Le 2 janvier 2026
Un ouvrage agréable et instructif sur l’un des plus importants réalisateurs. On apprécie la richesse des contributions et analyses proposées par ce catalogue de la Cinémathèque française.
- Réalisateur : Orson Welles
- Auteur : Frédéric Bonnaud
- Editeur : Éditions de la Table Ronde
- Genre : Beaux Livres, Cinéma
- Nationalité : Française
- Date de sortie : 18 septembre 2025
- Plus d'informations : Le site de l’éditeur
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Résumé : Génie précoce du théâtre new-yorkais et vedette de la radio, Orson Welles s’impose très jeune comme un créateur hors norme, à la fois acteur, metteur en scène, producteur, adaptateur, directeur de troupe, spécialiste et vulgarisateur de Shakespeare. Après des débuts tonitruants et devenus légendaires avec CITIZEN KANE (1941), chef-d’œuvre visionnaire et film-manifeste d’un cinéma profondément personnel et novateur, il est rapidement marginalisé par Hollywood, trop libre, trop audacieux. Commence alors une carrière de cinéaste décousue et mouvementée, marquée par des œuvres abîmées par leurs commanditaires mais aussi de nouveaux chefs-d’œuvre tels que LA SOIF DU MAL (1958) ou FALSTAFF (1966). À la fois homme de spectacle, star mondiale après LE TROISIÈME HOMME (1949) et intellectuel en cinéma, il est l’homme de tous les paradoxes.
Critique : Coordonné par Frédéric Bonnaud, directeur général de la Cinémathèque française, cet ouvrage passionnant et documenté accompagne l’exposition que l’institution consacre à Orson Welles, du 8 octobre 2025 au 11 janvier 2026. Richement illustré (du matériel publicitaire pour Othello aux photos de tournage de Monsieur Arkadin, en passant par un rapport d’enquête du FBI couvrant la période 1941-56), le livre réunit articles et interviews d’époque et analyses plus récentes. Les coauteurs du catalogue sont donc très variés, de John Berry (Native Son) à Costa-Gavras (Welles et la Cinémathèque française), de Gregg Toland (Kane) à José Luis Borges (Un film accablant) à Sartre (Quand Hollywood veut faire penser...) et Aragon (Ces œuvres qui sont comme l’amour…) Où l’on découvre que Welles a suscité à la fois une fascination et une méfiance chez beaucoup de ses contemporains : un artiste important, semblaient penser beaucoup d’entre eux ; mais un cinéaste trop excentrique et personnel selon les observateurs américains, et trop… américain ou pas assez anti-système selon des intellectuels européens ! My Name is Orson Welles captive par la richesse de ses contributions, Welles étant ici un objet d’études comme Kane a pu l’être dans Le film qui a rendu le réalisateur mondialement célèbre.

- © Table Ronde. Tous droits réservés.
Comment l’auteur du long métrage longtemps considéré comme le plus important du septième art a-t-il pu consacrer sa vie professionnelle a des projets souvent inaboutis ou non concrétisés ? L’ouvrage n’occulte pas les éclatantes réussites que furent La dame de Shanghai ou La soif du mal. Mais il excelle aussi à montrer comment les trahisons des producteurs ou les aléas de tournage ont empêché Welles de finaliser de nombreux projets. My Name is Orson Welles tente aussi de mettre en avant certains malentendus, comme la légende qui a diffusé l’idée que Welles était persona non grata à Hollywood, à l’origine de son exil européen entre 1947 et 1955 puis de 1958 à 1970. Car, comme le montre François Thomas, si le cinéaste, blanchi par le maccarthysme, n’était certes pas le yes man attendu des studios, il a toujours eu des propositions : c’est lui qui, en Espagne ou en France, a préféré bénéficier de conditions de tournage plus avantageuses et de son droit au final cut. La lecture de ce catalogue apporte donc une mine d’informations pour le cinéphile, qui en apprendra plus sur les paradoxes de Welles, amoureux de l’Espagne mais exécrant le franquisme, célébré dans les écoles de cinéma dans les années 70 et 80, tout en étant, aux États-Unis, « facilement rabaissé au rang d’ex-génie obèse, à l’image d’un Elvis, d’un Brando et d’un Brian Wilson, comme si l’obésité était une preuve évidente d’indiscipline ou d’échec artistique. » (Matthew Aprey Gear, page 387).

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On pourra juste regretter le manque d’analyses filmiques d’œuvres de Welles. Mais cette réserve est un détail, compte tenu de la richesse de l’ouvrage, qui n’omet pas quelques anecdotes savoureuses, à l’image de ce passage dans lequel Paolo Mereghetti nous informe des clauses du contrat d’Orson Welles, acteur star du Troisième homme, qui avait le choix « entre une rémunération de 100 000 dollars et 20 % des bénéfices du fim. » Welles opta pour l’argent liquide et s’en voulut toute sa vie, compte tenu du triomphe international du film… Et l’on a la confirmation, fait important dans la filmographie du cinéaste, que Welles donna pour ce tournage des conseils au metteur en scène Carol Reed, mais que ce dernier (ainsi que le romancier Graham Greene) sont bien les auteurs véritables de ce classique du cinéma d’après-guerre. Au final, on ne saurait que recommander au lecteur ce livre agréable et instructif.
464 pages - 170 x 210 mm EAN : 9791037115249 ISBN : 9791037115249
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