Le 24 janvier 2026
Un premier long métrage prometteur, témoignage intéressant des transformations urbaines chinoises tout autant que délicat récit d’initiation adolescent.
- Réalisateur : Liu Yaonan
- Acteurs : Li Rongkun, Yang Xuan, Kang Hang
- Genre : Drame, Teen movie
- Nationalité : Français, Allemand, Chinois, Belge
- Distributeur : Destiny Films
- Durée : 1h38mn
- Date de sortie : 4 février 2026
- Festival : Festival de Berlin 2024
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– Année de production : 2024
Résumé : Li Xing, quatorze ans, vit dans le sud de la Chine, dans le district de Great Phuket, en pleine reconstruction. Il s’entend mal avec sa mère, qui refuse de quitter la maison familiale vouée à la destruction. Le collège où il étudie ne lui apporte que des ennuis. Un jour, il trouve un refuge souterrain où il peut échapper à sa vie d’adolescent et où d’étranges événements se produisent…
Critique : Présenté au Festival de Berlin 2024, Le Grand Phuket est le premier long métrage de Liu Yaonan. Le scénario s’inspire de la période adolescente du réalisateur, qui au début des années 2000 voyait la transformation urbaine de la Chine. Diplômé en cinéma de l’Université normale de Pékin, Liu Yaonan a débuté dans la profession en tant que réalisateur de making of, photographe de plateau et assistant, notamment pour Paweł Pawlikowski (Cold War). Il a ensuite vécu en France pour étudier les Beaux-Arts et le design graphique. Cette dernière formation a marqué le concept de ce premier film, même si l’écriture du scénario du Grand Phuket avait commencé une quinzaine d’années avant le tournage. Car le quotidien de l’adolescent Li Xing est bercé de songeries et fantasmes qui donnent au récit une discrète tonalité onirique, permettant aussi à Liu Yaonan de prouver ses qualités techniques, notamment par une transformation de la 3D vers la 3D, la sensation d’onirisme alternant avec le caractère quasi documentaire d’un récit fortement teinté de naturalisme.

- © 2026 Destiny Films. Tous droits réservés.
Mais l’aspect réaliste reste prédominant, à travers plusieurs saynètes révélant les rites d’initiation du jeune homme, des premiers émois sentimentaux (relatifs à une élève de son lycée), aux transgressions effectuées en présence de son meilleur ami, en passant pas les velléités d’indépendance vis-à-vis d’une mère bourrue en apparence peu aimante, et pour tout dire peu exemplaire, mais que le cinéaste ne juge pas, de même qu’il ne porte aucun regard condescendant sur les autres adultes qui ont tous leurs défauts, à l’instar de la tante voulant récupérer la garde du grand-père pour des raisons financières, ou la professeure vociférant sans une once de bienveillance. Mais « chacun a ses raisons », comme disait Renoir, et tous doivent se battre dans un contexte de précarité ambiante, d’autant plus que la démolition progressive des habitations met en péril le réseau de sociabilité dans des quartiers en voie de bétonisation. Liu Yaonan parvient à trouver l’équilibre entre le point de vue de son jeune protagoniste, en phase de (re)construction, et une description plus générale d’un monde qui s’interroge sur son avenir incertain. Cette fusion de l’individuel et du collectif fait tout le prix de ce long métrage attachant, dont les effets de mise en scène, telle la caméra portée, ne sont jamais gratuits.

- © 2026 Destiny Films. Tous droits réservés.
À ce propos, le réalisateur précise dans le dossier de presse : « En général, lorsqu’on filme des acteurs non professionnels, on reste à distance, avec des plans fixes. Personnellement, je n’aime pas du tout ce point de vue : il me donne l’impression d’être extérieur à la scène. J’ai donc décidé dès le départ que la caméra devait participer à l’action, et je souhaitais aussi que le spectateur puisse y participer. En termes de cadrage, le film est presque entièrement composé de plans moyens, car dans la vie quotidienne, lorsqu’on rencontre quelqu’un, c’est généralement ainsi qu’on le perçoit. Les plans très extrêmes ou une image "trop belle" n’étaient pas importants pour moi. La forme actuelle du film correspond davantage à ma mémoire émotionnelle. » On pourra certes regretter la métaphore un peu facile de l’abri anti-aérien dans lequel se réfugie le jeune héros. Mais l’ensemble dégage un réel charme, avec de faux airs des 400 coups de Truffaut ou de Sweet Sixteen de Loach, tout en développant des correspondances avec d’autres films chinois abordant une problématique urbaine similaire, comme Les feux sauvages de Jian Zhangke. Même si Le Grand Phuket n’atteint pas la force de ces modèles, on ne peut que recommander cette première œuvre prometteuse.
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