Le 2 juillet 2026
- Scénariste : Blanche Sabbah >
- Dessinateur : Blanche Sabbah
- Genre : Drame, Fantasy , Magie
- Editeur : Dargaud
- Famille : Roman graphique
- Date de sortie : 24 avril 2026
Premier volume d’un saga de fantasy signée Blanche Sabbah, autrice féministe qui revendique l’importance d’investir le champ de la culture et des représentations pour promouvoir une société plus inclusive.
Résumé : Le royaume de Lorian est divisé en puissants duchés, dirigés par des seigneurs qui intriguent par ailleurs autour du roi. L’intrépide Kin d’Ébénite est l’héritière du duché du Sud. Sa main est particulièrement convoitée : car celui qui l’épouserait mettrait la main sur ce puissant duché. Mais Kin n’est pas du genre à s’en laisser compter, et elle préfère la présence du roturier Hubert Rabier, le fils du sénéchal au service de sa famille. Dans le même temps, à la cour de Lorian, la reine Alma est décédée et le roi a décidé d’envoyer de disgracier sa fille Mahaut, en l’exilant dans un couvent. La porte est ouverte à de nouvelles intrigues, et la famille d’Ébénite sait qu’avec sa fille, elle a une carte à jouer. Mais la vie à la cour de Lorian est dangereuse, d’autant que des bouleversement géopolitiques s’annoncent, avec la guerre contre l’Empire d’Arsée qui se profile…
Critique : Le secret des Sikah est le premier volume d’une ambitieuse saga de fantasy médiévaliste, qui devrait compter six tome en tout. Le titre de la série, La Cité des Dames, est un hommage transparent à l’écrivaine Christine de Pizan (1364-1430). Cette dernière est la première femme de lettres de langue française qui a vécu de sa plume. Ouvrage révolutionnaire pour son époque, la Cité des Dames de Christine de Pizan imagine une société où les femmes contribuent de manière active à la société et sont reconnues pour leur esprit. Elle s’appuie en particulier sur des figures féminines du passé pour servir son propos. Blanche Sabbah inscrit ainsi sa saga sous ce prestigieux patronage, si bien que l’ouvrage de Christian de Pizan se retrouve entre les mains de Kin.

- © Blanche Sabbah / Dargaud
Le monde qu’imagine Blanche Sabbah ne surprendra pas les amateurs de fantasy. On y retrouve notamment des châteaux, des dragons et de la magie. L’autrice déploie néanmoins dans cet univers aux codes balisés une intrigue plaisante qui met en évidence des sujets modernes, à commencer par la place des femmes et les stratégies qu’elles déploient dans un monde misogyne où elles sont considérées tantôt comme un ventre, tantôt comme une monnaie d’échange, mais sont rarement reconnues pour elles-mêmes. Seules les mages de l’ordre des Sikah, qui été pourchassés par le royaume après une prétendue trahison, semblent considérer le pouvoir des femmes. Blanche Sabbah met également en évidence d’autres sujets politiques, à l’image des inégalités sociales, qui fait apparaître les contradictions de certains personnages, aux nobles idéaux mais ancrés dans un système profondément injuste. La guerre contre le royaume d’Arsée est aussi une façon de questionner les impérialismes.
Ces différents sujets sont amenés de façon plutôt habile à travers un récit prenant et bien incarnés par une série de personnages attachants, à commencer par les héroïnes Kin d’Ébénite et la princesse déchue Mahaut. Les intrigues politiques rappelleront à certains Les rois maudits, la saga littéraire à succès de Maurice Druon (le choix d’appeler l’une des héroïnes Mahaut constitue peut-être un hommage). On est finalement pris par ce jeu d’intrigues et par les mystères que soulève le récit, sur la nature de la magie ou l’empire d’Arsée.

- © Blanche Sabbah / Dargaud
Blanche Sabbah adopte un découpage dynamique, qui alterne entre différents formats de cases sans se laisser enfermer dans un gaufrier trop rigide. Les nombreux dialogues de certaines séquences, indispensables pour faciliter la compréhension de l’univers d’autant que l’autrice revendique un ancrage littéraire, sont contrebalancés par des passages plus taiseux. Le trait volontairement simplifié adopté par la dessinatrice clivera sans doute, notamment chez les amateurs d’heroïc fantasy habitués à un dessin plus soigné. Les personnages sont ici figurés à partir de quelques lignes de forces, sans s’arrêter sur des détails. Il en va de même pour les décors, même si Blanche Sabbah sait créer des ambiances et varie ses mises en scène. Sans doute n’est-il pas nécessaire de représenter les boutons de manchette et les écailles de dragon pour créer une histoire prenante et politique de fantasy médiévale. L’essentiel est de raconter une bonne histoire. Et c’est le cas de ce premier volume de La Cité des Dames.
208 pages – 23 €
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