Le 7 août 2026
- Dessinateur : Samuel Cantin
- Genre : Absurde, Québec, Humour, Démon, Frustration
- Editeur : Éditions Pow Pow
- Famille : Roman graphique
- Date de sortie : 24 juin 2016
Un démon sans âge égaré parmi les humains se retrouve libraire chez un concessionnaire de voitures d’occasion, en pleine crise de frustration sexuelle. Une bande aussi absurde qu’hilarante.
Résumé : Lucien est un démon qui se retrouve sur terre à la suite d’une dispute graveleuse dans les enfers entre Dieu et Satan. Malgré les deux cornes sur sa tête, il semble s’être plutôt bien fondu dans la faune humaine, même s’il demeure maladroit dans les relations sociales et connaît parfois des accès de misanthropie et a des problèmes d’ordre sexuel. Pour y remédier, il consulte un psy, mais qui est un soignant à l’éthique professionnelle assez médiocre. Lucien a trouvé un petit boulot chez un concessionnaire auto. Un jour, son patron décide de se lancer dans la vente de livres d’occasion et demande à Lucien, qu’il sait grand lecteur, de tenir ce rayon avec l’aide de Sylvain, un jeune tout juste sorti d’études de libraire. Ils vont devoir s’apprivoiser l’un l’autre pour faire marcher la boutique, un pari loin d’être gagné !

- Vil et Misérable – p.33
- ©Pow Pow, 2016, Cantin.
Critique : En avril 2026 sortait sur les écrans français le film québécois Vil et Misérable de Jean‑François Leblanc. C’est pour nous l’occasion de profiter de la pause estivale pour faire un article sur la bande dessinée sur laquelle se base ce long métrage : Vil et Misérable de Samuel Cantin. L’album est paru pour la première fois au Québec en 2013 et en 2016 en France. Un nouveau tirage a été réalisé à l’occasion de la sortie du film sur les écrans québécois puis français.
Cette bande dessinée est d’un humour totalement décalé. Le récit débute par une séance chez le psy de Lucien, qui nous installe directement dans le ton de cette bande dessinée : sarcastique et absurde. C’est à la fois complètement loufoque, invraisemblable et résolument strident. Entre le psy et son patient, nous pouvons légitimement nous demander tout au long de l’histoire lequel des deux est le plus dérangé. Au fil des pages, nous découvrons le quotidien de Lucien et ses difficultés à nouer des contacts, mais aussi qu’il est terriblement frustré sexuellement et qu’il est parfois pris par des élans libidineux. À certains moments, l’album frise avec le malsain sans jamais tomber dedans. Car à chaque fois l’auteur parvient, par l’introduction d’un élément décalé ou insensé, à transformer le gênant en absurde.

- Vil et Misérable – p.15
- Tous droits de reproduction réservés ©Pow Pow, 2016, Cantin.
L’ouvrage est organisé en trois parties. Trois parties qui sont trois temps du calendrier : le 31 octobre, jour d’Halloween, l’Épiphanie et le Jour de la marmotte. Pour le public français, cette fête correspond à la Chandeleur. Au Québec et dans les pays anglo‑saxons, la tradition veut que l’on aille observer ce jour‑là le terrier d’une marmotte et l’ombre de l’animal lorsqu’il pointe son nez au dehors. La présence de l’ombre augurant ou non l’ambiance des semaines suivantes.
Si l’intrigue principale demeure la frustration sexuelle de Lucien, l’ouvrage narre aussi sans complaisance les relations de travail, parfois ambiguës et fourbes. Lucien est un employé et il doit composer avec son patron et ses collègues. Cela donne des scènes très acérées sur les relations en milieu professionnel et les faux‑semblants qu’il faut parfois savoir cultiver pour ne pas être laissé sur la touche. Là aussi, l’auteur parvient à montrer l’obscénité sans s’y complaire.

- Vil et Misérable – p.20
- Tous droits de reproduction réservés ©Pow Pow, 2016, Cantin.
Bref, c’est un album qui est sans cesse sur le fil du rasoir, mais qui parvient, par l’humour, à ne pas tomber dans le graveleux. Côté dessin, le trait de Samuel Cantin est fin et sec. Les personnages ont des visages anguleux qui deviennent parfois ronds et libidineux, ou bien ronds et comiques. Le décor est plutôt minimaliste. Enfin, la langue québécoise donne, pour le public français qui découvre l’album, un petit cachet d’étrangeté et de décalage supplémentaire. Avis aux curieux !
148 pages – 19 €
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