Le 29 mars 2026
Le tout premier film de Graham Swon, dans un style très récitatif, brosse avec ravissement l’horreur à travers une soirée somme toute banale de cinq adolescentes qui se partagent des cauchemars. Une œuvre mystérieuse et envoutante.
- Réalisateur : Graham Swon
- Acteurs : Elena Burger, Dennise Gregory, Ayla Guttman, Alexa Shae Niziak, Violet Piper, Sam Schapiro, Sarah Kohn, Mimi Sigerson
- Genre : Comédie dramatique, Épouvante-horreur, Expérimental, Teen movie
- Nationalité : Américain
- Distributeur : ED Distribution
- Durée : 1h38mn
- Date de sortie : 8 avril 2026
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– Année de production : 2018
Résumé : La voix d’une vieille femme se souvient d’un terrible événement de son passé. Par une chaude soirée de l’été 1996, cinq adolescentes se retrouvent dans une maison de banlieue, en l’absence de leurs parents. Pour passer le temps, elles se racontent des histoires inquiétantes, essayant de se surpasser les unes les autres dans l’horreur.
Critique : D’un bout à l’autre, il y a la voix de cette vieille femme. Elle se superpose à celle des jeunes filles, comme un écho macabre à une soirée des plus banales où cinq adolescentes décident de se faire peur en se racontant des histoires. La tonalité générale d’ailleurs est très sombre avec, en bruit de fond, une musique inquiétante.
The World is Full of Secrets est un film inclassable. On peut dire qu’il fait partie du répertoire d’un certain cinéma indépendant américain, mais il est difficile, pour déterminer son genre, de choisir entre le drame, le fantastique et l’épouvante. En réalité, l’horreur est surtout celle d’un monde quotidien où le pire peut surgir d’un moment à l’autre et ébranler une bande de cinq copines pour tout le restant de leur vie. C’est d’ailleurs ce qui fait l’intérêt de ce tout premier long-métrage de Graham Swon (2018), dans lequel le scénariste s’évertue à décliner, dans une langue cinématographique très épurée, la fin de l’innocence pour cinq jeunes filles. Les parents sont absents de cette fiction, permettant aux adolescentes de révéler toute la complexité d’une psychologie qui oscille entre naïveté, début de la maturité et cruauté des relations sociales.

- Copyright ED distribution
The World is Full of Secrets se caractérise par une grande économie de moyens et d’effets cinématographiques. Tout repose sur les dialogues, souvent très longs, où à travers des plans fixes les jeunes filles déclinent leur conte horrifique. On perçoit que l’horreur véritable est surtout située dans l’intériorité des personnages. Nul besoin de sang, d’effets spéciaux ostensibles pour ressentir le macabre de la situation. Le cinéaste s’est inspiré d’une série télévisée de 1931 qui exposait le buste d’un mort se contentant de raconter les évènements tragiques. Ce parti pris esthétique et narratif met à l’honneur le hors-champ et le non-visible comme matières essentielles du film d’épouvante.
Si Graham Swon n’a tourné jusqu’à aujourd’hui que deux films qu’ED Distribution sort le même jour, on ressent la profondeur d’un artiste prolixe, capable de composer le meilleur de l’art avec un budget réduit. Les actrices jouent surtout dans l’étrange ballet des lumières et des gros plans. On aperçoit des mains se tailler la peau avec un couteau, ou encore des visages qui s’effacent dans une nuit inquiétante. D’ailleurs, tout le récit tranche avec le début quasi hors sol où une mère qu’on ne voit pas fait la morale à sa fille et lui demande de se responsabiliser en son absence. Cette nuit va faire l’objet d’un processus de maturation absolument inédit, comme un passage entre les dernières brides d’enfance et la cruauté du monde des adultes.

- Copyright ED distribution
On accepte aisément le rythme lent de The World is Full of Secrets. La bande-son revêt une importance capitale, à l’instar d’An Evening Song (for Three Voices), son autre film (2023), qui mise grandement sur une musique contemporaine pour bercer la narration. Il ne faut pas chercher à rationaliser la fiction, car chaque non-évènement, chaque plan, chaque mot prononcés composent le lent et dramatique passage entre l’enfance et l’âge adulte. D’ailleurs, l’innocence semble déjà perdue avant même qu’elles ne commencent à raconter leurs histoires.
Les comédiennes sont époustouflantes dans cette œuvre qui fait écho au grand film sur l’adolescence Elephant (Gus Van Sant, 2003), où le pire surgissait des profondeurs de la banalité. Il ne faut donc pas s’attendre à un long-métrage d’action, mais au contraire se laisser emporter par la gravité de ces personnages qui déroulent des histoires effrayantes, et pouvant permettre au spectateur de se souvenir d’expériences adolescentes.
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