Le 26 février 2026
Un portrait de prophétesse illuminé et brûlant, habité par une rare vivacité.
- Réalisateur : Mona Fastvold
- Acteurs : Shannon Marie Woodward, Amanda Seyfried, Matthew Beard, Stacy Martin, Christopher Abbott, Tim Blake Nelson, Lewis Pullman, Thomasin McKenzie
- Genre : Drame, Biopic, Historique, Musical
- Nationalité : Américain, Britannique
- Distributeur : The Walt Disney Company France
- Titre original : The Testament of Ann Lee
- Date de sortie : 11 mars 2026
- Festival : Festival de Venise 2025
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Résumé : La fascinante et incroyable histoire vraie d’Ann Lee, fondatrice du culte religieux connu sous le nom de Shakers. Cette prophétesse passionnée, qui prêchait l’égalité entre les genres et la justice sociale et était adorée par ses fidèles.
Critique : Jésus est né à nouveau à Manchester et il s’appelle Ann Lee ou du moins c’est ce qu’a cru une petite communauté au XVIIIe siècle avec la ferveur des premiers chrétiens. Les shakers, venant à la fois des quakers et des camisards, se caractérisent par une expiation et une communion exprimée par des danses, chants et tremblements, mais aussi par la croyance que Dieu est à la fois mâle et femelle et sa seconde venue sur Terre doit être une femme. Charismatique et mystique, Ann Lee va les mener jusqu’au Nouveau Monde ; mieux encore, elle devient leur Mère, une incarnation divine et l’égale du Christ.
De ce cas unique dans l’histoire de la chrétienté, Mona Fastvold nous offre un film historique musical, habité par la foi et une fureur lyrique contagieuse. Suivant le chemin tracé par son titre, le film est un récit dans le récit, un véritable Évangile de la très sainte vie d’Ann Lee (Amanda Seyfried), raconté par son amie et disciple Marie (Thomassin Mackenzie). Cela amène une narration par la voix off un peu lourde et envahissante mais aussi un point de vue ambivalent sur les évènements présentés. Nous sommes face au gospel, au chant de la vie d’Ann Lee et ses visions, miracles et sermons sont présentés de son point de vue, avec le voile fantasmagorique de la foi. Fastvold ne dépouille jamais son héroïne de sa sainteté : Ann est complètement honnête, bonne, fervente ; elle croit véritablement en sa mission et ne cherche pas à devenir prophétesse pour le profit ou le pouvoir, elle travaille avec les siens et n’amasse aucune fortune. Elle laisse cependant planer le doute quant à la réalité des miracles d’Ann Lee, qui peuvent être interprétés comme de la chance ou du mythe et laisse au spectateur la liberté de l’avis final. Le charisme d’Ann reste sans aucune équivoque et cette force en elle pousse les autres à agir, devenant, d’une certaine façon, cause de miracles. Elle est le cœur battant, la gardienne de sa communauté. Cette piété sans bornes ni doutes peut sembler ennuyeuse pour un personnage de cinéma mais nous connaissons peu de choses de la vie de la véritable Ann Lee et encore moins son intériorité ; on peut noter une démarche honnête de la part de la réalisatrice qui ne comble pas les trous de l’histoire avec de la fiction. Cette manière de ne pas remettre en question les croyances d’Ann et des Shakers permet au long métrage de ne pas tomber dans un schéma récurrent des longs métrages sur la foi qui exprime un malin plaisir à faire tomber les anges du paradis.

- © 2025 Searchlight Pictures. All Rights Reserved.
Ann Lee, en tant que femme et prophétesse, est marquée par la sexualité ou plutôt le dégout qu’elle ressent pour cette dernière. De l’enfance où elle voit ses parents en plein acte à l’âge adulte où les rapports avec son mari sont dépourvus de sensualité et entachés par le traumatisme de la perte de ses quatre nourrissons, Ann est blessée dans sa chair et rejette la jouissance sexuelle qui devient pour elle la raison de l’éloignement entre l’humanité et Dieu. Là où cela est une pratique radicale voire même austère de la religion, le film n’adopte jamais cette épure et trouve ses plus grandes scènes dans la célébration du corps. Toutes les scènes de tremblements sont mémorables, les longs mouvements circulaires de caméra laissent les transes fiévreuses se déployer devant nous, au point où l’on pourrait souhaiter se joindre à la farandole. Ici, l’abandon des plaisirs charnels n’est pas un abandon du corps, ce dernier est le réceptacle de l’Esprit Saint et permet de communiquer avec le très haut. Il s’agit de cette liberté de mouvement ainsi que leurs opinions égalitaires (les shakers croient en l’égalité entre les sexes, s’opposent à la guerre et à l’esclavage) qui poussent les autres croyants à les accueillir avec violence.
Fastvold dresse le portrait de cette communauté presque comme celui d’une famille réunissant des hommes et femmes blessés par le monde et séduit par la foi solaire d’Ann et ses promesses de paradis sur Terre par la chasteté et le travail bien fait. Si folie il y a dans leur comportement et coutumes, elle n’est jamais une excuse pour tourmenter l’autre. On peut les trouver étranges mais ils ne font de mal à personne. Il y a beaucoup de respect dans le traitement de Mona Fastvold, elle ne les observe pas avec mépris et ne les présente pas comme une secte. Le film offre à son spectateur une spiritualité alternative, hors normes mais en aucun cas dangereuse. Les Shakers sont dans une démarche de sécession avec la société, les femmes refusent d’enfanter, les hommes refusent de combattre et cela justifie l’agressivité des autres : ne pas prendre part à la société fait d’eux des menaces pour cette dernière.

- © 2025 Searchlight Pictures. All Rights Reserved.
Évidemment, le film est porté par la performance d’Amanda Seyfried qui joue Ann Lee comme on ne l’a jamais vu jouer. Elle est à la fois fascinante, touchante et magnifique : on l’admire comme on la plaint et surtout, on comprend la dévotion qui l’entoure. Son talent vocal n’est pas à prouver mais est très bien exploité dans Le testament d’Ann Lee qui regorge de séquences musicales où l’actrice a l’occasion de briller. Les différentes compositions de Daniel Blumberg donnent un souffle vital au film et accompagnent ses meilleurs moments, on y retrouve des mélodies entrainantes inspirées d’airs de l’époque rendues extatiques par l’interprétation de l’ensemble du casting.
Dans Le testament d’Ann Lee, Mona Fastvold raconte à la fois l’histoire et le mythe de la seule prophétesse chrétienne à être vénérée comme une incarnation divine avec l’ambivalence qu’il convient à ce type de figure. Elle ne cherche pas déconstruire sa légende car celle-ci est trop peu connue, Ann Lee nous est présentée comme une femme à la vie marquée par le drame et accédant à un statut de facto divin sans que son personnage ne change véritablement, comme si cela résidait en elle depuis le début. Son dogme est à la fois égalitaire et austère, moderne et rétrograde, elle est un paradoxe, une anomalie souvent réduite à une prétendue folie. Fastvold rend hommage à sa détermination et à sa conception d’un corps comme outil spirituel dans une œuvre brillante qui éclaire l’idée de la foi d’une lumière autre.
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