Le 15 mars 2026
Entre sa beauté visuelle, son sujet audacieux et sa mise en scène subtile, ce film offre une expérience cinématographique riche et stimulante.
- Réalisateur : René Féret
- Acteurs : Marianne Basler, Valérie Stroh, Philippe Clévenot, Véronique Silver, Lucienne Hamon, Bernard Freyd, Pierre Vial, Philippe Vuillemin
- Genre : Drame, Historique, LGBTQIA+
- Nationalité : Français
- Distributeur : F. Distribution Associés
- Durée : 1h30mn
- Date de sortie : 25 septembre 1985
- Festival : Festival de Cannes 1985
L'a vu
Veut le voir
Résumé : En 1860, une jeune fille agée de vingt et un ans ans découvre qu’elle est en réalité un homme. Rendu a son véritable sexe par un jugement du Tribunal de la Rochelle, Alexina B. ne s’habituera pas à son nouvel état...
Critique : Le mystère Alexina, est un film qui frappe par son audace et sa modernité. À une période où les questions de genre, d’identité et de sexualité étaient rarement abordées au cinéma avec autant de subtilité, Féret a osé plonger dans une histoire complexe, inspirée de faits réels, celle d’Alexina, une personne dont l’identité oscille entre masculin et féminin. Malgré les limites techniques de l’époque, le film reste une œuvre captivante, à la fois poétique et dérangeante, qui interroge les normes sociales et les attentes du spectateur.
Ce qui frappe avant tout dans Le mystère Alexina, c’est son sujet. En 1985, aborder la question du genre et de l’ambiguïté sexuelle avec autant de nuance était rare, voire révolutionnaire. Féret évite soigneusement les clichés manichéens qui auraient pu réduire son personnage à une simple curiosité ou un objet de scandale. Au contraire, il choisit de le traiter avec une humanité et une complexité qui rendent Alexina profondément attachante. Le film ne cherche pas à trancher ou juger, mais à explorer les zones grises de l’identité, de l’amour et de la société. Cette approche moderne se retrouve également dans la manière dont les relations entre hommes et femmes sont dépeintes. Féret évite les stéréotypes et montre une réalité plus nuancée, où les personnages ne sont pas définis uniquement par leur genre, mais aussi leurs désirs, peurs et contradictions. C’est une dimension rare pour un film des années 1980, et cela contribue à rendre Le mystère Alexina intemporel.

- © 1985 Cinéastes Associés, TF1 Films Production. Tous droits réservés.
Sur le plan technique, le long métrage montre à la fois ses forces et faiblesses. Les costumes et les décors sont magnifiquement travaillés, reflétant l’époque et l’atmosphère du récit avec un grand souci du détail. Les interprètes jouent avec une justesse remarquable, portant leurs personnages avec une intensité qui captive le spectateur. Les dialogues, bien écrits, ajoutent une profondeur supplémentaire à l’histoire, en évitant les écueils du mélodrame ou de la moralisation facile.
Cependant, le film souffre inévitablement des limites techniques de son époque. Le grain de l’image a mal vieilli, et la qualité du son (notamment les bruitages, parfois trop présents) peut sembler datée. Ces aspects, bien que regrettables, n’enlèvent cependant rien à la puissance du récit. Ils rappellent simplement que Le mystère Alexina est une œuvre de son temps, et que son audace narrative et thématique dépasse largement ses contraintes matérielles.
René Féret démontre une maîtrise certaine de la mise en scène. Sa façon de filmer les corps, en particulier, est remarquable. Il capture les mouvements, regards et silences avec une sensibilité qui renforce l’émotion et l’ambiguïté du récit. Cette ambiguïté est d’ailleurs l’un des points forts : Féret ne mise pas sur la naïveté du public, préférant lui faire confiance pour naviguer dans les zones grises de l’histoire.
Le montage, quant à lui, est intéressant et contribue à maintenir une tension narrative. Les transitions entre les scènes sont fluides, et le rythme permet de capter l’attention du spectateur, même si certains liens entre les séquences peuvent sembler difficiles à établir, notamment en raison d’un manque de repères temporels : on peine parfois à situer l’action dans le temps, ce qui peut rendre certains passages un peu confus.
Au cœur du Mystère Alexina se trouve une histoire d’amour aussi belle que troublante. Le film explore la relation entre Alexina et son partenaire avec une délicatesse qui évite tout voyeurisme ou sensationnalisme. L’amour y est montré dans toute sa complexité, sans jugement, mais aussi sans romantisme excessif. Tout est dans la nuance, et c’est ce qui rend le film si poignant.

- © 1985 Cinéastes Associés, TF1 Films Production. Tous droits réservés.
Cependant, cette ambiguïté a un revers. Les scènes de sexe, en particulier, sont filmées de manière à laisser planer un doute sur le consentement. Tout est flou, ambigu, et cela peut être aujourd’hui dérangeant. Si cette approche reflète sans doute la réalité des relations humaines, elle peut aussi prêter à confusion, surtout pour un public non averti. Féret prend un risque en laissant autant de place à l’interprétation, et ce choix, bien que courageux, peut diviser.
La bande originale du film est un autre point fort. Présente sans être intrusive, elle accompagne les scènes avec justesse, renforçant les émotions sans jamais les forcer. Elle contribue à créer une atmosphère à la fois mélancolique et envoûtante, qui colle parfaitement à l’ambiance du récit.
Malgré ses défauts techniques et ses ambiguïtés, Le mystère Alexina reste un film important. Il aborde des thèmes qui sont encore aujourd’hui au cœur des débats sociétaux, et il le fait avec une honnêteté et une sensibilité rares. Le fait que le film soit inspiré d’une histoire vraie ajoute une dimension supplémentaire à son impact : il ne s’agit pas seulement d’une fiction, mais d’un témoignage sur la complexité de l’identité et des relations humaines.
Si certaines scènes peuvent dérouter, voire choquer, c’est précisément parce que Féret refuse de simplifier ou édulcorer son sujet. Il choisit de montrer la réalité dans toute sa complexité, avec ses beautés et ses ombres. C’est cette audace qui fait du Mystère Alexina une œuvre marquante, qui mérite d’être redécouverte et discutée, et ne laisse pas indifférent. Entre sa beauté visuelle, son sujet audacieux et sa mise en scène subtile, il offre une expérience cinématographique riche et stimulante.
Cette œuvre est donc techniquement datée mais en avance sur son temps, abordant des questions toujours actuelles avec une profondeur rare.
Galerie photos
Votre avis
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.
aVoir-aLire.com, dont le contenu est produit bénévolement par une association culturelle à but non lucratif, respecte les droits d’auteur et s’est toujours engagé à être rigoureux sur ce point, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos sont utilisées à des fins illustratives et non dans un but d’exploitation commerciale. Après plusieurs décennies d’existence, des dizaines de milliers d’articles, et une évolution de notre équipe de rédacteurs, mais aussi des droits sur certains clichés repris sur notre plateforme, nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur - anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe. Ayez la gentillesse de contacter Frédéric Michel, rédacteur en chef, si certaines photographies ne sont pas ou ne sont plus utilisables, si les crédits doivent être modifiés ou ajoutés. Nous nous engageons à retirer toutes photos litigieuses. Merci pour votre compréhension.























