nombreuses années. Le texte de la pièce a été adapté par la cinéaste, en collaboration et l’actrice et réalisatrice Suzanne Lindon, dont nous avions aimé le premier film Seize printemps, et que l’on a pu revoir dans La venue de l’avenir. Les dialogues contribuent à la gravité et la fulgurance de ce récit, emprunt de mystère, magie et sensualité. L’attraction qui s’exerce autour de Burt relève du magnétisme, permettant au personnage féminin, Léone, et à son acolyte masculin, Cal, d’endosser une épaisseur à la fois charnelle et spirituelle. Ils illuminent l’écran, malgré la nuit profonde qui envahit les corps et consciences.
Claire Denis filme les visages de très près. Les plans serrés occupent la majeure partie des séquences, la nature et les paysages s’effaçant au bénéfice des figures dramatiques et des tubes qui seront bientôt gorgés de pétrole et crèveront la dorure du désert. Il faut d’ailleurs attendre le magnifique générique de fin pour entrer enfin dans une Afrique vivante, animée, loin de ces entailles dans la forêt où les entrepreneurs bravent les chemins à bord de leurs voitures luxueuses et où les oiseaux sauvages s’écrasent contre les parebrises.

- Copyright Les Films du Losange
Le cri des gardes constituera sans doute l’un des derniers films de Claire Denis qui approche aujourd’hui les 80 ans. L’autrice de l’inoubliable Chocolat dont on sait qu’elle a été très inspirée par le cinéma de Wim Wenders, semble réécrire à sa manière le très beau Paris, Texas dans un désert sénégalais, troué en son centre par un chantier censé construire une route jusqu’à la mer, avec l’apparition très anachronique de la jeune Léone. La mort rode autour de chacun des personnages, et chacun s’y précipite avec un sens aigu de la douleur.
Le cri des gardes est une œuvre qui s’appréhende avec patience. Le mystère est permanent, et les dialogues qui s’engagent entre les personnages, souvent dans un face-à-face magistral, battent le rythme d’un récit qui refuse de faire de l’évènement un rouage essentiel de la narration. Le long-métrage exalte une désespérance magnifique où chacun des acteurs met à profit son talent, à commencer par Matt Dillon, à contre-emploi, dans la peau du troublant patron de chantier.
Galerie Photos
Votre avis
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.
aVoir-aLire.com, dont le contenu est produit bénévolement par une association culturelle à but non lucratif, respecte les droits d’auteur et s’est toujours engagé à être rigoureux sur ce point, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos sont utilisées à des fins illustratives et non dans un but d’exploitation commerciale. Après plusieurs décennies d’existence, des dizaines de milliers d’articles, et une évolution de notre équipe de rédacteurs, mais aussi des droits sur certains clichés repris sur notre plateforme, nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur - anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe. Ayez la gentillesse de contacter Frédéric Michel, rédacteur en chef, si certaines photographies ne sont pas ou ne sont plus utilisables, si les crédits doivent être modifiés ou ajoutés. Nous nous engageons à retirer toutes photos litigieuses. Merci pour votre compréhension.
























