Le 20 mai 2026
Le retour de Kurosawa sur les écrans marque l’aboutissement d’une carrière de cinéaste qui frôle la perfection, tant dans l’écriture que l’extrême précision de la mise en scène. Une œuvre qui devrait compter dans l’histoire du cinéma japonais.
- Réalisateur : Kiyoshi Kurosawa
- Acteurs : Joe Odagiri, Masahiro Motoki, Yuriko Yoshitaka, Tasuku Emoto, Masaki Suda, Munetaka Aoki, Ryōta Miyadate
- Genre : Drame, Thriller, Historique
- Nationalité : Japonais
- Distributeur : Art House Films
- Durée : 2h27mn
- Titre original : Kokurojo
- Festival : Festival de Cannes 2026
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– Festival de Cannes 2026 : Sélection officielle, Cannes Première
Résumé : Dans le Japon féodal, le seigneur Murashige se retranche dans son château et y fait prisonnier son ennemi, le stratège Kanbei, qu’il décide d’épargner. Au fil des saisons, des crimes inexpliqués viennent troubler l’ordre des lieux ; Murashige mène l’enquête, mais se heurte chaque fois à une pièce manquante que seul Kanbei, depuis sa cellule, semble capable de déchiffrer. Entre méfiance et emprise, leur relation se transforme, tandis que de nouveaux meurtres surviennent et que Murashige perd peu à peu le contrôle de ce qui se joue dans son propre château…

- © 2026 Festival de Cannes
Critique : Aborder un film japonais plongé dans le XVIe siècle n’est pas un exercice simple pour le spectateur. En effet, comprendre les codes d’honneur et les enjeux des samouraïs oblige à maîtriser un ensemble de concepts et principes propres à la culture japonaise. Et pourtant, Kiyoshi Kurosawa parvient à réaliser une œuvre à complexe, très documentée, et en même temps d’une incroyable accessibilité. Quand au bout de 2h30, l’écran s’éteint l’impression qui survient est celle d’avoir tout compris du fonctionnement des royautés japonaises, sans être en capacité de donner une lecture synthétique du film. C’est là que la preuve du génie est perceptible, quand un long-métrage paraît d’une confondante simplicité, tout en demeurant impossible à résumer.
Kiyoshi Kurosawa est plutôt connu en France pour des films fantastiques, dont le récent et très mystérieux Chime ou encore en 2018 Invasion. En même temps, le cinéaste japonais présente une filmographie inclassable qui touche à tous les genres, avec pour certains films le risque de paraître en proie à une certaine vacuité. Le château d’Arioka arrive dans la carrière du réalisateur comme un signal qu’il a dépassé ce qu’on croyait possible au cinéma. Le long-métrage fait la démonstration d’une écriture et d’une mise en scène au couteau, dans la mesure où chaque geste des acteurs, chaque plan, chaque façon d’aborder l’image, chaque détail dans le décor sont d’une exceptionnelle maîtrise. Le spectateur, en sortant de la salle, a l’impression d’avoir visionné un monument cinématographique, qui prend ses racines dans la diction théâtrale et la technicité propre au septième art.

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Le château d’Arioka est absolument éblouissant dans l’appropriation de l’espace scénique. Le cinéaste reconstruit une forteresse japonaise à l’intérieur de laquelle évolue un monde autant marqué par la guerre que la grande finesse de la culture japonaise. Les personnages semblent avalés par des lieux qui font figure à la fois de puissance et de fragilité. On peine à prendre la mesure que le château échappe aux invasions de clans rivaux, tant les objets qui composent l’intérieur des pièces, les pas des habitants semblent emprunts d’une forte vulnérabilité.
Voilà un film qui doit être revu plusieurs fois pour en comprendre toute la richesse. D’abord, il faut noter la très grande multiplicité des noms qui peuvent induire une importante confusion chez les spectateurs peu familiers avec la langue japonaise. Le long-métrage est donc une invitation à être revisité. Il ne faut surtout pas céder à une compréhension de façade, ou pire une projection ethnocentrique des enjeux de codes d’honneur chez les samouraïs. On pressent que le réalisateur s’est approprié non seulement l’histoire des dynasties de son pays mais surtout toutes les règles qui en définissent le fonctionnement. Certes, les films de samouraïs sont pour les Japonais ce que le western est aux Américains. Mais le réalisateur s’attache à créer une œuvre extrêmement maîtrisée, où chaque détail, chaque geste accompli par les comédiens demeurent au service d’une histoire du Japon, cruelle et féérique à la fois.
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