Le 29 décembre 2025
Beau spectacle, un brin mainstream mais proposant une réflexion subtile sur le côté obscur des artistes. Une réussite narrative, esthétique et technique.
- Réalisateur : Satoko Okudera
- Acteurs : Masatoshi Nagase, Ken Watanabe, Min Tanaka, Shinobu Terajima, Takahiro Miura, Mitsuki Takahata, Keitatsu Koshiyama, Ryō Yoshizawa, Ryusei Yokohama, Nana Mori, Soya Kurokawa
- Genre : Drame, LGBTQIA+
- Nationalité : Japonais
- Distributeur : Pyramide Distribution
- Durée : 2h54mn
- Titre original : Kokuhō
- Date de sortie : 24 décembre 2025
- Festival : Festival Chéries-chéris, Festival de Cannes 2025
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Résumé : Nagasaki, 1964. À la mort de son père, chef d’un gang de yakuzas, Kikuo, quatorze ans, est confié à un célèbre acteur de kabuki. Aux côtés de Shunsuke, le fils unique de ce dernier, il décide de se consacrer à ce théâtre traditionnel. Durant des décennies, les deux jeunes hommes évoluent côte à côte, de l’école du jeu aux plus belles salles de spectacle, entre scandales et gloire, fraternité et trahisons... L’un des deux deviendra le plus grand maître japonais de l’art du kabuki.
Critique : « Le film aux onze millions d’entrées au Japon », annonce l’affiche française. L’argument de vente vaut ce qu’il vaut, même si l’explosion du box-office dans le pays d’origine n’est pas forcément un gage de pérennité artistique, comme l’ont montré les honorables mais inaboutis Il reste encore demain (garanti « phénomène italien ») ou A New Old Play, curiosité sociologique chinoise plus proche d’un Friends asiatique que du cinéma de Bi Gan… Au-delà de ces idées préconçues, Le maître du kabuki est une agréable surprise. Présenté à la Quinzaine des Cinéastes (ce qui peut rétrospectivement paraître étonnant tant il est éloigné des canons esthétiques prônés par la SRF), le film a également été sélectionné au Festival Chéries-Chéris, malgré sa connotation LGBTQIA+ très discrète. Il est pourtant question de travestissement dans Le maître du kabuki, mais dans un contexte culturel précis : l’interprétation de personnages féminins par des artistes masculins dans le cadre du kabuki : un style scénique traditionnel mêlant déclamation théâtrale et danse. À l’exception d’une séquence qui voit des spectateurs homophobes s’en prendre au protagoniste qui cachetonne en province, la thématique du genre et des discriminations d’orientation n’est pas le véritable sujet du récit, d’autant plus que les deux personnages principaux ont un comportement hétérosexuel nullement remis en cause au cours de l’histoire, en dépit de regards troubles échangés sur scène, inhérents à leur rôle.

- © SHUICHI YOSHIDA/ASP © 2025 "KOKUHO" Film Partners
L’essentiel n’est pas là, mais dans le portrait subtil de deux (faux) frères à la fois complices et rivaux dans l’exercice de leur art. Le scénario, coécrit avec Satoko Okudera et l’écrivain Shūichi Yoshida, est subtil dans la manière d’appréhender leurs rapports, même si Kikuo est la figure principale de la narration. Fils d’un yakuza assassiné sous ses yeux (le début du film.peut laisser présager un thriller), il est adolescent lorsqu’on le confie à un expert en kabuki qui devient son tuteur et son professeur dans cet art si particulier. Shunsuke, le fils biologique, reçoit la même éducation, mais c’est Kikuo qui sera davantage préféré comme successeur… et héritier. Sans chercher le recours à des flashback artificiels (le nouvel académisme des fresques historiques), le réalisateur Sang-il Lee, dont il s’agit du premier long métrage distribué en France, parvient à capter l’attention en focalisant son récit sur quelques dates : 1964, 1980, 1982, 1986, 1989, 1995 et 2014.

- © SHUICHI YOSHIDA/ASP © 2025 "KOKUHO" Film Partners
Ces jalons cernent l’évolution de la psychologie et du parcours professionnel de Kikuo, dont on se demande pendant presque toute la projection s’il est un imposteur manipulateur ou un génie prêt à tout pour réussir… Dans les deux cas, on a affaire à un antihéros authentique et guère sympathique, et les auteurs proposent une belle réflexion sur l’intégrité des artistes, à une époque où des personnalités majeures de l’art sont livrées aux chiens au nom du refus de séparer les hommes (et femmes) de leur œuvre… On pourra bien sûr reprocher au Maître du kabuki son aspect mainstream et parfois conventionnel, comme l’illustrent les plans de coupe sur le public lors des représentations, les sermons des anciens ou les retournements narratifs feuilletonesques. Et le cinéphile pourra bien évidemment regretter le style davantage flamboyant des Enfants du paradis ou d’Adieu ma concubine, sur des problématiques assez proches. Mais il serait dommage de bouder pour autant cette proposition honnête et intelligente, qui constitue un spectacle techniquement abouti.
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