Le 20 février 2026
Une adaptation honnête et soignée de Simenon, aux accents chabroliens, et interprétée à la perfection.
- Réalisateur : Pascal Bonitzer
- Acteurs : Irène Jacob, Denis Podalydès, Anne Alvaro, Dominique Reymond, Olivier Rabourdin, Hugues Quester, Julia Faure, Laurent Poitrenaux, Micha Lescot, Noël Simsolo, Matthieu Lucci, Manuel Guillot
- Genre : Policier / Polar / Film noir / Thriller / Film de gangsters
- Nationalité : Français, Belge
- Distributeur : Pyramide Distribution
- Durée : 1h20mn
- Date de sortie : 18 février 2026
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Résumé : Le commissaire Maigret est appelé en urgence au Quai d’Orsay. Monsieur Berthier-Lagès, ancien ambassadeur renommé, a été assassiné. Maigret découvre qu’il entretenait depuis cinquante ans une correspondance amoureuse avec la princesse de Vuynes, dont le mari, étrange coïncidence, vient de décéder. En se confrontant aux membres des deux familles et au mutisme suspect de la domestique du diplomate, Maigret va aller de surprise en surprise...
Critique : Il s’agit de l’adaptation du roman Maigret et les vieillards, que Georges Simenon avait publié en 1960. Le titre choisi par Bonitzer et ses producteurs est sans doute plus vendeur, mais correspond également à l’esprit du long métrage, qui mêle les thèmes de l’amour et de la mort. Les romans de Simenon ont la particularité d’avoir été à l’origine de très bons films de cinéma, et en particulier les fictions mettant en scène le commissaire Maigret. De La tête d’un homme (1933) de Julien Duvivier au Maigret (2022) de Patrice Leconte, en passant par des longs métrages signés Renoir, Tourneur et même Delannoy, le bilan est globalement positif. On pouvait compter sur Pascal Bonitzer pour apporter sa pierre à l’édifice. On a aimé le coscénariste de pépites signées Téchiné (Le lieu du crime) ou Breillat (L’été dernier). Et son dernier film en tant que réalisateur (Le tableau volé) avait plutôt laissé une bonne impression. Conscient que la figure de Maigret a tout de même souffert d’une usure télévisuelle consécutive à des décennies d’épisodes (malgré les qualités de certains d’entre eux et le talent des acteurs Jean Richard et Bruno Cremer), Bonitzer a compris qu’il lui fallait attirer l’attention. Mais il a paradoxalement solutionné le problème en optant pour une modestie louable, sans chercher à s’approprier ou détourner le matériau.

- © Pyramide Distribution
Cette modestie se manifeste par la limpidité du dispositif (une enquête résolue de façon traditionnelle dans le cadre d’une stricte linéarité), sa durée (cent minutes, quand tant d’œuvrettes s’étirent sur plus de deux heures), et un charme discret tenant notamment dans le fait d’assumer maints aspects désuets (Mme Maigret, femme au foyer préparant des petits plats pour son époux). À propos de son illustre personnage, Bonitzer a déclaré dans le dossier de presse : « Il est lié à une sorte de pérennité de l’enquête psychologique, personnelle, à l’institution qu’était le Quai des Orfèvres et qui, depuis peu, n’existe plus. Les enquêtes, aujourd’hui, sont sous la domination de la police technique et scientifique. Maigret incarne donc la fin d’un monde, celui de l’enquête à l’ancienne. J’ai choisi de situer l’histoire au début de notre siècle, avant l’arrivée des smartphones et le déferlement d’Internet, et non aujourd’hui, car en 2026, Maigret n’existerait tout simplement plus. » Cet entre-deux crée un décalage savoureux. L’immersion du commissaire dans le milieu de la grande bourgeoisie et de l’aristocratie parisiennes est en outre prétexte à croquer une belle galerie de personnages à la fois élégants et sournois, Bonitzer prolongeant ici une fibre chabrolienne, mais on peut préciser que cette critique sociale apparaissait aussi dans le roman.

- © Pyramide Distribution
Défilent ainsi sous nos yeux une aristocrate inflexible (Dominique Reymond), une gouvernante bigote (Anne Alvaro), un notaire coriace (Hugues Quester), un antiquaire ambigu (Micha Lescot), un bourgeois hypocrite (Laurent Poitrenaux) ou un prêtre traditionaliste (Noël Simsolo). C’est tout à l’honneur de Bonitzer de se référer à une certaine période du cinéma français où les seconds rôles étaient pittoresques et conféraient une réelle plus-value à de nombreux métrages. L’objectif est ici atteint, surtout si l’on ajoute André Marcon en chef de la police, Olivier Rabourdin en haut responsable ou Irène Jacob en épouse dévouée. Ce petit monde se confronte avec vivacité au commissaire campé par un Denis Podalydès qui ne démérite pas face à ses illustres prédécesseurs de cinéma qu’étaient Harry Baur, Pierre Renoir, Albert Préjean, Jean Gabin et Gérard Depardieu. Mais Maigret et le mort amoureux ne saurait se réduire à un film d’acteurs : la mise en scène est tout à fait honorable avec notamment le jeu sur le contraste des décors (des appartements cossus aux espaces dépouillés de la police judiciaire) ou le montage apte à saisir la nervosité du récit. Sans être un film immense, le long métrage de Bonitzer est donc séduisant et de bonne tenue, et mérite tout à fait le détour dans une salle de cinéma.
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