Le 22 mai 2026
Un film historique partagé entre l’approche documentaire et un style distancié, qui propose d’éclairer la collaboration en France. Une réussite globale, avec un sublime Swann Arlaud.
- Réalisateur : Emmanuel Marre
- Acteurs : Sandrine Blancke, Swann Arlaud, Mathieu Perotto
- Genre : Drame, Historique
- Nationalité : Français, Belge
- Distributeur : Condor Distribution
- Durée : 2h30mn
- Date de sortie : 30 septembre 2026
- Festival : Festival de Cannes 2026
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– Festival de Cannes 2026 : Sélection officielle, En compétition
Résumé : Septembre 1940, le régime de Pétain se met en place. Henri Marre, quarante-neuf ans, débarque à Vichy sans le sou, sans contact, loin de son épouse et ses enfants. Il voit dans la nouvelle administration l’opportunité de trouver enfin la place qu’il mérite. Dans sa valise, son traité politique édité à compte d’auteur, « Notre salut », où il défend ses convictions patriotiques et ses méthodes d’ingénieur. Son credo : « gagner en efficacité » pour relever la France de la débâcle. Mais peut-être qu’Henri cherche avant tout à fuir sa propre débâcle…

- © 2026 Festival de Cannes

- © 2026 Michigan Films & Kidam / Condor Distribution. Tous droits réservés.
Critique : Emmanuel Marre revient en solo après une collaboration avec Julie Lecoustre. Ensemble, ils ont tourné le long métrage Rien à foutre, primé à la Semaine de la Critique 2021 : le touchant portrait d’une jeune femme désabusée, superbement interprétée par Adèle Exarchopoulos. Il change ici de registre et se lance dans une proposition historique, basée sur le vécu de ses arrière-grands-parents, et un travail de recherche documentaire fouillé. Le réalisateur précise ainsi dans un entretien sur le site du Festival de Cannes, où le film a été présenté en compétition officielle 2026 : « Une de mes tantes avait conservé une correspondance de guerre entre mon arrière-grand-père et mon arrière-grand-mère. Le film est né de là. Les voix off qu’on y entend, c’est quasiment du verbatim. Ces lettres m’ont donné accès à quelque chose de rare : traverser la guerre du côté de ceux qu’on range comme collabos, mais de l’intérieur, dans le quotidien le plus intime. » C’est donc une histoire familiale, ancrée dans le collectif et le politique, qu’a souhaité porter à l’écran le cinéaste, avec le désir de transparence vis-à-vis de son aïeul. Celui-ci, Henri Marre, était haut fonctionnaire pendant le régime de Vichy, chargé de gérer la lutte contre le chômage par une rationalisation des catégories.

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Il s’agissait, notamment, de classer les travailleurs étrangers et d’orienter les juifs français vers des groupements spécifiques. Sans être un pro-pétainiste fervent, Henri, sous les allures d’un homme courtois, mesuré et réfléchi, va être amené à prendre des mesures dont il ne semble pas réaliser, du moins au début, qu’elle est au service de la pire politique totalitaire et génocidaire. Le premier mérite de Notre salut est de chercher à cerner la psychologie d’un bureaucrate semblant assez neutre, à la fois sans bienveillance et sans volonté de nuire, et qui est pris dans un engrenage où la pire horreur se situe hors champ, une situation qui fait écho au pitch de La zone d’intérêt. Pour cela, le réalisateur opte pour une approche froide, sans teneur romanesque, comme pour aller à l’essentiel et se concentrer sur les faits, telles les notes de frais contrôlées ou la négociation avec des Allemands sur le nombre de Français destinés à travailler pour eux. Le personnage d’Henri Marre est un collaborateur dans le sens pétainiste tout en prônant la flexibilité et l’efficacité de ses collaborateurs au sens managérial : avec la deuxième acception, on croit entendre le discours technique d’un directeur des ressources humaines actuel, dont le bord politique serait le centre droit plutôt que le fascisme.

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Sans doute ces éléments de langage sont-ils volontairement anachroniques dans le choix de certains dialogues, Emmanuel Marre voulant rappeler que le péril extrémiste n’appartient pas seulement au passé. Ce décalage est également assuré par la bande musicale, comprenant des tubes apparus bien après cette époque, comme la chanson Popcorn, sur laquelle se déhanchent Henri et son épouse (la délicate Sandrine Blancke). On a dont aussi affaire à un travail de stylisation distanciée, opposé à la reconstitution classique à l’œuvre dans d’autres films sur l’Occupation, à l’instar des récents Les rayons et les ombres de Xavier Giannoli et Moulin de László Nemes. Ce recul honore le réalisateur mais donne parfois l’impression d’être un procédé gratuit et redondant, d’autant plus que le film, que l’on peut juger trop long, n’évite pas toujours les confusions narratives. Swann Arlaud, tout d’ambiguïté et d’intériorité, apporte une plus-value indéniable à ce long métrage qui, malgré sa forme parfois décousue, présente donc un réel intérêt. « Plus jamais ça », a déclaré le réalisateur à l’issue de la projection cannoise. On ne peut que partager son espoir.
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