Le 4 juillet 2024
Un bon thriller d’espionnage, coécrit avec brio par Gilles Perrault, au casting international cohérent, et pourtant méconnu dans la filmographie de Henri Verneuil.


- Réalisateur : Henri Verneuil
- Acteurs : Michel Bouquet, Philippe Noiret, Marie Dubois, Dirk Bogarde, Henry Fonda, Farley Granger, Elga Andersen, Yul Brynner, Virna Lisi, Paola Pitagora, Luigi Diberti, François Maistre, William Sabatier, André Falcon, Guy Tréjean, Robert Alda, Nathalie Nerval, Robert Party
- Genre : Thriller, Espionnage, Thriller politique
- Nationalité : Français, Allemand, Italien
- Distributeur : Cinéma International Corporation (CIC)
- Durée : 2h05mn
- Date de sortie : 7 avril 1973

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Résumé : Un conseiller d’ambassade russe passe à l’Ouest. Il fait des révélations sur le système soviétique. Agent double en réalité, il est chargé d’introduire les puissances occidentales....
Critique : Coproduction franco-germano-italienne, Le serpent a été produit, réalisé et coécrit par Henri Verneuil. On trouve surtout au scénario la griffe de Gilles Perrault, dont l’inspiration en termes d’espionnage culminera à l’écran avec Le dossier 51 réalisé par Michel Deville. Le serpent est en fait adapté du Treizième suicidé de Pierre Nord, ancien militaire des services secrets devenu écrivain. Le film commence fort, avec en début de générique une citation qui pourrait paraître pompeuse mais insuffle au long métrage une tonalité melvillienne (amoindrie au fil de la narration). « Ce qui permet au souverain sage et au bon général de frapper, de conquérir et d’atteindre ce qui dépasse les limites du Commun des Mortels, c’est : "La connaissance préalable". (SUN TSU, 5e siècle av. J.C.) Cette connaissance préalable que le monde moderne appelle "Les Services Secrets" et les romanciers "l’Espionnage". »
Les premières séquences sont éblouissantes avec la filature par les services secrets d’un agent influent du KGB (Yul Brynner) et de son épouse (Nathalie Nerval), en partance pour Moscou à l’aéroport d’Orly. Le passage est quasiment silencieux, et vaut bien les premières scènes de French Connection, tourné deux ans plus tôt. Le reste du récit est plus explicite et confère à l’œuvre les attributs du « film dossier » politique, courant très en vogue dans les années 1970, plus proche toutefois ici de la démarche distanciée d’un Francesco Rosi (Lucky Luciano) que du film à thèse démonstratif de Costa-Gavras (Z). L’histoire est prenante, avec des personnages et situations inspirés de faits réels, ce qui n’empêche pas Verneuil et Perrault de trouver le ton juste pour apporter une touche fictionnelle, utilisant avec brio les conventions du récit d’espionnage.
Dans un contexte de guerre froide, les petits jeux de manipulation et infiltrations, au sommet de l’État, conduisent à un récit haletant où toute une galerie de personnages parvient à capter l’attention, du chef de la DST (Philippe Noiret) et son adjoint (Michel Bouquet) au patron de la CIA (Henry Fonda) et son collaborateur (Farley Granger), en passant par un espion britannique (Dirk Bogarde), un policier des frontières (François Maistre) ou d’anciennes maîtresses plus ou moins compromettantes et compromises (Virna Lisi, Marie Dubois). On appréciera d’ailleurs la cohérence et la qualité du casting, qui ne fait pas qu’obéir aux contraintes des coproductions. Et contrairement à nombre de films internationaux, le doublage est proscrit : chaque interprète parle sa propre langue ou s’exprime avec accent dans un autre idiome, le sous-titrage ou une voix-off (pour les scènes de réunion) assurant les traductions.
Le grand mérite du Serpent est surtout d’assurer une narration fluide tout en maintenant des zones d’ombre qui peuvent justifier un second visionnage. Accueilli tièdement à sa sortie, et relativement méconnu (plus encore que le succulent Week-end à Zuydcoote), Le serpent est pourtant l’un des meilleurs films de Verneuil, cinéaste inégal, capable du meilleur (Le clan des Siciliens) comme du moins bon (Les lions sont lâchés).