Le 24 octobre 2026
Plus modeste et plus maîtrisé que la plupart des films de super-héros actuel, Clayface constitue un véritable oasis gore dans le désert du blockbuster contemporain.
- Réalisateur : James Watkins
- Acteurs : David Dencik, Eddie Marsan, Max Minghella, Naomi Ackie, Tom Rhys Harries
- Genre : Drame, Thriller, Épouvante-horreur, Film de super-héros
- Nationalité : Américain
- Distributeur : Warner Bros. France
- Durée : 1h49mn
- Âge : Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement
- Date de sortie : 21 octobre 2026
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Résumé : L’ascension fulgurante de Matt Hagen, de gamin des rues de Gotham à star hollywoodienne, est brutalement interrompue lorsqu’un baron du crime le laisse atrocement défiguré. Abandonné de tous et n’ayant plus rien à perdre, Matt se tourne vers un traitement expérimental qui lui rend miraculeusement son apparence… mais altère profondément sa perception de la réalité. Il sombre alors dans une spirale destructrice, consumé par un irrépressible désir de vengeance.
Critique : Dire que Clayface est ce que le studio Warner-DC a sorti de mieux depuis The Batman en 2022 tient au mieux du vrai-faux compliment. De fait, après le rigolo mais épuisant Superman et l’indéfendable Supergirl, deux blockbusters plein de bruit et de fureur, l’univers cinématographique basé sur les comics DC propose une contre-programmation salutaire avec cette série B modeste et efficace. Qui revient donc sur les origines de Clayface – ou, en bon français, Gueule d’argile, un « vilain » made in Gotham City volontiers caricatural sur le papier, auquel l’excellente série animée Batman des années 1990 avait donné une coloration tragique, que le film de James Watkins reprend dans les grandes lignes : sous les kilos de terre glaise se cache en fait Matt Hagen (Ron Perlman et sa voix caverneuse dans la série, Tom Rhys Harries dans le film), acteur en vue défiguré lors d’un accident, prêt à subir un traitement expérimental pour retrouver sa beauté disparue.

- Tom Rhys Harries
- © 2026 Warner Bros. All Rights Reserved.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Warner-DC se concentre sur les méchants grimaçants plutôt que sur les gentils capés : les deux films Joker (2019, 2024) de Todd Phillips et la série centrée sur le Pingouin (2024) portée par Colin Farrell prenaient, déjà, un tel contre-pied. Mais tous trois étaient plombés par ce complexe d’infériorité qui touche la majorité des films super-héros : comme pour donner des gages quant à leur intégrité artistique, ils se semblaient contraints de singer (pingouiner ?) des genres plus nobles et plus légitimes : le thriller nihiliste des année 1970, tendance Martin Scorsese et Paul Schrader, pour Joker et la série de prestige siglée HBO pour The Penguin. Clayface, lui, ne cherche pas à gonfler les muscles, à se faire plus gros que le bœuf auteuriste. Témoin cette histoire simple qui évoque la rencontre entre Darkman et La piel que habito – sans oublier Les Yeux sans visage de Georges Franju, inspiration originelle de tous ces films – et ces archétypes empruntés aux vieux films noirs (flics ripous, femmes fatales, caïds psychotiques) ou aux paraboles hollywoodiennes façon Boulevard du crépuscule (agents vautours, figures médiatiques bouffonesques, grand public crédule). Tout cela contribue à faire du film un rare et étrange artefact de cinéma bis produit par un gros studio et sous la bannière d’une franchise lucrative habituellement allergique au risque et à l’expérimentation.

- Tom Rhys Harries
- © 2026 Warner Bros. All Rights Reserved.
James Watkins, figure fiable de l’horreur britannique (Eden Lake, La Dame en noir) aussi passée par le blockbuster franchouillard (le tristement célèbre Bastille Day, sorti juste avant l’attentat de Nice en 2016 et déprogrammé juste après), s’acquitte plutôt bien de l’intrigue policière mais la filme sans génie, n’ayant visiblement d’yeux que pour les incartades gore que lui permet ce personnage à la peau élastique et régénérable à l’infini. À l’écran, cela donne lieu à de vraies belles séquences comme celle où Hagen doit se couper un œil (merci Buñuel !) à bord d’un avion pris dans des turbulences, ou ce morceau de bravoure en boîte de nuit où l’acteur devenu monstre de foire multiplie les transformations pour confondre ses adversaires. À voir les talents réunis par le film (le romancier Hossein Amini et le spécialiste ès adaptations de Stephen King Mike Flanagan au scénario ; Matt Reeves, réalisateur de The Batman à la production), on se dit qu’un meilleur long-métrage que Clayface était sans doute possible – mais cette version-là demeure très recommandable, et constitue un oasis joyeusement sanglant dans le désert du blockbuster contemporain.
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