Le 28 juillet 2026
Le retour de Gregg Araki se fait plus tiède que torride. Si le cinéaste propose une réflexion nuancée sur la sexualité et les rapports de domination, sa mise en scène peine toutefois à retrouver l’audace de ses débuts.
- Réalisateur : Gregg Araki
- Acteurs : Roxane Mesquida, Johnny Knoxville, Olivia Wilde , Daveed Diggs , Cooper Hoffman, Mason Gooding, Charli xcx
- Genre : Thriller, Érotique
- Nationalité : Américain
- Distributeur : Metropolitan FilmExport
- Durée : 1h30mn
- Date de sortie : 29 juillet 2026
- Festival : Festival de Sundance 2026
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Résumé : Elliot, un jeune homme naïf en quête de sens, décroche le poste de ses rêves auprès d’Erika Tracy, artiste provocatrice et figure incontournable de la scène artistique. Lorsqu’elle décide de faire de lui sa « muse sexuelle », ses fantasmes les plus audacieux semblent devenir réalité. Mais cette relation l’entraîne bientôt dans un univers trouble où se mêlent désir, obsession, pouvoir, manipulation et trahison…
Critique : Gregg Araki signe un retour très attendu avec I Want Your Sex et il a des choses à dire à propos des jeunes d’aujourd’hui. Entre difficultés de communication, anxiété sociale, peur du sexe et montée d’une morale conservatrice, la génération Z a de quoi interloquer l’auteur de la trilogie Teenage Apocalypse. C’est ainsi qu’il nous présente l’histoire d’Eliott, un vingtenaire au chômage, coincé dans un couple austère, qui découvre la volupté en décrochant un emploi chez une plasticienne très portée sur la chose : Erika Tracy. Le film se déroule sur deux temporalités distinctes où nous suivons dans l’une le développement de la relation entre l’employé et sa patronne, et dans l’autre, l’interrogatoire d’Eliott par la police après la découverte du corps d’Erika dans sa piscine.

- Cooper Hoffman, Olivia Wilde
- © 2026 Magnolia Pictures. Tous droits réservés.
Avec I Want Your Sex, Araki prône le désir, la jouissance mais aussi le fait de suivre ses envies et fantasmes en se libérant de la peur et de la honte. Il ne pose cependant jamais de regard accusateur ou méprisant sur la jeunesse et montre un véritable souhait de comprendre et d’aider. Eliott est un jeune homme hétérosexuel archétypal, qui se cherche dans sa vie, son avenir, peine à exprimer ses sentiments et s’empêche de nouvelles expériences. Il est la vision qu’Araki se fait du jeune homme moyen, pour lequel il éprouve une grande tendresse, palpable tout au long du film, et renforce la figure du réalisateur en professeur extravagant et bienveillant. À son image, Erika Tracy est une figure de mentor cassant les codes, sorte de déesse des plaisirs, bonne fée masochiste venue se pencher sur Eliott pour changer sa vie. Elle n’est cependant pas une pure incarnation du réalisateur dans la diégèse. En effet, Araki se permet un portrait nuancé d’Erika qui, malgré son esprit libre et son magnétisme, n’est pas un modèle à suivre. Sorte de Jeff Koons nostalgique des folies de la révolution sexuelle, la jeune femme apparaît finalement comme assez pauvre émotionnellement, seule et cynique, se servant des autres et traitant le sexe comme une matière impersonnelle et monnayable, au service d’un art vidé de toute substance. Elle est également une force oppressive, figure de domination abusant de son pouvoir sur un jeune homme, son employé, se jouant de ses sentiments et surtout de son consentement. L’on peut ainsi y voir un constat d’Araki sur l’ouverture de la parole autour des violences sexuelles, qui doit s’accompagner d’un changement structurel afin de véritablement porter ses fruits, mais surtout une mise en garde contre la perte de contrôle et le fait de se perdre dans la sensualité au détriment du sentiment, de l’attachement humain.

- Cooper Hoffman, Mason Gooding
- © 2026 Magnolia Pictures. Tous droits réservés.
Formellement, I Want Your Sex reste, malgré son titre et son ton provocateurs, un film beaucoup trop sage. On retrouve un Gregg Araki loin de l’énergie de ses débuts et dont la mise en scène manque du percutant de Nowhere ou The Doom Generation. Le manque d’audace se fait ressentir tout au long du film autant dans la lumière que dans le montage ou les mouvements de caméra : l’ensemble se retrouve trop lisse, uniforme, fade, quand on le compare à l’anarchie qui a caractérisé Araki pendant une grande partie de sa carrière. Les quelques passages utilisant de l’animation sont sympathiques contribuent peu à installer une ambiance, un univers ou un véritable propos. Ces courts moments de fantaisie et la représentation du sexe, dans des scènes confinant au burlesque, diminuent grandement la charge érotique des actions des personnages et participent à une dédramatisation. C’est une manière qu’a le film de rendre les rapports sexuels moins chargés et anxiogènes. L’intrigue de thriller se mélange cependant mal au récit initiatique, les passages en fast forward coupant le flux du récit sans jamais conférer à cette autre temporalité la moindre tension ni le moindre mystère. De la même façon, la conclusion du film tombe à plat et laisse simplement l’impression d’un manque de véritable aboutissement dans l’écriture du script. Elle clôt le film sur une note amusante, mais n’offre rien de réellement signifiant.
Araki se fait ainsi peintre de son époque, cherchant des réponses sans tomber dans une dichotomie trop franche entre des jeunes coincés et d’anciennes générations libérées. Il souligne à quel point le sexe est une part intégrante de la vie humaine, qu’il faut explorer pour mieux vivre.
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