Le 1er septembre 2026
- Scénariste : Isao Moutte>
- Dessinateur : Isao Moutte
- Genre : Historique, Thriller
- Editeur : Sarbacane
- Famille : Roman graphique
- Date de sortie : 19 août 2026
L’itinéraire sanglant d’un groupuscule d’étudiants d’extrême-gauche dans le Japon du début des années 1970. Une fiction historique qui se lit comme un thriller.
Résumé : Au début des années 1970, la contestation étudiante contre la guerre du Vietnam et les accords nippo-américains battent leur plein au Japon. Les étudiants crient leur colère ; désireux d’empêcher les convois américains de circuler, ils affrontent les forces de l’ordre. Parmi les manifestations les plus déterminés figurent des groupuscules d’étudiants d’extrême-gauche, dont l’objectif est le renversement par la force de l’ordre capitaliste. Au-delà de ces manifestants, ces étudiants préparent des attaques contre les intérêts américains, afin d’attirer l’attention de l’opinion publique. Mais ces étudiants sont mal préparés, et ils sont bientôt traqués par la police japonaise. Face à cette situation, ils décident de quitter la ville pour la montagne, et se réfugient dans des chalets afin d’y établir un camp d’entraînement. Mais au nom de la pureté révolutionnaire, les deux jeunes leader, Yuko et Bunta, créent une forme de dictature. Obligés de faire leur autocritique, les étudiants jugés trop peu engagés sont bientôt lynchés et torturés… jusqu’à ce que le camp d’entraînement devienne une véritable scène de crime.
Critique : Si les étudiants maoïstes français de Mai 68 (pensons à Daniel Cohn-Bendit) ou la « bande à Baader » sont connus chez nous, ce n’est pas le cas des groupuscules d’étudiants japonais d’extrême-gauche, qui se caractérisent pourtant pas une forte violence politique. L’usage de cette violence, qui dans les faits c’est essentiellement exercée entre eux, a marqué la société japonaise, et discrédité pour longtemps les idées de la gauche radicale. C’est une partie de cette histoire que raconte Isao Moutte dans Saisons rouges, en plaçant la focale sur deux groupuscules tokyoïtes : la Ligue des communistes et l’armée pourpre, qui finissent par unir leur force.

- © Isao Moutte / Sarbacane
L’album présente en premier lieu le combat politique de ces étudiants contestataires, qui sont d’abord retranchés dans l’université de Tokyo, paralysée par les manifestations. Leur objectif est clair : provoquer une insurrection populaire pour renverser le gouvernement, combattre les intérêts américains – on est en pleine Guerre froide – et mettre en place un régime communiste. Pour ce faire, ils recourent à la violence armée. Leur organisation s’avère hiérarchisée et clandestine, avec des bases qui changent régulière. Isao Moutte montre également l’aspect très artisanal de leur fonctionnement et le manque de préparation de ces étudiants. Ceux-ci échouent notamment dans leur projet d’attentat à la bombe contre l’ambassade américaine.
Traqués par la police, les étudiants se réfugient dans la montagne. C’est là que commence la dynamique de radicalisation, incarnée par leurs chefs, une femme Yuko et un homme, Bunta. Au nom de la pureté idéologique, ils instaurent un véritable régime de terreur, fait d’entraînement militaire, de privations, et d’un endoctrinement politique proche de l’absurde. Le sujet de l’autocritique – faire sa critique en public ou par écrit –, très en vogue dans la Chine maoïste, revient comme un leitmotiv, et devient une véritable obsession, qui légitime la violence. Porté par le fanatisme de leurs deux leaders, les étudiants s’entretuent, avant que trois survivants ne réalisent une prise d’otage… contre un couple d’aubergistes.

- © Isao Moutte / Sarbacane
De militants, les étudiants sont devenus des criminels. Ce basculement est fort bien mis en scène par Isao Moutte qui, loin du cours magistral, construit un véritable thriller, avec des personnages fictionnels bien incarnés. L’utilisation d’un trait noir précis permet une reconstitution très réaliste du Japon des années 1970. Le noir et blanc s’avère parfaitement adapté aux nombreuses scènes dans les montagnes enneigées, donnant une poésie à l’ensemble qui contrebalance le macabre de certaines scènes.
Saisons rouges s’avère en définitive un excellent album, qui nous rappelle le danger du fanatisme en politique, en revenant sur un épisode méconnu de l’histoire contemporaine du Japon.
240 pages – 26 €
La chronique vous a plu ? Achetez l'œuvre chez nos partenaires !
Galerie photos
aVoir-aLire.com, dont le contenu est produit bénévolement par une association culturelle à but non lucratif, respecte les droits d’auteur et s’est toujours engagé à être rigoureux sur ce point, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos sont utilisées à des fins illustratives et non dans un but d’exploitation commerciale. Après plusieurs décennies d’existence, des dizaines de milliers d’articles, et une évolution de notre équipe de rédacteurs, mais aussi des droits sur certains clichés repris sur notre plateforme, nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur - anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe. Ayez la gentillesse de contacter Frédéric Michel, rédacteur en chef, si certaines photographies ne sont pas ou ne sont plus utilisables, si les crédits doivent être modifiés ou ajoutés. Nous nous engageons à retirer toutes photos litigieuses. Merci pour votre compréhension.











































