Le 31 janvier 2026
Le réalisateur italien signe probablement ici un de ses meilleurs films, tout en délicatesse entre drame intimiste et grand discours contemporain - ni trop personnel, ni trop prétentieux. Face au temps qui nous éclipse tous un jour, Sorrentino plaide le doute, l’éternel doute, et il a raison.
- Réalisateur : Paolo Sorrentino
- Acteurs : Toni Servillo, Anna Ferzetti, Orlando Cinque, Milvia Marigliano, Roberto Zibetti
- Genre : Drame, Romance
- Nationalité : Italien
- Distributeur : Pathé Distribution
- Durée : 2h13mn
- Date de sortie : 28 janvier 2026
- Festival : Festival de Venise 2025
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Résumé : Mariano De Santis, président de la République italienne, est un homme marqué par le deuil de sa femme et la solitude du pouvoir. Alors que son mandat touche à sa fin, il doit faire face à des décisions cruciales qui l’obligent à affronter ses propres dilemmes moraux : deux grâces présidentielles et un projet de loi hautement controversé.
Critique : Moins d’un ans après la sortie de l’énigmatique Parthenope, le réalisateur italien Paolo Sorrentino revient dans nos salles avec un thème on ne peut plus d’actualité : la légalisation de l’euthanasie. Rien de mieux alors qu’un président de la République comme personnage principal pour trancher, et rien de mieux non plus que l’acteur fétiche du réalisateur, Toni Servillo, pour l’incarner. C’est d’ailleurs un angle prévisible chez Sorrentino, qui apprécie tout particulièrement mettre en scène un personnage à la fois acteur et surtout spectateur de sa société contemporaine (La grande bellezza en est le parfait exemple). C’est un choix ici assez intéressant quand le sujet de la fin de vie est habituellement traité de l’intérieur au cinéma (on rappellera notamment Vortex de Gaspar Noé, ou bien sûr Amour de Michael Haneke).

- Crédit : Andrea Pirrello
Ainsi, ce chef d’État fictif, également juge retraité, se retrouve confronté à de multiples problématiques en plus du texte de loi clivant : non seulement doit-il traiter deux demandes de grâce, pour des meurtres dont les victimes étaient les conjoints des auteurs, mais encore cherche-t-il désespérément à trouver qui fut l’amant de sa défunte épouse quarante ans auparavant. Comme si cela ne suffisait pas, il est également empreint d’une crise existentielle que sa fin de mandat (il ne lui reste que six mois) symbolise. Voilà donc tous ces questionnements, grands et petits, qui traversent le personnage de La Grazia.
En théorie, les axes narratifs choisis par Sorrentino sont bien trop nombreux, trop différents au niveau des enjeux et du fond, si bien que le film risquait rapidement de sombrer dans un discours inintelligible. Mais ce n’est absolument pas ce qui en ressort, l’auteur parvenant à en faire une partition à la fois philosophique et mélancolique. C’est la petite histoire de Mariano (Toni Servillo), prisonnier du souvenir de l’être aimé mais aussi de sa trahison, qui apporte une humilité au propos de Sorrentino et surtout au titre osé de son film : La Grace. Car la grâce, c’est peut-être effectivement ce que les dialogues nous dévoilent : le doute. Et lorsque le président cherche frénétiquement des réponses concernant la valeur même de la vie auprès du pape, de son amie de toujours, des condamnés, c’est l’ancien juge qui se perd, et doit alors accepter que oui, la grâce, c’est bien le doute. Ainsi le film de Paolo Sorrentino frôle le cours de philo commandé par l’époque, mais le résultat final s’en tire très bien pour un sujet dont les enjeux demeurent vertigineux.

- Crédit : Andrea Pirrello
S’il n’abandonne cependant pas son style baroque, le réalisateur italien place tout de même davantage sa caméra en retrait que dans ses précédents films, au profit de l’histoire et des dialogues. Il n’y a plus vraiment les grands gestes de La grande belezza, mais il reste le grand mystère entourant Il Divo. Ou la grande farce. Car le film de Sorrentino ne manque pas d’humour pour évoquer la modernité qui frappe à la porte de Toni Servillo (ou à la sienne ?). Toujours est-il que le cinéaste signe probablement ici l’un de ses meilleurs films, tout en délicatesse entre drame intimiste et grand discours contemporain — ni trop personnel, ni trop prétentieux. Face au temps qui nous éclipse tous un jour, Sorrentino plaide le doute, l’éternel doute, et il a raison.
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