Le 27 avril 2026
Un beau et digne témoignage sur les non-dits et l’hypocrisie sociale dans une famille tunisienne. Un film courageux et attachant.
- Réalisateur : Leyla Bouzid
- Acteurs : Hiam Abbass, Marion Barbeau, Eya Bouteraa, Feriel Chammari, Selma Baccar, Lassaad Jamoussi, Karim Rmadi
- Genre : Drame, LGBTQIA+, Film pour ou sur la famille
- Nationalité : Français, Tunisien
- Distributeur : Memento Distribution
- Durée : 1h53mn
- Date de sortie : 22 avril 2026
- Festival : Festival de Berlin 2026
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Résumé : De retour en Tunisie pour les funérailles de son oncle, Lilia retrouve une famille qui ignore tout de sa vie à Paris. Déterminée à éclaircir le mystère de cette mort soudaine, Lilia se retrouve confrontée aux secrets d’une maison où cohabitent trois générations de femmes.
Critique : Il va se passer six jours entre le moment où Lilia et sa compagne débarquent en Tunisie, à Sousse exactement, où elle doit accompagner sa famille à l’enterrement d’un oncle. L’homme a été retrouvé nu dans une rue, et l’arrivée de la police au sein du domicile en deuil met à jour un terrible non-dit qui hante la mère et ses filles. Tout le monde sait mais en réalité, personne ne veut savoir, dans un pays qui continue de réprimer l’homosexualité, plutôt masculine d’ailleurs, le lesbianisme étant considéré comme quelque chose de futile. C’est peu dire l’impact patriarcal qui pèse ce pays qui a connu pourtant de grandes révolutions en faveur de la démocratie et de sa jeunesse.
À voix basse n’est peut-être pas le meilleur titre qu’on aurait attendu de cette histoire. On aurait préféré "A mots couverts", tant la réalisatrice, Leyla Bouzid, parvient dans un discours très prudent et nuancé, à mettre à nu les malentendus d’une famille, et plus largement d’une société qui refuse de regarder la réalité en face. On découvre avec un certain effroi d’ailleurs que les attaques criminelles contre des homosexuels se perpétuent dans le silence coupable de la justice, pendant que cette dernière continue de condamner à la prison ferme des individus attirés par les personnes de même sexe. Double paradoxe qui puise sans doute son explication dans le fait qu’elle est essentiellement incarnée par des hommes.
Qu’on soit en Iran, en Afghanistan ou en Tunisie, la liberté viendra des femmes. Leyla Bouzid s’engage dans un récit familial, condensé sur quelques jours, qui fait la démonstration que le féminisme demeure un élan de liberté, avec pour enjeu majeur de transformer le regard des hommes sur eux-mêmes et les femmes. Son héroïne est entourée de femmes, à commencer sa compagne, mais surtout de sa mère, d’une sœur et d’une tante, confrontées à l’hypocrisie sociale, et à la nécessité de fermer les yeux sur tout un pendant de la réalité du monde. Et pourtant, toutes luttent secrètement pour faire évoluer les mentalités, avec une très grande prudence, comme l’attestent la mise en scène et le scénario qui multiplient les nuances et les précautions pour traiter ce sujet important. La réalisatrice en profite pour dénoncer les pratiques policières qui n’hésitent pas à négocier les amendes ou travestir les enquêtes qui leur sont confiées.

- Copyright Memento Distribution
Après le très brillant Une histoire d’amour et de désir, Leyla Bouzid continue son exploration sensible de l’intimité sexuelle et affective. La réalisatrice s’appuie sur une langue qui n’hésite pas à s’insurger contre le normalisme délétère et en même temps choisit la douceur et la pudeur qui se tisse au sein des relations d’amour qu’elle décrit. L’homosexualité n’est jamais évoquée avec voyeurisme, la cinéaste préférant évoquer la douleur qui en découle quand on est interdit d’aimer quelqu’un de son propre sexe. Son film vise une certaine universalité, dans la mesure où toutes les jeunes personnes doivent un jour révéler à leurs parents leurs orientation sexuelle, avec le risque parfois de se retrouver à la rue et d’être rejetées.
À voix basse est ressorti bredouille de la compétition berlinoise et on le regrette sincèrement. L’œuvre est une opportunité magnifique pour certains jeunes spectateurs de prendre le risque de la liberté et du désir, d’autant plus s’ils craignent la condamnation sociale et familiale. On saluera la présence magnétique de l’actrice Hiam Abbass qui depuis des années, film après film, et en particulier le récent Bye Bye Tibériade, donne à voir toute l’étendue de son talent.
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