Le 10 mars 2026
Un merveilleux voyage dans la féérie des prénoms dont seule Yurith Aviv est capable entre goût profond de l’autre et ouverture sur toutes les cultures du monde.
- Réalisateur : Nurith Aviv
- Genre : Documentaire
- Nationalité : Français
- Distributeur : Les Films d’Ici
- Durée : 1h22mn
- Date de sortie : 11 mars 2026
- Festival : Festival de Berlin 2026
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Résumé : "Le prénom est un don, un choix, un message, qu’on peut questionner, interpréter, réinventer, tout au long de sa vie". Nurith Aviv a demandé à treize de ses amis de se raconter à travers leur prénom. S’ils s’expriment en français, leurs prénoms mêlent leur histoire personnelle et la grande Histoire, notamment la colonisation, la Shoah, le communisme, mai 1968, la répression de Tian’anmen en 1989 ainsi que la révolution islamique. Bien que ces histoires soient singulières et très différentes les unes des autres, elles résonnent entre elles, suscitant des liens inédits.
Critique : On se souvient encore de l’attention magnifique de Nurith Aviv pour le langage et ce qu’il contient de plus sensible pour habiter les portraits qu’elle tisse dans son film Lettre errante. À sa manière, la documentariste dénoue de nouveau le fil de la parole, mais cette fois à travers le prénom de ceux qu’elle décide de capte par sa caméra. Pour notre plus grand bonheur d’ailleurs, elle commence par Agnès, le prénom de celle qui a été peut-être été pour Nurith un mentor au cinéma, Agnès Varda. Puis, dans un film très fluide, très agréable à regarder (même les yeux fermés), elle égrène les lettres de l’alphabet, rattachant presque chaque lettre à un prénom et une figure amicale. Et à chaque fois, depuis le ciel qui commence le film, le lien s’établit entre les personnes par un bouquet de fleurs qu’elles posent dans leur intérieur. Car ces témoins ne font pas qu’ouvrir l’intimité de leur histoire familiale, ils permettent de rentrer dans leur salon, depuis la porte d’entrée où Nurith a offert les fleurs.
Prénoms est une expérience cinématographique qui forme un tout cohérent avec l’œuvre toute entière de Nurith Aviv. La cinéaste a à cœur de montrer combien la judéité est un fil rouge du vivre-ensemble, rassemblant des brides de l’histoire de l’humanité et créant une sorte d’universalité des parcours de vie. Les prénoms synthétisent d’ailleurs à la fois la petite histoire de parents, parfois douloureuse, qui ont choisi de donner cette appellation à leur enfant, et celle de tout un pays grâce aux étymologies merveilleuses de chaque prénom. Parfois même, plus qu’un prénom, c’est l’histoire d’une nation qui s’engage comme cette femme iranienne qui a le nom de l’assemblée de députés en Iran, quand il y avait encore un soupçon de démocratie, il y a hélas bien longtemps.

- © Nurith Aviv
Le cinéma de Nurith Aviv est un cinéma expérientiel qui puise sa substance dans les visages du quotidien. En l’occurrence, les individus qu’elle interroge ici sont tous issus de son réseau amical. Et pourtant, elle ne réalise pas une autofiction. Finalement, elle aurait pu filmer d’autres personnes : le trait commun demeure, en dehors d’Agnès Varda, un prénom hors des sentiers battus, et porteur d’une histoire familiale et sociale personnelle. D’ailleurs, la réalisatrice commence elle-même son aventure des prénoms par décrire comment le sien a été fabriqué et comment son orthographe même témoigne d’une dimension intime originale.
Prénoms a été présenté à la Berlinale en 2026. À ce titre, il démontre que derrière l’apparente facilité du propos, se drape une professionnalisation de l’image très précise. Les grands artistes demeurent souvent des personnes qui, quand elles exécutent le geste créateur, semblent mues par une facilité déconcertante. Le travail de Nurith Aviv est évident, surtout quand il s’agit de faire parler des gens sur un trait de leur intimité des plus intimes.

- © Nurith Aviv
La plupart des personnes que film Nurith Aviv sont des femmes. Comme un signe que l’histoire du monde se tisse à partir des femmes qui font bouger les choses. D’ailleurs, beaucoup des témoignages parlent d’un parcours migratoire subi ou choisi. L’exil, la rencontre interculturelle donnent une tonalité particulière à ces prénoms qui ne sont finalement qu’un prétexte à se raconter. Et la judéité, fil conducteur des œuvres de la documentariste se noue subtilement dans ces aventures humaines qui cherchent à percer le mystère de leur propre humanité.
La générosité de Nurith Aviv est évidente. Elle donne la parole à des personnes qui n’ont d’autre matière à offrir que le récit de leur prénom. Le voyage auquel elle nous convie alors est magnifique, à l’instar de ces sourires somptueux qui parent chacun des témoins du long métrage.
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