Le 7 mars 2026
Le retour de Gus Van Sant est marqué par une œuvre haletante et sympathique mais qui laisse un goût d’inachevé.
- Réalisateur : Gus Van Sant
- Acteurs : Al Pacino, Cary Elwes, John Robinson, Dacre Montgomery, Bill Skarsgård, Colman Domingo, Myha’la Herrold
- Genre : Policier / Polar / Film noir / Thriller / Film de gangsters
- Nationalité : Américain
- Distributeur : ARP Sélection
- Durée : 1h45mn
- Titre original : Dead Man's Wire
- Date de sortie : 15 avril 2026
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Résumé : L’histoire vraie de Tony Kiritsis, un homme ruiné à cause d’un emprunt. À Indianapolis, le 8 février 1977, il kidnappe le fils du courtier responsable de sa situation. Il réclame cinq millions de dollars et des excuses. La prise d’otage va durer soixante-trois heures, sous les yeux de la télévision locale, puis nationale. L’Amérique se passionne pour cette affaire. Chacun choisit son camp. Tony est-il un criminel, ou simplement une victime qui réclame justice ?
Critique : Tony Kiritsis a tout perdu. Travaillant depuis son plus jeune âge, il s’est consacré corps et âme à son projet de construction d’un centre commercial mais ses rêves n’ont accouché que de plusieurs millions de dollars de dettes. Tout ce malheur, il le doit à un homme, M.L Hall, son courtier hypothécaire, responsable du dédain des investisseurs pour son projet. Le 8 février 1977, Tony entre chez Monsieur Hall, à la Meridian Mortgage, mais ne trouve que son fils, Richard. N’étant pas homme à se laisser abattre, Tony suit son plan et enlève le fils à la place du père, lui attachant un fil autour du coup directement relié à son arme. Par ce dispositif, l’otage sera automatiquement abattu s’il est éloigné de son ravisseur ou si ce dernier est neutralisé. S’en suivent soixante-trois heures de tension dans l’appartement de Tony, encerclé par la police mais aussi, par biais des journalistes, par toute la ville d’Indianapolis.

- Dacre Montgomery, Bill Skarsgård
- © 2025 ARP Sélection. Tous droits réservés.
Gus Van Sant, déjà adulte au moment des faits, trouve dans la lutte désordonnée de Tony Kiritsis un nouveau fait divers à porter sur le grand écran, cherchant dans le passé une réponse aux doutes du présent. On comprend aisément en quoi cet homme, nerveusement interprété par Bill Skarsgård, inspire le réalisateur féru de figures rebelles décidant de rendre ses coups à la société. Il offre un film proche de son personnage principal, cherchant à le comprendre et mettre en exergue le véritable but de sa quête : la dignité. En effet, son souhait le plus cher est d’obtenir les excuses du patriarche de la famille Hall : il désire que son statut de prolétaire ne le prive ni du respect, ni de la justice. Ce n’est pas un anarchiste souhaitant la fin du système financier, mais sa quête de dignité le rend révolutionnaire sans qu’il ne le conscientise. Ce combat de principe trouve un écho distordu dans le personnage du vieux Hall, joué par Al Pacino, qui tient avant toute chose à préserver les apparences. Peu importe ce qu’il peut arriver à son fils : le père veut conserver son statut dominant, ne demander ni pardon ni pitié.
