Critique

CINÉMA

La leçon de piano - la critique du film

Cours particulier

Le 21 novembre 2017

Palme d’or en 1993, La leçon de piano aborde les affres de la passion avec une beauté rare. Le deuxième plus gros succès pour une Palme en France après Pulp Fiction en plus de 30 ans.

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  • giridhar 29 janvier 2006
    La leçon de piano - la critique du film

    Le milieu du dix-neuvième siècle. Une jeune européenne, Ada Mc Grath (Holly Hunter) se rend en Nouvelle Zélande, accompagnée de sa fille Flora (Anna Paquin) et de son inséparable piano. Ada est muette. Elle doit épouser un homme qu’elle ne connaît que par lettres, Alisdair Stewart (Sam Neill). Elle débarque sur une plage déserte. Lorsque son futur mari arrive le lendemain pour la chercher, accompagné d’indigènes, il refuse de faire apporter le piano. Désespérée, Ada demande à un ami de son mari, Georges Baines (Harvey Keitel) de le récupérer. Il finit par accepter et l’installe chez lui. Il lui propose alors un marché : qu’elle se soumette à ses désirs et elle regagnera, touche par touche, son instrument...

    Grisaille, ténèbres, brumes et pluies au dedans comme au dehors. Tout n’est que boue et fange dans ce décor cauchemardesque, à la permanence horripilante, tandis que la pénombre règne à l’intérieur du personnage énigmatique d’Ada. Le spectateur ignore tout de sa vie, de son blocage psychologique, de ses motivations, et seules ses expressions de visage, merveilleusement rendues, il faut le reconnaître, par Holly Hunter, parviennent à traduire quelques bribes de sa vie intérieure. Autant dire que l’entrée dans cet univers glauque et dans ce personnage muré n’est pas une sinécure. 

    Assurément, l’histoire est originale. Jane Campion a d’ailleurs reçu en 1994 l’Oscar du meilleur scénario. Mais j’avoue que j’avais gardé un très mauvais souvenir d’une vision il y a une dizaine d’années. Mon impression est aujourd’hui mois absolue. Il n’en reste pas moins que l’abord de cette oeuvre multi récompensée reste pour moi très difficile. L’ouverture, esthétiquement superbe, de ce débarquement sur une plage du bout du monde, pour poétique qu’elle soit, me paraît relever de l’artifice, et cette impression persiste durant une bonne moitié du film. Il faut avouer que l’idée de cette femme, muette, européenne, partant seule avec sa fille au bout du monde, et débarquant avec un piano sur une plage déserte en 1850... C’est beaucoup ! Et ce n’est évidemment pas l’environnement mortuaire fait de jungle ruisselante, de ténèbres quasi permanentes, peuplé de femmes à moitié demeurées, qui évite la nausée et facilite la résonance avec les quatre personnages principaux. Ada lance à tout va des éclairs de fureurs qui foudroieraient un tigre, et ne communique qu’avec sa fille et surtout son piano, Alisdair a l’air d’un bénêt et Georges ressemble à un sauvage illettré. Quant au personnage de Flora (Anna Paquin, gratifiée, elle aussi d’un Oscar en 1994, celui du meilleur second rôle), il ne me semble pas non plus, c’est un euphémisme, attirer la sympathie. Il est particulièrement difficile d’entrer en communion ou même d’apporter un intérêt quelconque à un être dont la seule manifestation de vie est une volontée tendue vers un unique besoin, et dont, qui plus est, on ignore tout. C’est alors une forte envie de décrocher qui saisit.

    Puis, une subtile évolution se produit. Ada n’est plus le robot déshumanisé qu’elle affichait à son arrivée. Une transmutation intérieure s’est produite, et un lent transfert, de sensualité d’abord, d’affection ensuite, s’effectue de son instrument à l’homme qui l’aime. L’environnement est toujours aussi glauque, nocturne et pluvieux, mais une étincelle s’est allumée, une émotion surgit à laquelle il est possible de s’accrocher. Cet éveil d’Ada va d’ailleurs être, par ricochet, celui de son mari et de Georges. La passion se déchaîne, accompagnée de son habituelle complice, la violence. Et c’est au bout d’une heure quarante cinq qu’apparaît, subrepticement, un bref et minuscule coin de ciel bleu. Mais pas une seule fois le soleil n’aura physiquement paru dans cette oeuvre sombre à l’extrême (à l’excès ?) qui, pourtant, se clôt sur une note constructive. 

    C’est néanmoins une sensation de malaise qui subsiste lorsque le générique a fini de défiler. Mais un psychologue n’aurait certainement pas de mal à mettre au jour les blocages personnels qui le provoquent...

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