Le 28 juin 2026
Mêlant avec finesse propos féministe et humanisme, la réalisatrice signe un récit d’une évidente maîtrise, aux accents de thriller.
- Réalisateur : Sara Ishaq
- Acteurs : Abeer Mohammed, Rashad Khaled, Manal Al-Mulaiki, Saleh Al-marshahi
- Genre : Drame, Thriller, Politique, Film pour ou sur la famille
- Nationalité : Français, Allemand, Norvégien, Néerlandais, Qatarien, Jordanien, Yéménite
- Distributeur : Arizona Distribution
- Durée : 1h52mn
- Titre original : Al Mahatta
- Festival : Festival de Cannes 2026, Semaine de la Critique 2026
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Résumé : Au Yémen, Layal gère une station-service exclusivement réservée aux femmes, un havre de paix dans un pays déchiré par la guerre. Les règles y sont simples : pas d’hommes, pas d’armes, pas de politique. Quand son tout jeune frère est mobilisé, Layal doit renouer avec sa sœur. Ensemble, elles n’ont que quelques heures pour le sauver.
Critique : Il s’agit du premier long métrage de fiction de Sara Ishaq, réalisatrice yéménite et écossaise, nommée aux Oscars pour son court métrage documentaire Karama Has No Walls (2012). Elle est également connue en tant que formatrice de cinéastes au Yemen, et directrice de l’International Coalition for Filmmakers at Risk d’Amsterdam. Présenté à la Semaine de la Critique 2026, The Station est une coproduction ayant impliqué plusieurs pays, dont l’Allemagne, la Norvège et la Jordanie. Coécrit avec Nadia Eliewat et Kate Leys, le scénario a pour toile de fond les conflits internes au Yemen, souvent mal connus du public occidental. La guerre civile dans ce pays oppose principalement les rebelles houthis Ansar Allah, soutenus par l’Iran, au gouvernement yéménite reconnu internationalement, défendu par une coalition menée par l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis. Le conflit, déclenché en 2014-2015, a entraîné une grave crise humanitaire. C’est dans ce contexte que la réalisatrice propose un récit axé essentiellement sur des femmes. Deux sœurs d’un fort caractère et en apparence brouillées vont être amenées à coopérer. Layal, qui vit avec Laith, leur petit frère de douze ans, dirige une station-service dans laquelle seules les femmes sont autorisées à venir.

- © 2026 Screen Project (a Ta Films Company) / Arizona Distribution. Tous droits réservés.
Avec l’autorisation du pouvoir local, Layal a également fait de son entreprise un lieu de convivialité, où les femmes se retrouvent pour boire un thé, papoter ou fumer la chicha, à l’abri des regards masculins. Quand l’épouse du cheik rappelle à Layal que Laith est en âge d’être mobilisé, la jeune femme contacte sa sœur, Shams, pour lui demander d’envoyer un mandat correspondant à sa part d’héritage. L’argent servira de monnaie d’échange pour démobiliser le jeune adolescent. Mais Shams décide de faire le déplacement en voiture, escortée contre son gré par Ahmed, un jeune soldat de treize ans qui doit lui servir de chaperon… Sara Ishaq et ses coscénaristes distillent avec subtilité un discours féministe, filmant une communauté de femmes qui brave les interdits en s’aménageant des espaces de liberté face aux injonctions patriarcales. Les séquences de discussion, dans une ambiance de « saloon », selon le terme utilisé par l’intransigeante et inquisitrice épouse du cheikh, constituent à cet égard l’un des meilleurs moments de la narration.

- © 2026 Screen Project (a Ta Films Company) / Arizona Distribution. Tous droits réservés.
Mais le propos de la réalisatrice est plus généralement humaniste, via le discours pacifiste qui sous-tend la narration. Pourtant, nulle démarche manichéenne dans les intentions. Les hommes n’incarnent pas le mal absolu. En témoignent la bienveillance avec laquelle Shams accueille ses livreurs d’essence, et surtout l’amour immodéré que les jeunes femmes éprouvent pour leurs frères : respect de la mémoire du plus grand tué au combat ; protection du plus jeune qu’elles veulent soustraire à la barbarie des aînés ; quasi-adoption d’Ahmed, au-delà des clivages de genre et d’appartenance politique. Limpide dans sa progression narrative, The Station dépasse la simplicité apparente de son synopsis. Sara Ishaq y déploie une mise en scène d’une grande maîtrise. Celle-ci culmine dans les moments de tension, lorsque des agressions à caractère homophobe suggèrent la pluralité des discriminations, ou quand chaque passage à un check-point met en jeu des vies humaines. Film politique autant que drame intense aux accents de thriller, The Station s’impose comme une réussite aussi forte sur le fond que sur la forme.
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