Le 2 mars 2026
Au-delà de la documentation et du constat social, le film de Depardon est un espace de respiration, un lieu où le quotidien cesse d’être banal pour devenir matière d’attention.
- Réalisateur : Raymond Depardon
- Genre : Documentaire, Drame social
- Nationalité : Français
- Distributeur : Les Films du Losange
- Durée : 1h25mn
- Reprise: 4 mars 2026
- Date de sortie : 23 février 2005
- Festival : Festival de Berlin 2005
L'a vu
Veut le voir
Résumé : Dans LE QUOTIDIEN, deuxième chapitre de la trilogie PROFILS PAYSANS, nous retrouvons quatre ans plus tard les mêmes agriculteurs. Les fermes se transforment en résidences secondaires, de rares jeunes reprenant des exploitations. Les problèmes de transmission du patrimoine agissent sur la vie de tous les jours.
Critique : Le quotidien se déploie comme un souffle suspendu entre deux instants du monde. La trilogie Profils paysans ouvre un couloir de lumière et d’ombres, et ce second film s’y tient comme un palier invisible. Les corps, les gestes, les lieux, les silences s’y accumulent sans narration, comme si chaque instant cherchait à s’installer dans l’air pour exister avant de disparaître.
Les fermes de Haute-Loire, Lozère et Ardèche ne sont pas décor. Elles sont présence. Les agriculteurs qui y vivent se meuvent avec une familiarité qui ne se raconte pas. Leurs mains, leurs voix, leurs hésitations composent la topographie intime du lieu. Chaque plan garde la durée exacte de ce qu’il contient. Le temps devient matière, pesant et léger à la fois, palpable dans la lenteur des gestes et la respiration des espaces.
Le film ne retient rien et pourtant tout demeure. Les conversations s’avancent par éclats, par fragments : une phrase qui s’interrompt, un mot laissé en suspens, un regard qui se détourne. Depardon ne guide pas le récit ; il se retire suffisamment pour que l’existence s’impose d’elle-même. La parole fragile des paysans devient un rythme intérieur, un souffle continu qui traverse les pièces et les champs.
La mort et l’absent s’invitent sans fracas. L’ouverture sur un décès n’interrompt pas le flux de la vie : elle l’entrelace. La disparition se lit dans la constance, dans le geste répété, dans l’espace laissé vide autour de la table. Le film rend tangible la façon dont la fin existe déjà dans chaque mouvement et dans chaque silence.

- © Palmeraie et Désert / Canal+ © Les Films du Losange
La caméra est à distance, mais pas détachée. Elle écoute et observe. Elle mesure la durée, la densité, la gravité des gestes quotidiens. Aucun effet, aucun commentaire, aucune musique : seulement le monde tel qu’il tient encore. L’ombre sur les murs, le froissement des draps, la porte qui se claque, la voix qui hésite — tout devient surface de la temporalité.
Au-delà de la documentation, au-delà du constat social, le film est un espace de respiration, un lieu où le quotidien cesse d’être banal pour devenir matière d’attention. Il capte ce qui résiste au temps et à l’oubli. Les gestes, les voix, les pièces et les silences s’y accumulent comme un territoire de mémoire ou un poème du réel qui ne peut être interprété.
Le monde rural que Depardon filme n’existe pas seulement sur l’écran. Ce monde rural circule dans l’air des gens, s’y installe et le modifie. Il ne s’agit pas de voir un paysage ou de comprendre un contexte, mais de sentir la présence des vies qu’on effleure, qu’on accompagne et qui tiennent encore, quelques instants avant de basculer dans l’invisible.

- © Les Films du Losange
Galerie photos
Votre avis
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.
aVoir-aLire.com, dont le contenu est produit bénévolement par une association culturelle à but non lucratif, respecte les droits d’auteur et s’est toujours engagé à être rigoureux sur ce point, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos sont utilisées à des fins illustratives et non dans un but d’exploitation commerciale. Après plusieurs décennies d’existence, des dizaines de milliers d’articles, et une évolution de notre équipe de rédacteurs, mais aussi des droits sur certains clichés repris sur notre plateforme, nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur - anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe. Ayez la gentillesse de contacter Frédéric Michel, rédacteur en chef, si certaines photographies ne sont pas ou ne sont plus utilisables, si les crédits doivent être modifiés ou ajoutés. Nous nous engageons à retirer toutes photos litigieuses. Merci pour votre compréhension.






















