Le 2 mai 2026
Ce récit d’une relation amoureuse toxique souffre d’un montage exubérant dans sa première partie et de nombreux clichés. Quelques séquences réussies montrent quel autre film les cinéastes auraient pu proposer.
- Réalisateurs : Lloyd Eyre Morgan - Neil Ely
- Acteurs : Lorraine Stanley, Lloyd Eyre Morgan, David Tag, Liam Boyle, Kerry Howard, Olly Rhodes, Jacob Partali
- Genre : Comédie dramatique, Romance, LGBTQIA+
- Nationalité : Britannique
- Distributeur : Optimale Distribution
- Durée : 1h22mn
- Titre original : Departures
- Date de sortie : 29 avril 2026
- Festival : Festival Chéries-chéris
L'a vu
Veut le voir
Résumé : Benji rencontre Jake à la caisse d’un aéroport et est immédiatement intrigué. Jake est musclé, insaisissable, dominant et, comme Benji le soupçonne avec joie, « un peu gay ». S’ensuivent des escapades passionnées à Amsterdam, beaucoup de sexe et l’émergence progressive d’un rapport de force voué à l’échec. Pris dans un tourbillon émotionnel, Benji se retrouve à remettre en question ce qu’il attend de l’amour, de lui-même… et de la vie.
Critique : Il s’agit du premier long métrage de Lloyd Eyre-Morgan et Neil Ely, un duo de réalisateurs britanniques qui avait jusqu’alors travaillé à la télévision et sur des clips musicaux. Seul le premier est l’auteur du scénario, tout en interprétant le rôle principal de Benji. Loyd Eyre-Morgan précise dans le dossier de presse que le récit « est né d’une réaction instinctive à nos propres expériences, à celles de Neil et aux miennes. La plupart de ce qui se passe à l’écran a été vécu. Le film a été une forme de thérapie : un moyen d’explorer des relations passées, souvent toxiques, à travers le cinéma. » Soit donc un trentenaire gay et mal dans sa peau qui multiplie les rencontres sans lendemain et les soirées tant festives qu’alcoolisées, jusqu’à tomber amoureux d’un macho représentatif de la masculinité queer, qui le faire tourner en bourrique pendant plusieurs mois. Benji et Jake, qui résident à Manchester, ne se donneront rendez-vous que lors de brèves escapades à Amsterdam, a cours desquelles Jake se comporte en amant égoïste et dominant, Benji étant contraint d’être traité en simple objet sexuel et de subir sa mauvaise humeur constante.

- © 2026 Optimale Distribution. Tous droits réservés.
Les cinéastes ont parfois traité le thème des amours toxiques avec inspiration. Dans le cadre des relations hétérosexuelles, on pense à Senso de Visconti ou, à un moindre degré, L’amour et ses forêts de Valérie Donzelli. Dans le registre LGBTQIA+ Les larmes amères de Petra von Kant ou Le droit du plus fort de Fassbinder ont également marqué les esprits. Force est de reconnaître qu’Embarquement immédiat peine à se hisser au niveau de ces modèles. Et sur le même thème de la relation de couple gay sans issue, le récent Pillion de Harry Lighton, bien que mineur et consensuel, restait tout de même agréable et subtil. Le problème d’Embarquement immédiat réside d’abord dans la première partie de sa narration, formellement éprouvante. Un montage à la truelle de vidéoclip, mêlant présent et passé, avec musique assourdissante, donne l’impression d’assister à dispositif d’esbroufe, faisant songer à un Trainspotting du pauvre. Mais concédons que la mise en scène devient plus sobre par la suite, et les réalisateurs parviennent à se canaliser, en ayant compris que rythme ne signifiait pas agitation.

- © 2026 Optimale Distribution. Tous droits réservés.
Une autre limite réside dans l’écriture et les dialogues. On décèle en premier lieu un manque de crédibilité, tant on peine à comprendre comment le protagoniste a pu s’enticher d’un compagnon aussi antipathique et cynique, dont la caractérisation psychologique ne bénéficie d’aucune nuance, comme dans un théâtre de marionnettes. Mais c’est surtout l’accumulation de clichés qui agace le spectateur, à qui l’on sert tous les poncifs, des bordels d’Amsterdam à la mère alcoolique, en passant par les traumas d’une enfance tourmentée. On décèle par ailleurs chez les auteurs un discours équivoque, un certain moralisme qui condamne toute déviance étant combiné à une tendance au voyeurisme au détour de plusieurs séquences. Pourtant, tout n’est pas raté dans Embarquement immédiat : deux flashback sur le passé adolescent des personnages sont à fois drôles et troublants, rappelant la veine du cinéma de Todd Haynes ou de l’Almodóvar de Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? Ces passages montrent que les réalisateurs sont capables de concilier audace et profondeur. On peut alors espérer que leur second long métrage de fiction pour le grand écran évitera les scories de ce coup d’essai.
Galerie Photos
Votre avis
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.
aVoir-aLire.com, dont le contenu est produit bénévolement par une association culturelle à but non lucratif, respecte les droits d’auteur et s’est toujours engagé à être rigoureux sur ce point, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos sont utilisées à des fins illustratives et non dans un but d’exploitation commerciale. Après plusieurs décennies d’existence, des dizaines de milliers d’articles, et une évolution de notre équipe de rédacteurs, mais aussi des droits sur certains clichés repris sur notre plateforme, nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur - anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe. Ayez la gentillesse de contacter Frédéric Michel, rédacteur en chef, si certaines photographies ne sont pas ou ne sont plus utilisables, si les crédits doivent être modifiés ou ajoutés. Nous nous engageons à retirer toutes photos litigieuses. Merci pour votre compréhension.



















