Le 14 juin 2026
Le premier long métrage de Jacques Demy est un merveilleux poème sur la fragilité des amours et les aléas de la destinée, qui magnifie la ville de Nantes et offre une fabuleux écrin à Anouk Aimée.
- Réalisateur : Jacques Demy
- Acteurs : Anouk Aimée, Marc Michel, Élina Labourdette, Dorothée Blanck, Margo Lion, Corinne Marchand, Jacques Harden, Alan Scott
- Genre : Comédie dramatique, Romance, Musical, Noir et blanc
- Nationalité : Français
- Distributeur : Dulac Distribution, Unidex
- Durée : 1h30mn
- Reprise: 14 août 2013
- Box-office : 620 690 entrées France / 237 103 entrées P.P.
- Date de sortie : 3 mars 1961
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Résumé : Lola, danseuse de cabaret, éduque un garçon dont le père, Michel, est parti depuis sept ans. Elle l’attend, elle chante, danse, et aime éventuellement les marins qui passent. Roland Cassard, un ami d’enfance retrouvé par hasard, est très amoureux d’elle. Mais elle attend Michel…
Critique : Auteur de courts métrages remarqués dont Le sabotier du Val de Loire (1956), après avoir été formé à l’ETPC (École technique de photographie et de cinématographie), Jacques Demy passait au format long avec Lola. Le cinéaste réussit à convaincre le producteur Georges de Beauregard de financer son projet. La Nouvelle Vague florissait déjà depuis quelques années et ce film fut à Demy ce que Les 400 coups fut à Truffaut et À bout de souffle à Godard : le premier jalon d’une filmographie prestigieuse et une œuvre emblématique d’un courant majeur de l’histoire du cinéma français. D’ailleurs, dès les premières séquences, Lola frappe par ses liens avec les longs métrages précités : liberté de ton du scénario, tournage en extérieur privilégié, caméra côtoyant des passants tenant lieu de figurants. Demy cite même le personnage de Michel Poiccard (Belmondo dans À bout de souffle), évoqué en tant qu’ancien ami de Roland, qui a mal tourné… Mais le réalisateur n’omet pas les références externes à la Nouvelle Vague, admirées par ce courant : les films hollywoodiens (les projections au cinéma Katorza), Max Ophüls (à qui le film est dédié) ou Robert Bresson, via le personnage de Mme Desnoyers (Elina Labourdette), dont une photo de jeunesse laisse à penser qu’elle pourrait être l’ex-danseuse des Dames du bois de Boulogne.
Bercé par la musique de Michel Legrand et des compositions additionnelles de Mozart ou Bach, Lola est un enchantement, poème sur les désillusions de l’amour et les aléas de la destinée. Les protagonistes se croisent au gré de hasards et coïncidences, et semblent reproduire le parcours de certains des êtres qu’ils rencontrent. Lola (Anouk Aimée) est une danseuse de cabaret qui attend désespérément le retour de Michel (Jacques Harden), le père de son petit garçon, qui est parti sept ans auparavant. Elle retrouve son ami d’enfance Roland (Marc Michel), épris d’elle mais sans espoir d’amour partagé. Roland fait la connaissance de Mme Desnoyers et sa fille Cécile, qui rêve d’être danseuse ; la jeune fille se lie d’amitié avec un marin américain, Frankie (Alan Scott), qui n’est autre que l’amant de passage de Lola… Pendant ce temps, une femme peintre (Margo Lion) prétend avoir croisé son fils disparu depuis sept ans, un fils qui s’appelle Michel…
Cette valse des relations annonce d’autres œuvres majeures de Demy, comme Les demoiselles de Rochefort (1967) et Une chambre en ville (1982), avec cette province idéalisée, ces couples qui se fondent, se séparent ou se retrouvent. Le ton est moins euphorique que dans Les Demoiselles…, et moins tragique que dans Une chambre en ville. L’aspect mélancolique annonce plutôt Les parapluies de Cherbourg (1964), ne serait-ce qu’avec le personnage de Roland, qui deviendra dans Les Parapluies le mari de Geneviève (Catherine Deneuve). Notons qu’Anouk Aimée reprendra elle aussi son personnage de Lola, mais dans Model Shop (1969). Quant à l’humour, discret mais récurrent, il fait plutôt songer à la tonalité fantaisiste de Peau d’âne (1970).
Plus d’un demi-siècle après sa sortie, on est toujours subjugué par la grâce de Lola et ses diverses séquences désormais cultes, du ralenti sur Frankie et Cécile à la fête foraine, à la réconciliation de Lola et Roland sur le passage Pommeraye somptueusement éclairé par Raoul Coutard, en passant par le chant de Lola pendant les répétitions. Anouk Aimée trouva ici le rôle de sa vie, six ans avant d’être dirigée par Lelouch dans Un homme et une femme. En 2012, Lola a été l’objet d’une restauration, effectuée par Ciné-Tamaris, la Fondation Technicolor pour le Patrimoine du Cinéma et la Fondation Groupama Gan, sous la supervision d’Agnès Varda.
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