Le 23 novembre 2024
Un documentaire insolite et séduisant sur deux artistes, un poète du cinéma et une actrice culte, en apparence aux antipodes. Les admirateurs de Pasolini ou de Béatrice Dalle pourront y trouver leur compte.


- Réalisateur : Fabrice Du Welz
- Acteur : Béatrice Dalle
- Genre : Drame, Documentaire, Road movie, Noir et blanc
- Nationalité : Français, Belge
- Distributeur : Carlotta Films
- Durée : 1h20mn
- Date de sortie : 20 novembre 2024

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Résumé : Septembre 2022, Béatrice Dalle arrive en Italie. À l’origine de ce voyage, il y a le désir de marcher sur les traces de Pier Paolo Pasolini, l’homme de sa vie. D’Est en Ouest, du Nord au Sud, elle parcourt les décors de son rêve afin qu’advienne la rencontre. Ce film relate l’histoire de sa quête...
Critique : Présenté au Festival de Locarno 2024, La Passion Béatrice est né de la volonté de Fabrice Du Welz de tourner un documentaire sur Béatrice Dalle, après n’avoir pas pu diriger l’actrice dans Vinyan et Alléluia. Très vite, le désir de croiser son portrait avec celui de Pasolini s’est imposé, en raison d’une part de l’admiration de la comédienne pour le réalisateur de Théorème et d’autre part des points communs entre ces deux artistes si dissemblables en apparence : genre, activité, personnalité… Mais l’interprète de 37°2 le matin et La vengeance d’une femme a connu, comme le cinéaste poète, un parcours chaotique et s’est, elle aussi, brûlé les ailes dans son rapport aux autres, ses prises de risques et addictions. Coécrit avec le scénariste Clément Roussier, qui accompagne Béatrice Dalle dans son parcours italien, La Passion Béatrice part d’un prétexte à la fois insolite et anodin : suivre les traces du poète italien, en s’arrêtant dans quelques lieux révélateurs de sa vie et son œuvre : Bologne, Rome, Venise, mais aussi Ginosa ou le castel del Monte.
- © 2024 Saint Laurent Films, Vixens / Carlotta. Tous droits réservés.
Le long métrage, qui bénéficie d’un beau noir et blanc de Marco Graziaplena, est formellement élégant, dans la lignée des reportages de Cinéma, cinémas, l’émission culte de Michel Boujut et Anne Andreu, dans les années 80. Le cinéphile passionné par les œuvres de Pasolini et ou la filmographie et le jeu d’actrice de Dalle ne pourront être qu’intéressés, d’autant plus que le témoignage de proches de Pasolini ou de spécialistes apporte un éclairage instructif, de la scénariste Dacia Maraini à l’archiviste Roberto Chiesi, du restaurateur Sergio Leoni au cinéaste Abel Ferrara, qui avait narré les derniers jours du cinéaste dans son Pasolini, en 2014. Béatrice Dalle, forcément omniprésente dans ce road movie pas comme les autres, est délicieuse de franchise, d’humour noir et de sensibilité.
- © 2024 Saint Laurent Films, Vixens / Carlotta. Tous droits réservés.
Mais, et c’est une des limites du documentaire, elle pose un peu trop pour la caméra et finit parfois par en faire des tonnes, ce qui n’empêche pas le spectateur d’apprécier ses propos, au demeurant touchants, même si l’on reste un peu frustré de la voir si peu évoquer ses rencontres professionnelles, la diva ayant tout de même tourné avec Beineix, Doillon, Bellocchio, Claire Denis, Lelouch ou Haneke. Un plan long plan fixe illustre d’ailleurs le charme et les failles du dispositif : L’actrice assiste, en pleurs, à la projection de L’Évangile Saint Matthieu, comme un triple hommage, à Pasolini, mais aussi Dreyer (c’était clair avec le titre du documentaire) et Godard. Que les larmes soient sincères ou artificielles importe peu : le moment est d’une réelle grâce, tout en relevant de l’idée un brin facile. Dans tous les cas, La Passion selon Béatrice mérite un détour et pourra être un prétexte pour découvrir ou revoir, outre les films déjà cités, ces sommets du septième art que sont Accattone ou Salò ou les 120 journées de Sodome.