Le 1er juillet 2026
Herzog dépasse les conventions du documentaire scientifique et écologique, proposant un film d’une belle tenue, visuellement et thématiquement cohérent avec son univers.
- Réalisateur : Werner Herzog
- Genre : Documentaire, Film animalier
- Nationalité : Américain
- Distributeur : Blue Note Films
- Durée : 1h39mn
- Date de sortie : 1er juillet 2026
- Festival : Festival de Venise 2025
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Résumé : Depuis dix ans, le docteur Steve Boyes est à la recherche d’un mystérieux et insaisissable troupeau d’éléphants fantômes dans les hautes terres d’Angola. Il part avec des experts pisteurs namibiens, les meilleurs au monde, mais une question fondamentale se pose : ne vaudrait-il pas mieux garder ces éléphants gigantesques comme un rêve, plutôt que de les trouver dans la réalité ? Une exploration du rêve, de l’imagination, confrontée à la réalité, qui a emmené Werner Herzog dans ce que les tribus locales appellent le Pays du Bout du Monde.
Critique : Coproduit par National Geographic, Ghost Elephants échappe heureusement à la veine documentaire de Connaissance du monde, soit un projet de vulgarisation scientifique ou ethnologique sans enjeux cinématographiques. Ce n’est pas non plus un énième pamphlet écologique alertant sur la menace pesant sur la biodiversité. Pourtant, le sujet avait tout pour s’y prêter. Un explorateur et chercheur, Steve Boyes, a créé une fondation pour protéger des régions sauvages encore peu connues des hautes terres angolaises. Il est persuadé que des éléphants d’une espèce particulière vivent dans cette région d’une superficie égale à celle de l’Angleterre. Ils seraient les descendants de « Henry », un mammifère capturé dans les années 1950, et dont la réplique est exposée à la Smithsonian Institution de Washington DC. Mais il se trouve que c’est Werner Herzog qui, en tant que cinéaste, est chargé d’accompagner Boyes dans son périple africain. Certes, le réalisateur joue le jeu du documentaire explicatif et didactique, des profondeurs de la faune africaine aux laboratoires modernes américains, où des analyses informatiques croisent des tests ADN d’animaux, le tout avec une mise en perspective historique.

- © 2025 Blue Note Films. Tous droits réservés.
Le film est à cet égard instructif sur la manière dont a évolué, en plusieurs décennies, le regard humain porté sur l’éléphant, et l’animal sauvage en général, encore considérés dans la seconde moitié du XXe siècle comme des « trophées de guerre » par les explorateurs aventuriers. Mais Herzog ne se contente pas d’assurer professionnellement son contrat. Alors que dans Au cœur des volcans : Requiem pour Katia et Maurice Krafft il s’effaçait quelque peu derrière son sujet, il préfère ici intégrer davantage le matériau à son univers. Ainsi précise-t-il dans les notes d’intention : « Après avoir rencontré Steve Boyes, un projet inattendu qui ressemblait à la chasse à Moby Dick, la baleine blanche, m’est apparu comme une urgence absolue. Comme beaucoup de mes films, celui-ci est une exploration des rêves, de l’imagination, mis en balance avec la réalité. Le film m’a emmené dans ce que les membres de la tribu locale appellent la Terre au bout du monde. »

- © 2025 Blue Note Films. Tous droits réservés.
Les digressions ethnologiques sont ainsi les plus intéressantes du long métrage, quand Herzog filme un vieux sage ajuster ses instruments de musique, entouré de ses poulets, ou quand un roi local, que l’on croirait sorti d’un film de Jean Rouch, déclare assumer la communion entre son peuple et le monde animal. Et lorsque des travellings accompagnent l’immersion des protagonistes dans une nature inconnue, il est permis de songer aux ambiances déployées naguère par le réalisateur dans Aguirre, la colère de Dieu et Fitzcarraldo. D’autant plus que Ghost Elephants montre également des rêves qui semblent impossibles, et des individus entretenant un rapport complexe avec les éléments naturels. Visuellement et thématiquement cohérent avec le monde herzogien, le film n’est pas réservé au seul cercle des admirateurs du cinéaste.
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