Une vieille maîtresse

Une vraie jeune fillette

Le 30 mai 2007

Catherine Breillat signe (enfin) le film qu’on n’espérait plus d’elle. Loin des anatomies cliniques de l’enfer masculin, une paradoxale réussite.

Vos avis

  • 5 juillet 2007, par Soni

    Etrange choix pour une cinéaste à la réputation de films sulfureux et incompréhensibles pour ses réfractaires. Mais, le projet de Catherine Breillat n’est pas aussi surprenant pour la passionnée de littérature qu’elle est depuis son plus jeune âge. L’adaptation de La fille aux yeux d’or de Balzac est le début d’une renaissance de Catherine Breillat qui est plus que jamais déterminée à faire surgir de ses films la pensée la plus pure, le désir et la passion. Ce n’est pas le hasard si le tournage d’Une vieille maîtresse a débuté un an après l’accident cérébral de Breillat. La rééducation qui a suivi, physique et morale à la fois, donne à son dernier film, un autre souffle beaucoup plus romantique et sensuel.

    Le scénario est fidèle à la langue du XIXème siècle et au texte magnifique du roman de Barbey d’Aurevilly excepté quelques fautes égarées prononcées par la Marquise de Flers ou autre position allongée, toujours de la même Marquise, bien choquante pour une aristocrate digne de ce nom. Serait-ce là un clin d’œil de Breillat qui nous rappellerait son audace et son anticonformisme. Le jeu de Roxane Mesquida(Hermangarde)-dont Breillat s’amuse à dire que c’est la troisième fois qu’elle se fait dépucelée dans ses films- est juste mais manque d’intensité face au mystérieux Ryno de Marigny joué par Fu’ad Ait Aatou. Madonna aurait été sollicitée pour le rôle de la mariée, on ne peut que se demander quel jeu aurait-elle choisi.
    Le visage angélique d’Hermangarde vient contraster avec celui de son prétendant, mi-démon mi -ange, aux lèvres pulpeuses et dont la singularité nous rappelle Dorian Gray, le jeune dandy séducteur et mondain de l’œuvre d’Oscar Wilde. Le jeune amant, dans les bras de sa maîtresse, est un être intemporel en quête de survie et de passions. Le Kama Sutra de Breillat n’est pas tout à fait écarté bien que léger ici avec l’interprétation de l’actrice italienne Asia Argento dans le rôle de Vellini, la scandaleuse courtisane espagnole, fille d’une duchesse et d’un torero qui est prête a tout pour prendre ou reprendre son jeune amant par les cornes. Peu convaiquante aussi bien dans sa gestuelle amoureuse et passionnée que dans ses paroles presque incompréhensibles parfois, Asia Argento se plaît à exagérer maladroitement ses cris inhumains de jouissance ou de pleurs et sa mine boudeuse pour en oublier l’essentiel : le naturel de son personnage et la passion destructrice qui l’unit à Ryno de Marigny. Seul Michael Lonsdale en Vicomte semble avoir adopté merveilleusement la langue du XIXème siècle et ses comportements. Yolande Moreau est beaucoup plus crédible dans le rôle d’une Comtesse que la pauvre Claude Sarraute, déguisée en aristocrate courtoise et récitant scrupuleusement son texte comme une enfant au spectacle de fin d’année de son école.

    La mise en scène est sobre ; mélange de décors de tableaux classiques et de gros plans qui viennent amplifier la laideur diabolique de Vellini.
    Une vieille maitresse est un film noir et romantique à la fois ; un mélange de genres déstabilisant avec des lenteurs et des scènes grotesques sortants d’un tableau de Goya mais qui n’est que la continuité de l’œuvre d’une Catherine Breillat, encore plus libre et hors du commun.

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