Le 9 janvier 2026
Cette comédie cinglante et sanglante sur le monde du travail confirme la virtuosité de Park Chan-wook.
- Réalisateur : Park Chan-wook
- Acteurs : Lee Byung-hun , Son Ye-jin, Cha Seung-won , Park Hee-soon
- Genre : Comédie dramatique, Policier / Polar / Film noir / Thriller / Film de gangsters
- Nationalité : Sud-coréen
- Distributeur : ARP Sélection
- Durée : 2h19mn
- Titre original : Eojjeolsuga eobsda
- Date de sortie : 11 février 2026
- Festival : Toronto International Film Festival, Festival de Venise 2025
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Résumé : Cadre dans une usine de papier, Yoo Man-su est un homme heureux, il aime son épouse, ses enfants, ses chiens, sa maison. Lorsqu’il est licencié, sa vie bascule, il ne supporte pas l’idée de perdre son statut social et la vie qui va avec. Pour retrouver son bonheur perdu, il n’a aucun autre choix que d’éliminer tous ses concurrents…
Critique : Quatre ans après Decision to Leave, le virtuose Park Chan-wook est de retour avec Aucun autre choix, se présentant comme une satire noire et sanglante du monde du travail. Adapté du roman The Ax de Donald Westlake, le film relate les mésaventures de Yoo Man-su, l’employé modèle d’une papeterie qui voit sa vie s’effondrer après un licenciement et pour qui la course à l’emploi s’avère si ardue qu’il décide d’assassiner ceux qui peuvent le concurrencer.

- © 2025 CJENM ARP. Tous droits réservés.
Ce qui marque dans un premier temps, c’est la capacité du film à jongler avec les tons et ambiances pour offrir des séquences particulièrement mémorables. Tantôt comique, puis dramatique, puis particulièrement glauque, puis tout à la fois, Aucun autre choix effectue parfaitement une danse risquée sans jamais ni relâcher sa tension, ni amoindrir ses enjeux. On reste toujours terriblement attaché aux péripéties de Man-su, dont les crimes et mensonges apparaissent comme justifiés face à la violence symbolique qu’il subit. La sympathie que l’on éprouve envers ce personnage émane également de sa maladresse : ce n’est pas un tueur dans l’âme, il n’est pas froid, pas méthodique ni très courageux ; c’est un homme forcé à tuer pour sa famille et maintenir son train de vie. Il est mis au pied du mur et agit. Dans le film de Park Chan-wook comme dans la réalité, le mépris et la violence professionnelle mènent au pire, à toujours plus de haine entre les êtres. Car les meurtres de Man-su apparaissent bel et bien comme des fratricides : il tue des hommes dans la même situation que la sienne, eux aussi passionnés par le papier et désireux d’être dignes de leurs familles ; il massacre ceux qui auraient pu être ses amis, dont les enfants auraient pu jouer avec les siens puisque la logique du marché ne laisse aucune place aux sentiments humains.
Cependant, le réalisateur ne se méprend pas sur la nature de son personnage : sa violence n’est jamais une arme politique, sa colère ne s’oriente pas sur les véritables responsables de ses malheurs mais bien sur ceux qui subissent autant que lui. À l’instar de la famille pauvre de Parasite de Bong Joon-ho, le cadre au chômage d’Aucun autre choix n’a pas pour but de faire s’effondrer le système, mais bien d’être celui qui en profite mieux que les autres.

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L’acteur incarnant ce trouble et pathétique personnage principal, Lee Byung-hun, participe grandement à la réussite du film : sa performance toujours sur le fil du rasoir entre intense stress et prétendue maîtrise est pleine de subtilité mais n’en reste pas moins comique et jouissive. La réalisation est, sans grande surprise, parfaitement maîtrisée, et Park Chan-wook ne semble jamais à court d’idées pour insuffler à ses films un cachet visuel indéniable : il joue au sein de ses cadres, brise la verticalité de ses plans et offre d’amples mouvements de grue ainsi que des surimpressions toujours élégantes, mais possède également un sens aigu du découpage qui transforme le film en une véritable partition.
Park Chan-wook réussit ainsi merveilleusement ce film touche-à-tout et brillamment exécuté qui peut enthousiasmer autant qu’il horrifie. Il nous offre une comédie sociale mordante, élégante et parfois grotesque, où la violence symbolique trouve une conséquence concrète mais où il s’amuse aussi des petites vies des classes moyennes coréennes occidentalisées sans jamais leur refuser une dose d’empathie.
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