Le 6 mars 2026
Entre The Substance de Coralie Fargeat et l’expressionnisme allemand, ce film s’impose comme une expérience sensorielle et intellectuelle inoubliable. Ceux qui aiment que le cinéma les surprenne et dérange, tout en les faisant rire, apprécieront vraiment.
- Réalisateur : Emilie Blichfeldt
- Acteurs : Ane Dahl Torp, Lea Myren, Thea Sofie Loch Naess, Malte Gårdinger, Flo Fagerli, Isac Calmroth
- Genre : Épouvante-horreur, Comédie horrifique
- Nationalité : Polonais, Suédois, Norvégien, Danois, Roumain
- Distributeur : ESC Distribution
- Durée : 1h45mn
- Box-office : France : 39 672 entrées / Monde : environ 2,34 millions $
- Date de sortie : 2 juillet 2025
- Festival : NIFFF 2025, Boston Underground Film Festival, Stiges - Catalonian International Film Festival
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Résumé : Dans un royaume où la beauté règne en maître, la jeune Elvira doit faire face à une redoutable concurrence pour espérer conquérir le cœur du prince. Parmi les nombreuses prétendantes, se trouve notamment sa demi-sœur, à l’insolente beauté. Pour parvenir à ses fins dans cette impitoyable course au physique parfait, Elvira devra recourir aux méthodes les plus extrêmes...
Critique : The Ugly Stepsister est une œuvre qui défie les attentes et pulvérise les codes du conte traditionnel. Dès les premières images, le film impose une esthétique victorienne somptueuse, où chaque plan semble peint à la main. Les costumes et décors d’une grande richesse servent de cadre à une narration qui oscille entre l’horreur corporelle, l’humour noir et une tendresse inattendue pour ses personnages.
Le film joue avec les contrastes : la beauté des images, des costumes et des décors victoriens se heurte à une mise en scène volontairement kitsch, où les rêves des personnages basculent dans un onirisme grotesque. Le montage, précis et dynamique, et l’étalonnage, qui alterne entre des tons chauds et des teintes glacées, renforcent cette impression de déséquilibre permanent. On est saisi, sans jamais s’ennuyer. L’un des partis pris les plus audacieux du film réside dans son traitement de la bande-son. La musique, souvent anachronique, et les dialogues, délibérément modernes, créent une tension fascinante avec l’époque supposée de l’histoire. Les bruitages, quant à eux, sont une véritable prouesse : bruits d’estomac, craquements osseux et autres sons organiques amplifient le body horror qui traverse le récit. Ces choix sonores, loin d’être gratuits, ancrent le film dans une forme d’hyperréalisme sensoriel, où le corps devient à la fois un terrain de jeu et un champ de bataille.

- © IFC. Tous droits réservés.
Emilie Blichfeldt filme les corps avec une grande fascination. Les gros plans sur les visages déformés, les mains qui se tordent ou les scènes de torture corporelle évoquent Orange mécanique. The Ugly Stepsister injecte une dose d’humour grinçant et de poésie macabre. Les scènes de danse, où les personnages évoluent vêtus de costumes floraux, sont à la fois ridicules et hypnotiques, comme si le film se moquait de lui-même tout en célébrant sa propre extravagance. Il assume pleinement son second degré, et c’est là toute sa force. Chaque élément, des dialogues aux situations les plus absurdes, semble conçu pour être accueilli avec un sourire en coin. Pourtant, derrière cette façade carnavalesque, The Ugly Stepsister aborde des thèmes profonds : la jalousie, la quête d’identité et, surtout, la réappropriation des récits par ceux qui en ont été exclus.
L’un des aspects les plus subtils et réussis du film est la relation entre les deux professeures, dont l’histoire d’amour lesbienne se dessine en pointillés. Cette intrigue secondaire, traitée avec délicatesse, ajoute une couche de complexité à un récit déjà riche. Elle rappelle que les contes de fées, souvent hétérocentrés, peuvent être réinventés pour inclure des narratives queer. Le film ne tombe jamais dans le cliché ou la mièvrerie : cette romance est à la fois tendre et sombre, comme tout le reste.

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The Ugly Stepsister opère un renversement radical en choisissant de raconter l’histoire non pas du point de vue de Cendrillon, mais de ses « méchantes » sœurs. Cette perspective permet de déconstruire le mythe et de donner une voix à celles qui, traditionnellement, n’en ont pas. Le film interroge ainsi la notion de méchanceté : et si les « méchantes » n’étaient que des victimes d’un système qui les a broyées ? Cette réécriture gore et grotesque du conte est aussi une métaphore de la rébellion contre les récits imposés.
L’humour, omniprésent, est l’une des grandes forces du film. Qu’il s’agisse des scènes de danse où les personnages sont déguisés en fleurs, ou des répliques cinglantes échangées entre les sœurs, The Ugly Stepsister ne se prend jamais au sérieux. Pourtant, cet humour ne dessert jamais la profondeur du propos. Au contraire, il permet d’aborder des sujets sombres avec légèreté, tout en gardant le spectateur en alerte.
The Ugly Stepsister est une œuvre hybride, à la fois drôle et glaçante, belle et repoussante. Emilie Blichfeldt y mélange les genres avec une audace rare, et le résultat est un film qui ne ressemble à aucun autre. Entre The Substance de Coralie Fargeat et l’expressionnisme allemand, le film s’impose comme une expérience sensorielle et intellectuelle inoubliable. Ceux qui aiment que le cinéma les surprenne et dérange, tout en les faisant rire, apprécieront vraiment.
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