Le 13 mai 2026
Un bijou de sensibilité qui contourne tous les clichés pour proposer le portrait humaniste et touchant d’une micro-communauté recomposée.
- Réalisateur : Kōji Fukada
- Acteurs : Takako Matsu, Ken’ichi Matsuyama, Shizuka Ishibashi
- Genre : Drame, LGBTQIA+
- Nationalité : Japonais
- Distributeur : Art House Films
- Durée : 1h50mn
- Titre original : Nagi Notes
- Date de sortie : 7 octobre 2026
- Festival : Festival de Cannes 2026
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– Festival de Cannes 2026 : Sélection officielle, En compétition
Résumé : Yuri, architecte divorcée, rend visite à son ancienne belle-sœur Yoriko, sculptrice installée dans le village de Nagi. Ce séjour, d’abord envisagé comme une simple parenthèse, prend une tournure inattendue lorsque Yuri accepte de poser pour elle. Au fil des séances, les silences se peuplent de souvenirs, et un lien profond, longtemps enfoui, ressurgit entre les deux femmes. Loin de l’agitation de Tokyo, Yuri se laisse gagner par la douceur du quotidien rural et la vie des habitants. Les jours passent, comme si quelque chose, ici, l’invitait à rester.

- © 2026 Festival de Cannes
Critique : Avec ce beau portrait d’une femme en quête de sérénité et cherchant à trouver un nouveau sens à sa vie en séjournant quelque temps chez son ex-belle-sœur, Kōji Fukada réalise son œuvre la plus épurée et la plus touchante. On avait découvert le cinéaste en 2016 avec Harmonium (2016), récit d’une famille déstabilisée après l’intrusion d’un tiers, qui mêlait avec force chronique psychologique et polar onirique. L’un de ses autres films marquants était L’infirmière (2019), oppressante histoire d’une soignante prise dans un engrenage machiavélique, où le réalisateur se penchait sur les moyens avec lesquels une société pouvait pousser ses membres à la névrose. Quelques jours à Nagi semble plus apaisé dans sa narration, et marqué par une sobriété de style rapprochant ici le réalisateur de ses compatriotes Hamaguchi et Kore-eda qui comme lui font partie de la compétition officielle cannoise 2026. Sans doute cela est-il dû en partie au matériau littéraire initial, puisque le long métrage est tiré de la pièce Tōkyō Notes d’Oriza Hirata, elle-même inspirée par le film Voyage à Tokyo.

- © 2026 Kōji Fukada. Tous droits réservés.
Ici, ce n’est pas le parcours d’un couple de vieillards se rendant dans la capitale pour rendre visite à leurs enfants, mais celui d’une architecte quittant l’agitation urbaine pour se ressourcer dans une bourgade. Yuri était l’épouse du jeune frère de Yoriko, devenue sculptrice. Après le divorce de Yuri, les deux femmes sont restées amies mais ont eu peu l’occasion de se revoir. Entre souvenirs du passé, appréciation des retrouvailles et évocation des projets, Yuri trouve un réel plaisir à s’immerger dans un cadre rural, d’autant plus que la présence d’un voisin bienveillant n’est peut-être pas pour lui déplaire. Le pitch peut paraître trompeur : Quelques jours à Nagi n’est pas un énième film sur les vertus supposées d’une ruralité à redécouvrir, et nul discours moralisateur décrétant que « le bonheur est dans le pré » n’est asséné au public. La sagesse qui imprègne le scénario est tout autre : c’est celle de personnages rêvant d’un idéal mais conscients de ses limites. De même la psychologie des personnages est d’une réelle nuance, et le cinéaste joue intelligemment avec les scènes révélant des faux-semblants ou avec des plans à double lecture.

- © 2026 “Nagi Notes” Film Partners / Survivance / Momo Film Co. Tous droits réservés.
Le spectateur s’interroge ainsi sur le sens d’un regard éclatant de douceur entre deux femmes, ou sur les intentions profondes de deux adolescents annonçant à Yuri leur volonté de quitter le pays pour rejoindre Taïwan et vivre leur amour. Ainsi, malgré la limpidité de sa narration et la profusion de ses dialogues, Quelques jours à Nagi ne cherche jamais, et c’est tant mieux, à mettre les points sur les i, tout en distillant un ton tchekhovien qui lui confère une authentique profondeur. Les actrices se meuvent avec délicatesse au dispositif et le duo formé par Takako Matsu et Shizuka Ishibashi fonctionne à merveille. Après Love on Trial qui n’était pas dépourvu de qualités mais s’inscrivait dans un registre mineur, Kōji Fukada réalise une réussite complète qui confirme son importance dans le cinéma japonais.
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