Le 13 octobre 2026
Cette magnifique adaptation du célèbre roman de Jane Austen offre, en plus d’une photographie impeccable, une allégorie romantique de l’amour et de ses renoncements.
- Réalisateur : Georgia Oakley
- Acteurs : George Mackay, Stacy Martin, Fiona Shaw, Caitriona Balfe, Frank Dillane, Herbert Nordrum, Tom Brooke, Daisy Edgar-Jones, Bodhi Rae Breathnach, Esmé Creed-Miles
- Genre : Drame, Romance, Remake
- Nationalité : Américain, Britannique
- Distributeur : Universal Pictures France
- Durée : 2h12mn
- Titre original : Sense and Sensibility
- Date de sortie : 23 septembre 2026
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Résumé : Après la mort de son mari, Mme Dashwood et ses trois filles, toujours célibataires, se retrouvent dans une situation précaire. En effet, elles sont privées d’héritage puisque le domaine familial, Norland Park, revient de droit à John, fils de M. Dashwood issu d’un précédent mariage. La veuve et ses trois filles, Elinor, Marianne et Margaret, n’ont d’autre choix que de quitter la région et s’installer dans le modeste Barton Cottage. Un changement particulièrement douloureux pour Elinor, l’aînée, qui, bien malgré elle, s’est éprise du fringant et stoïque Edward Ferrars, beau-frère de John, venu récemment leur rendre visite à Norland.
Critique : L’amour n’a jamais cessé de nourrir la littérature et de fait le cinéma. Le premier roman de Jane Austen, publié en 1811 de façon anonyme, tisse ainsi une page extraordinairement dense des amours contrariées de deux jeunes filles, réduites brutalement à la pauvreté et à l’esseulement amoureux. Pour sa seconde œuvre de cinéma, Georgia Oakley prend le risque d’une adaptation du célèbre roman, dans une langue cinématographique qui rend compte admirablement de la matière romantique du récit et de l’effroi des deux personnages principaux, contraintes de choisir entre le désir d’émancipation sociale et féminine, et la passion amoureuse. Le pari est toujours risqué lorsqu’on s’engage dans l’adaptation d’une œuvre littéraire majeure. Il faut toutefois reconnaître que celle-ci y parvient avec un grand sens de la nuance et de la délicatesse, trois décennies après l’excellente version d’Ang Lee
Le risque, avec un tel film, était de verser dans un romantisme suranné, pour ne pas dire mièvre. La réalisatrice l’évite grâce à une photographie magnifique qui, dès la première séquence, sublime une nature semblable à un joyau mystérieux et sensible, écrin des passions qui animent les personnages. Les arbres, les insectes et les fleurs sont omniprésents, inscrivant le récit dans une ode à l’amour et à la sensibilité. Les rares incursions dans la ville, Londres en l’occurrence, se limitent à filmer des bâtiments certes magnifiques, mais d’une dureté implacable, à l’exact opposé des paysages champêtres où s’épanouissent les sentiments des deux jeunes femmes. À aucun moment la fiction ne succombe au mauvais goût. Le jeu des actrices contribue à la justesse des émotions, dans un cadre naturel qui prend le relais d’intérieurs souvent somptueux.

- Copyright Focus Features
Mais le récit amoureux n’est jamais une ligne droite. En découvrant l’amour, les jeunes femmes font aussi l’expérience de la brutalité de la tromperie et du mensonge. Elles mesurent surtout combien la pureté des sentiments se heurte aux manœuvres sordides de ceux qui aspirent à l’argent et à la prospérité. Les hommes, à de rares exceptions, demeurent les figures les plus négatives du film. Manifestement, Jane Austen développe ici un discours résolument féministe, en faveur du droit des femmes à la singularité et à l’émancipation des déterminismes sociaux.

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En même temps, Georgia Oakley n’abuse jamais du discours militant. Elle préfère la beauté des sentiments amoureux, tout en permettant à ses deux personnages principaux d’affirmer leur caractère face à des hommes indécis et volages. Mais on ne trouve aucune volonté moraliste dans le récit. La fin, certes issue du roman de Jane Austen, témoigne de cette ambition, permettant à l’équilibre familial de se reconstruire dans un enclos de nature. On pense constamment à la sensibilité cinématographique de James Gray, notamment à l’un de ses plus grands films, Two Lovers, qui alliait magnifiquement l’impossibilité amoureuse et les références littéraires, de Dostoïevski à Gustave Flaubert.
Le deuxième film de Georgia Oakley témoigne d’une maîtrise remarquable de l’art cinématographique. Costumes, lumières et décors composent une démonstration d’un souci du détail absolument bluffant. La mise en scène ne souffre d’aucun faux pas et, malgré ses plus de deux heures, le film ne cède jamais à l’ennui. Les dialogues, fidèles à l’esprit de Jane Austen, sont d’une rare justesse et donnent envie au spectateur de se précipiter en librairie pour redécouvrir l’œuvre de l’écrivaine anglaise.
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