Le 20 octobre 2026
Ce premier long métrage de Todd Haynes combine avec bonheur poésie, horreur et subversion. Magistrale adaptation de trois romans de Genet, le film pose les fondements de l’univers du cinéaste.
- Réalisateur : Todd Haynes
- Acteurs : Susan Norman, Rob LaBelle, Scott Renderer, Edith Meeks, Larry Maxwell, James Lyons, Andrew Harpending
- Genre : Drame, Fantastique, Épouvante-horreur, Expérimental, LGBTQIA+
- Nationalité : Américain
- Distributeur : Les Acacias
- Durée : 1h25mn
- Reprise: 21 octobre 2026
- Âge : Interdit aux moins de 16 ans
- Date de sortie : 27 novembre 1991
- Festival : Festival de Berlin 1991
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– Reprise en version restaurée : 21 octobre 2026
Résumé : Un essai en forme d’hommage à Jean Genet, contant en trois volets, trois petites histoires sur la déviance sous toutes ses formes : HEROS, ou comment un garçon de sept ans en arrive à tuer son beau-père ; HORROR ou comment un scientifique désireux de percer le mystère de la libido devient accidentellement un meurtrier ; HOMO, ou l’histoire d’amour entre deux prisonniers.
Critique : Premier long métrage de Todd Haynes, qui avait jusque-là signé trois courts métrages et un clip musical, Poison est une œuvre essentielle. Le projet est né de l’admiration du réalisateur pour l’œuvre de Jean Genet et de sa volonté d’en adapter trois romans : Notre-Dame-des-Fleurs, Journal du voleur et Miracle de la rose. Le cinéaste a pu déclarer à ce sujet : « Je me suis dit qu’un film pouvait être un acte de résistance, qu’il pouvait rappeler le rôle que le mode de vie gay avait toujours tenu en défiant les normes sociales. Avec tout cela à l’esprit, j’ai pensé à Jean Genet — il n’y avait pas d’artiste plus saisissant et intrépide que lui. Bien qu’il ait été une figure éminemment politique, la radicalité de son travail révélait aussi une puissance poétique. » Pourtant, l’homosexualité n’est abordée directement que dans l’un des trois récits, entremêlés dans un montage superbe. Homo suit ainsi les tourments d’un détenu de la prison de Fontenal, attiré par un autre prisonnier qu’il avait connu dans une maison de correction pour mineurs quelques années auparavant. Les deux autres histoires sont complémentaires, bien que différentes en apparence, tant par leur contenu que par leur style.

- © 1991 Bronze Eye Productions - Killer Films - Poison L.P. Tous droits réservés.
Horror raconte les déboires d’un scientifique qui a bu par inadvertance un élixir de la sexualité humaine, lequel le transforme en meurtrier contagieux et purulent. Quant à Hero, il s’agit pour l’essentiel d’un faux reportage relatant le cas de Ritchie, un enfant de sept ans qui a tué son père avant de s’enfuir. Cette partie du scénario est un pavé dans la mare de l’American way of life : les pires aspects de la vie familiale, notamment les violences parentales et conjugales, y sont mis en évidence. Le décalage des interviews de témoins, parfois à la limite de l’humour pince-sans-rire, contraste avec le caractère glauque des relations de Ritchie avec ses proches ou ses camarades de classe. D’une audace sexuelle peu fréquente dans le cinéma du début des années 1990, encore frileux sur la question homosexuelle, Homo est le segment qui fait le plus explicitement référence à Genet. Le quotidien tendu et sombre d’un pénitencier alterne avec des flash-back sur une adolescence filmée dans des teintes plus claires, mais où le paradis perdu n’est que l’arbre qui cache la forêt des humiliations et des vexations. Horror se révèle tout aussi cauchemardesque que les deux autres récits, avec une histoire qui oscille entre les codes de la série B horrifique et l’expérimentation wellesienne, notamment dans les séquences nocturnes comme celle où le scientifique est traqué par la foule.

- © 1991 Bronze Eye Productions - Killer Films - Poison L.P. Tous droits réservés.
Les trois parties imbriquées, qui offrent une vision pessimiste de la capacité de l’être humain à échapper à sa destinée tragique, se répondent avec bonheur, jusque dans leurs symboles. Aux éruptions cutanées suintantes du savant et de ses victimes font écho les crachats qui inondent le visage d’un éphèbe harcelé, puis l’effusion de sang — filmée hors champ — provoquée par Ritchie. On pourrait multiplier les références, conscientes ou inconscientes, qui irriguent cette œuvre fascinante et sans concession, de Cocteau à Oscar Wilde, en passant par le Lynch d’Eraserhead et d’Elephant Man. Mais avec Poison, Todd Haynes pose les fondements de son style. Ainsi, les tourments liés à l’homosexualité annoncent Carol — qui adoptera certes une approche plus consensuelle —, tandis que l’esthétique kaléidoscopique et hallucinée trouvera un écho dans Velvet Goldmine ou I’m Not There. Récompensé par le Grand Prix du jury à Sundance et un Teddy Award à la Berlinale, le film connut une carrière publique discrète, y compris auprès des cinéphiles. En 2026, Studio TF1 en propose une version restaurée en 4K par le laboratoire Éclair Classics, distribuée par Les Acacias, en même temps que Safe (1995). L’occasion de (re)découvrir deux œuvres majeures d’un cinéaste culte.
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