Le cyprès et le cœur brûlent
Le 20 février 2026
Le Liban est mis à l’honneur dans ses moments de crises avec des individus qui tentent de s’aimer. Une méditation sensible sur la résilience.
- Réalisateur : Cyril Aris
- Acteurs : Julia Kassar, Camille Salameh, Hassan Akil, Mounia Akl
- Genre : Drame, Historique, Romance
- Nationalité : Américain, Allemand, Libanais, Qatarien, Saoudien
- Distributeur : UFO Distribution
- Durée : 1h50mn
- Titre original : Nujum al'amal w al'alam
- Date de sortie : 18 février 2026
- Festival : Festival de Venise 2025
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Résumé : Nino et Yasmina tombent amoureux dans la cour de leur école à Beyrouth, et rêvent à leur vie d’adulte, à un monde merveilleux. Vingt ans plus tard, ils se retrouvent par accident et c’est à nouveau l’amour fou, magnétique, incandescent. Peut-on construire un avenir, dans un pays fracturé, qu’on tente de quitter mais qui vous retient de façon irrésistible ?
Critique : Un monde fragile et merveilleux est une fresque sentimentale qui épouse trois décennies d’histoire contemporaine libanaise. Beyrouth est un décor agissant comme une chambre d’écho où se réfractent les élans, désillusions et renaissances d’un couple. Trente ans d’amour se superposent à trente ans de convulsions politiques, d’effondrements économiques et de fractures sociales. Le récit se construit ainsi sur une tension féconde entre l’intime et le collectif, entre la pulsation du cœur et celle d’un pays en perpétuelle recomposition.
Revenir sur le passé devient ici un geste d’émancipation. Les souvenirs d’enfance affleurent comme des strates archéologiques. Cyril Aris orchestre ces retours avec une délicatesse presque impressionniste : les images surgissent par touches, fragmentaires, vibrantes, jamais figées dans la nostalgie. Scruter hier permet d’envisager demain, comme si la mémoire offrait un tremplin vers une possible réinvention.
Le cinéma arabe contemporain privilégie souvent des tonalités élégiaques, habitées par la gravité des conflits. Le cinéaste choisit une autre modulation. Son film infuse une énergie charnelle et solaire qui traverse même les heures sombres. Les personnages persistent à danser, cuisiner, courir, aimer. Les gestes ordinaires acquièrent une dimension presque politique : ils témoignent d’une obstination à vivre malgré la précarité ambiante.

- © 2025 UFO Distribution. Tous droits réservés.
La caméra capte les corps dans leur mobilité, leur respiration, leur appétit du monde. Cette insistance sur le mouvement évite l’écueil du misérabilisme et confère au récit une amplitude romanesque. La ville tremble, les certitudes vacillent, pourtant une circulation demeure — celle des affects, des saveurs, des musiques.
La contribution d’Anthony Sahyoun irrigue le film d’une texture sonore subtile. La musique accompagne sans surligner, enveloppe sans contraindre. Elle agit comme un liant invisible entre les époques, adoucissant les ruptures temporelles et intensifiant les moments de grâce. Les nappes mélodiques se mêlent aux rumeurs urbaines, cliquetis des cuisines, éclats de voix, composant un paysage acoustique organique.
Le parcours documentaire du réalisateur apparaît dans la précision du regard mais aussi avec l’insertion d’images d’archives. Celles-ci sont telles des cicatrices discrètes, rappelant que l’histoire nationale infiltre la moindre parcelle du quotidien. L’intimité se révèle poreuse aux soubresauts du monde.
Au cœur du film, l’amour circule à travers la parole, la gastronomie, les rites et les silences. La cuisine devient un territoire symbolique où elle transmet une mémoire familiale, affirme une identité, crée un espace de partage. Chaque plat préparé porte en lui une une promesse de continuité.

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Cette romance, solidement ancrée dans la culture libanaise, touche pourtant à l’universel. Les dilemmes des protagonistes — partir ou rester, protéger ou s’exposer, croire encore ou céder à la lassitude — dépassent les frontières géographiques. Le film explore la capacité des sentiments à survivre aux crises, à se transformer sans se dissoudre.
Un monde fragile et merveilleux compose ainsi une méditation sensible sur la résilience. Le titre résonne comme un oxymore assumé : fragilité d’un pays vulnérable aux secousses de l’Histoire, merveilleux d’une énergie humaine qui refuse l’anesthésie. On est face à une œuvre ample et nuancée, traversée par une foi obstinée dans la puissance du lien.
À travers Nino et Yasmina, c’est toute une génération qui cherche sa voie entre mémoire et projection, fidélité et métamorphose. Le film laisse une impression durable : celle d’avoir assisté à la lente germination d’un amour qui, loin de se refermer sur lui-même, dialogue sans cesse avec le tumulte du monde.
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