Cette question de l’image que l’on renvoie, de l’histoire que l’on raconte est très présente dans le film, qui, en bonne adaptation de faits divers, interroge sur la place de la presse qui fait de nous les spectateurs des plus grands drames humains. Les médias jouent ainsi un rôle incontournable dans La corde au cou et sont avant tout incarnés par le personnage de Linda Page (Myha’la Herrold) qui retransmet la prise d’otages en direct à la télévision, propageant ainsi une image de Tony basée sur des suppositions et qu’il ne peut contrôler. Les médias sont eux-mêmes les auteurs d’un récit dans le récit. De plus, ces jeunes journalistes, méprisés par leur supérieurs ont, sans le savoir, une quête similaire à Tony : être entendu, reconnu dans leur travail. La juxtaposition de faux directs et d’archives d’époque appuie ce propos sur l’histoire quand on l’écrit et qu’on la revisite avec le recul du temps. Cela rend véritablement palpable les différences de point de vue entre les acteurs extérieurs à la prise d’otage et les deux seuls véritables concernés, Hall et Kiritsis. Cependant, cette démarche ne devient jamais un véritable propos : on ne saisit pas de différence de traitement ou d’opinion entre la réalité et la fiction ; les journalistes, vrais ou faux, prononcent les mêmes mots et, ce qui aurait pu être une réflexion sur le pouvoir des images et des médias ne devient qu’un clin d’œil, qu’un souci de réalisme. La relation que Tony entretien avec Fred Temple (Colman Domingo), DJ star d’Indianapolis, s’inscrit notamment dans cette démarche d’écriture de son histoire : il lui donne une tribune, une occasion de donner ses raisons à son geste et de ne pas être réduit à la simple folie. Gus Van Sant se sert également de cette occasion pour nous laisser entrevoir la population, et notamment la classe populaire d’Indianapolis, se passionnant pour l’affaire et s’attachant à Tony et à sa lutte. Hélas, cela ne demeure que quelques petites touches éparses qui ne nous laissent jamais vraiment nous rendre compte si Tony est davantage perçu comme un criminel ou un héros.

- Colman Domingo
- © 2025 ARP Sélection. Tous droits réservés.
Il apparaît cependant assez clair que le réalisateur s’attèle à la construction d’un petit mythe autour de son protagoniste. Tony apparaît tout au long du film comme un rebut, un échec que l’Amérique préfère cacher, et donc la matière première parfaite pour l’édification d’un héros réaliste. Van Sant trace un parallèle clair entre son personnage et les notions d’héroïsme à l’américaine ; il se sert d’images de films de John Wayne pour mettre en lumière les liens et les différences entre la réalité et la fiction en notant que le poids de la seconde, lui fait l’emporter sur la première. Kiritsis est ici directement comparé aux cowboys, symboles de liberté et redresseur de torts ; il hérite, par son histoire, de leur statut. Malheureusement, le film traite ces nombreuses questions de façon trop légère, succincte, ne leur laissant jamais vraiment la place pour se développer avant de passer à autre chose. De la même façon, le registre manque d’équilibre : on saute de la comédie au thriller parfois trop rapidement, sans qu’aucune des deux ambiances n’ait eu le temps de prendre. Le film laisse le spectateur sur sa faim en laissant des fils en suspens, qu’il ne parvient pas à tisser. Dans sa recherche de nuance et réalisme, La corde au cou se perd et le tout paraît tantôt trop précipité, tantôt manquant d’audace politique. En effet, Van Sant n’apporte pas de regard neuf sur les thèmes qu’il évoque, et sa manière de partager les torts entre Hall et Kiritsis aboutit à un propos assez convenu sans grand parti pris ou discours militant. Il met dos à dos le grand bourgeois et le prolétaire, supposant une équivalence entre leurs deux expériences de vie et expose un certain relativisme qui évite la critique politique. On peut cependant saluer la fidélité de la reconstitution d’époque, rendue véritablement vivante à l’écran, comme semblant sortir de la mémoire du réalisateur, mais aussi le talent de l’ensemble du casting. Bill Skarsgård offre une performance erratique qui porte le film. Son duo avec un Dacre Montgomery méconnaissable fonctionne particulièrement bien : l’acteur australien parvenant à donner de la nuance à son personnage et à ne pas se faire écraser par son partenaire.
Avec ce film, le premier depuis huit ans, Gus Van Sant réalise une œuvre haletante et sympathique mais manquant de profondeur pour devenir véritablement novatrice.
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